Retour

Médicament à 700 000 $ : échec des négociations entre les provinces et le fabricant pharmaceutique

Les négociations sont rompues entre les provinces canadiennes et Alexion, le fabricant américain du Soliris.

Un texte de Brigitte Bureau

Le Soliris est le seul médicament capable de stopper la progression d'une maladie sanguine rare et potentiellement mortelle : le Syndrome hémolytique et urémique atypique (SHUa).

C'est aussi l'un des médicaments les plus chers au monde, en moyenne 500 000 $ par année par patient, et jusqu'à 700 000 $ par année pour la dose adulte maximale.

Les négociations devaient permettre aux deux parties de s'entendre sur le prix du médicament et sur les patients qui seraient couverts.

À l'heure actuelle, aucune province ne couvre automatiquement le Soliris.

Certaines, comme l'Ontario et le Québec, le font au cas par cas.

Des patients, comme Marie-Ève Chainey d'Ottawa, n'ont pas accès à ce médicament, parce qu'ils ne répondent pas aux critères très serrés de la province.

Marie-Ève Chainey trouve l'échec des négociations décevant et frustrant. « Le médicament est là, mais on n'y a pas accès. Pendant que les provinces et Alexion se font la guerre, nous on mène un combat contre la maladie », déplore-t-elle.

Mme Chainey dit toutefois comprendre que les provinces contestent le prix du médicament, compte tenu des revenus importants du fabricant. En 2014, Alexion a engrangé 2,2 milliards de dollars et son PDG a gagné 20 millions de dollars.

Blâmes croisés

Les deux côtés blâment la partie adverse pour l'échec des négociations survenu le 16 février dernier.

L'Ontario, porte-parole des provinces et territoires dans ces négociations, montre Alexion du doigt.

« Tous les jours, de nouveaux produits pharmaceutiques arrivent sur le marché. Mais de plus en plus, le prix de ces médicaments les met hors de portée des patients », a noté le ministre ontarien de la Santé, Eric Hoskins, dans une déclaration écrite.

Selon le ministre Hoskins, ces prix élevés nuisent aux patients et mettent en péril la viabilité du programme public d'assurance médicament.

Réaction du fabricant

Pour sa part, Alexion accuse les provinces canadiennes d'avoir mis fin unilatéralement aux négociations.

Dans une réponse en anglais, le fabricant fait valoir que la couverture de ce médicament est déjà assurée dans une cinquantaine de pays.

Alexion affirme prendre des risques financiers en développant des médicaments pour des maladies rares. « Il incombe maintenant aux gouvernements [...] de remplir leurs obligations auprès de leurs citoyens en garantissant aux quelques patients qui en ont besoin un accès aux médicaments qui peuvent leur sauver la vie. »

La guerre des prix se poursuit à un autre échelon 

En janvier 2015, le Conseil canadien d'examen du prix des médicaments brevetés a annoncé qu'il tiendrait une audience publique pour déterminer si Alexion vend son médicament Soliris à des prix excessifs.

Alexion conteste le droit du Conseil d'ordonner des réductions de prix. Il a intenté un recours en justice contre l'organisme et le gouvernement fédéral, en septembre 2015. Cette cause n'a toujours pas été entendue.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Recettes de Noël - Ragoût de boulettes de dinde et épinards