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Lutte à l'itinérance en Outaouais : la situation reste préoccupante, selon le CRIO

Dans son neuvième bilan annuel Noir sur Blanc, le Collectif régional de lutte à l'itinérance en Outaouais (CRIO) rappelle que les organismes d'aide aux démunis de la région sont toujours à bout de souffle et en manque de ressources, tandis que les besoins restent criants.

Un texte de Marie-Pier Leboeuf

Le CRIO donne une note de D à l'Outaouais pour 2016 en ce qui a trait à la « fréquentation des ressources d'hébergement d'urgence » et à l'aide alimentaire. Cette note correspond à un « recul léger ». À titre comparatif, en 2015, la région avait obtenu un E, soit son pire bilan en huit ans.

Les statistiques avancées par le CRIO dénotent une faible baisse en ce qui a trait au nombre de personnes qui ont fait appel aux services d'hébergement d'urgence. Leur nombre est passé de 1054, en 2015, à 937, en 2016, soit une diminution de 11,2 %.

Toutefois, au cours de la même période, le nombre de repas servis et de sacs de denrées distribués aux démunis est passé de 168 681 à 182 130. Cela correspond à une hausse d'environ 8 %.

Le manque de ressources reste criant

Même si le CRIO constate certaines améliorations, il indique que la situation reste préoccupante. Notamment, certains organismes font face à un important manque de financement.

« Cette année, c'est le Centre alimentaire d'Aylmer qui a été obligé de cesser de servir des repas depuis le 31 mars 2016, faute de financement suffisant », peut-on lire dans le rapport du CRIO. « La demande y était toujours, c'est l'argent qui n'y était pas. »

Le coordonnateur du Collectif indique qu'il est difficile pour les organismes de bien servir les itinérants et les autres démunis quand ils sont eux-mêmes en situation de survie.

« C'est difficile d'aider des personnes qui sont en grand besoin quand nous-mêmes on a de la misère à garder nos équipes detravail », lance Alexandre Ranger.

Selon le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), la problématique se fait grandement sentir chez les sans-abri, qui se voient refuser l'accès à certaines ressources.

« Ils vont cogner à plusieurs portes et les gens leur disent : ''On ne peut pas t'aider tout de suite'', mais la personne a faim là et a le goût de savoir où elle va coucher immédiatement », raconte Yves Séguin.

Désengagement politique

M. Séguin décrie le manque d'engagement des élus, malgré la Politique nationale de lutte à l'itinérance, adoptée par le gouvernement du Québec il y a trois ans. Il explique que les compressions budgétaires des dernières années ont eu des impacts négatifs sur l'accessibilité aux services de première ligne.

« On est dans une région paradoxale au niveau de son revenu. On a des gens qui travaillent au fédéral, qui ont une stabilitéd'emploi, et on a aussi tout le reste. Ça fait qu'on n'a pas eu d'investissements comme dans d'autres régions », explique-t-il.

Selon M. Séguin, il y a un manque de volonté politique pour faire en sorte que les démunis aient accès à un revenu raisonnable et à un logement décent.

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