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Marchander un médecin de famille pour désengorger une salle d'attente

EXCLUSIF - La nouvelle superclinique MédiGo de Gatineau a mis en place une technique particulière pour désengorger sa salle d'attente lors des journées achalandées. Elle offre aux patients qui se présentent sans rendez-vous de leur attribuer un médecin de famille s'ils quittent la salle immédiatement.

Un texte de Jérôme Bergeron

Si les patients acceptent de repousser de quelques jours leur rencontre avec un médecin ou carrément de l’annuler, ils obtiennent donc un médecin de famille qui pourra les prendre en charge à l’avenir.

Impossible pour un patient qui tient à rester pour consulter un omnipraticien de profiter de cette « offre ». L’administration la lui refuse.

Philippe Vaillancourt a dû attendre près de quatre heures dans cette superclinique, la semaine dernière. L’urgence de l’Hôpital de Gatineau lui avait suggéré de s’y rendre.

Deux heures avant la fermeture de la clinique, une infirmière l’a abordé pour lui offrir un médecin de famille, s’il jugeait son cas non urgent. Il devait toutefois accepter d’annuler son rendez-vous.

« Étant donné que c’était une infection, je ne pouvais pas attendre une semaine et que ça dégénère, déplore-t-il. C’est une façon particulière de réduire le temps d’attente en échangeant un médecin de famille. »

Plusieurs patients ont dénoncé cette pratique à Radio-Canada, refusant de nous accorder une entrevue par crainte de nuire à leurs chances d’obtenir un médecin de famille.

Des obstacles à un accès aux soins

Cette pratique a fait bondir le président du Conseil pour la protection des malades, Me Paul Brunet.

Il soutient qu’il s’agit d’un obstacle à l’accès à des soins de santé et que cela va à l’encontre des objectifs d’une superclinique, qui doit servir de « mini-urgence » et offrir un accès rapide à un médecin pour les cas non urgents.

Me Brunet enjoint au ministère de la Santé d'intervenir.

« Ce sont ici les mêmes obstacles qui forcent les patients à retourner à l’urgence. Le but d’une superclinique, c’est d’avoir accès à un médecin quand on en a besoin. [...] Pas d’autres conditions, pas de marchandage et pas de "gossage". Va-t-on finir par avoir quelque chose d’efficace et par recevoir les patients qui en ont besoin? » demandait-il, visiblement choqué.

Faire d'une pierre deux coups

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, voit plutôt dans la proposition de la superclinique une façon de « faire d’une pierre deux coups ».« On propose un examen complet, et en même temps, de régler un problème ponctuel. C’est très bien comme ça », explique-t-il en entrevue à RDI.La démarche pour avoir un médecin de famille commence par une visite obligatoire qui sert à faire une évaluation exhaustive de l’état de santé du patient, rappelle M. Barrette.Autrement, l’inscription pour avoir un médecin de famille et la prise de rendez-vous dans une clinique sans rendez-vous « sont deux événements séparés ». Un patient qui refuse de revenir pour cette évaluation ne peut donc pas obtenir de médecin de famille, l'examen complet n'étant pas offert en clinique sans rendez-vous.« Ce n’est pas permis. Je ne peux pas être plus clair. Il n’est pas possible d’être inscrit pour avoir un médecin de famille sans avoir eu la visite initiale », insiste-t-il.

Un bon deal, selon la superclinique

Dans une conversation téléphonique, la responsable de la superclinique MédiGo, la Dre Anne Gervais, a soutenu que cette pratique fait le bonheur de nombreux patients et qu’« il s'agit d'un excellent deal pour ceux-ci ».

Elle a ajouté qu'elle ne peut promettre un médecin de famille à tous les patients qui se présentent au sans rendez-vous. C'est pourquoi l'offre est faite uniquement à ceux qui acceptent de quitter la salle d'attente.

L'Association des médecins omnipraticiens de l'ouest du Québec a pour sa part rappelé qu'il n'y a pas de règle régissant le fonctionnement des cliniques pour le choix des patients. Chaque médecin de famille choisit sa façon de déterminer les nouveaux patients qu'il prendra en charge.

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