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Mathématiques : soustraire les examens pour multiplier les réussites

Tant à l'école primaire que secondaire, les mathématiques semblent continuer de contrarier certains élèves. À preuve, le taux de réussite aux examens du ministère de l'Éducation du Québec en quatrième secondaire ont connu une baisse en 2017, pour s'élever à 81 %, soit le pire résultat des six dernières années. La province n'est pas une exception, puisque la situation est similaire en Ontario auprès des élèves en mathématiques appliquées.

Comme d'autres adolescents de son âge, Lorie, 13 ans, n'est pas du genre à chérir les mathématiques. Dès qu'elle voit quelques formules, c'est la panique!

« Quand tu dis que tu n'aimes pas ça et que tu ne vas pas y arriver, c'est sûr qu'en partant, ça te met un poids sur les épaules et tu ne vas pas réussir », lance l'élève en deuxième secondaire au Collège Saint-Joseph dans le secteur de Hull, à Gatineau.

L'anxiété est à son comble lorsque vient le temps des examens.

« Je suis vraiment stressée. J'ai de la misère le soir d'avant. J'essaie de relaxer, mais ce n'est pas toujours facile », rapporte l'adolescente. « Je sais que si j'échoue ce problème-là, c'est sûr que je n'avancerai plus ou que je vais avoir plus de misère à avancer après. »

La situation de Lorie n'est pas unique. Lynda Savard, qui enseigne en cinquième et en sixième année à l'École de l'Envolée de Gatineau (CSD), remarque la même difficulté chez certains de ses élèves.

Selon elle, le problème est la complexité des épreuves ministérielles. « On remarque que la difficulté est beaucoup plus grande. Ce stress-là est plus causé par la venue de ces examens que faire des mathématiques comme telles », estime-t-elle.

Des résultats à la baisse

Comme ailleurs au Québec, la Commission scolaire des Draveurs (CSD) a constaté que les résultats aux examens provinciaux de mathématiques sont à la baisse.

Les élèves des séquences Culture, sciences et techniques et Sciences naturelles ont ainsi vu leur taux de réussite diminuer respectivement de 10 % et de 17 % en un an.

À la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO), une baisse dans les mêmes séquences a été constatée en quatrième secondaire, au cours de la même période.

Selon la professeure en adaptation scolaire à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Geneviève Lessard, certains mythes sur les mathématiques persistent, comme avoir « la bosse des mathématiques ou même sur un plan héréditaire, si tes parents ont été bons, tu vas être bon ».

La spécialiste en didactique des mathématiques avance aussi qu'on a « centré au niveau des difficultés ou de l'apprentissage du côté du français. On a priorisé la lecture, l'écriture ».

De plus, « dans d'autres matières, tu dois penser, réfléchir, raisonner. Mais les mathématiques, c'est l'application de formules, c'est reproduire quelque chose qui t'a été enseigné », explique-t-elle.

« Donc, ça peut devenir plus anxiogène. Il n'y a pas de liberté, il n'y a pas de créativité. Ta façon de penser, tu peux [l'abolir] complètement pour faire place à ce que l'enseignant attend de toi », poursuit Mme Lessard.

Une tendance similaire en Ontario

De son côté, l'Ontario a lancé des consultations publiques pour une réforme de ses programmes scolaires, à la suite notamment de résultats décevants des élèves en mathématiques.

Selon des données de 2015-2016 fournies par l'Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE) pour les écoles d'Ottawa et de l'Est ontarien, environ la moitié des élèves de neuvième année affirment aimer les mathématiques appliquées.

Conscientes de ces enjeux, des écoles adaptent leur façon d'enseigner cette matière. C'est le cas de l'École élémentaire publique L'Odyssée d'Ottawa, où le rendement en mathématiques est jugé satisfaisant.

L'enseignante en troisième année Tanya Marion-Chapman souligne que les enseignants ont développé des stratégies pour enseigner les mathématiques différemment aux enfants, en fonction des besoins de ces derniers.

« On fait des jasettes mathématiques », illustre-t-elle. « Les élèves communiquent leurs stratégies. [...] Ils ne sont pas tous mis à faire la même chose de la même façon. Ils peuvent vraiment faire un chemin qui [leur] être propre. »

De plus, tout au long de l'année, l'évaluation se fait de différentes façons. Les enseignants questionnent les élèves, les observent ou organisent des travaux de groupes.

Ceux qui accusent du retard sont rapidement pris en main par une équipe d'intervenants .

« On a beaucoup d'appui pour les élèves qui auraient peut-être un petit blocage », illustre Mme Chapman. « On trouve des façons de travailler ensemble pour venir en aide à ces élèves-là. »

Revoir l'évaluation

Pour mieux faire apprécier les mathématiques, une des pistes de solutions serait de varier les moyens et les types d'évaluation, pour éviter notamment que l'enseignement se fasse dans le but de performer à l'examen du ministère.

« Quand ce sont des élèves en difficulté, ils se retrouvent toujours dans une tâche d'évaluation standardisée. Juste en recevant la feuille, ils savent qu'ils vont échouer », note Geneviève Lessard. « Donc, ça ne les prédispose pas à être capables de démontrer tout ce qu'ils savent. »

« Il y a certainement lieu de varier le mode d'évaluation, pour qu'il ne soit pas toujours sous type de sanctions », propose-t-elle. « Ça peut être à travers les pairs. Aussi, valoriser l'oral, alors que c'est toujours l'écrit qui est mis de l'avant. »

D'après le reportage de Godefroy Macaire Chabi

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