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Megaphono : le désir de faire de la région une destination musique

Austin, Seattle, La Nouvelle-Orléans et Reykjavik sont reconnues depuis bien longtemps comme des « villes de musique ». À Ottawa, la communauté artistique rêve à un tel titre, mais les défis demeurent importants.

Un texte de Jean-François Chevrier

De retour pour une quatrième année, le festival Megaphono réunit artistes, agents et producteurs des quatre coins de la planète. Dès jeudi, une soixantaine de délégués et créateurs rempliront les bars et salles du centre-ville pour assister à une centaine de conférences et spectacles.

Pour les musiciens en vitrine, Megaphono s’avère une occasion de se faire remarquer. Pour les délégués, qui arrivent cette année du Canada, des États-Unis, de l’Amérique latine, de l’Islande et d'ailleurs en Europe, l’événement prend des airs d’une opération charme, d’une présentation de la région et de sa scène musicale, qui gagne encore à être connue.

Les spectacles sont présentés dans diverses salles, des deux côtés de la rivière des Outaouais, principalement dans des petits bars pouvant accueillir une centaine de festivaliers. Certaines prestations auront lieu dans des établissements qui ne présentent pas pas de concerts, habituellement, tels la librairie Black Squirrel d’Ottawa et le Triple 7, à Gatineau.

Il n’en demeure pas moins que la région d’Ottawa a vu ses bars à spectacles disparaître au fil des ans. Le Capital Music Hall, le Barrymores et, plus récemment, le Zaphod Beeblebrox ont tous fermés ou changé de vocation.

Selon Jon Bartlett, les promoteurs privés hésitent à investir dans des lieux plus spacieux, craignant un manque de rentabilité. Il croit que la Ville d’Ottawa doit se munir d’une stratégie à long terme pour inciter la communauté d’affaire à investir en musique.

Depuis ces débuts, Megaphono reçoit les commentaires de la communauté artistique et a réussi, en collaboration avec la Coalition de l’industrie de la musique d’Ottawa (CIMO), à produire une étude portant sur l’importance de la musique comme moteur économique.

Création d’une « stratégie musicale » à Ottawa

Parmi les recommandations, la coalition réclame plus de ressources financières pour faciliter la diffusion des arts de la scène. Elle demande aussi à la Ville d’Ottawa de créer des programmes pour encourager les artistes locaux à faire de l’auto-promotion. Depuis, la Ville a mis sur pied le projet #ottmusik, qui offre la possibilité aux groupes de la région d’être entendus sur la ligne 311 lorsque les citoyens sont mis en attente pour parler à un préposé.

De plus, la Ville d’Ottawa lancera, samedi, la nouvelle application mobile Sonicity qui « offre des bandes sonores originales immersives, composées par des musiciens de la région ».

L’application permettra la diffusion des chansons le long de six circuits d’autobus sur le réseau d’OC Transpo. La Ville promet aussi un aperçu de sa nouvelle stratégie musicale, qui doit donner un nouveau souffle à l’industrie régionale.

Un défi des deux côtés de la rivière

À Gatineau, seuls deux bars du centre-ville, opérés par les mêmes gestionnaires, sont reconnus pour leurs spectacles. Au Petit Chicago et au Minotaure, la programmation conjointe relève davantage d’une passion pour la musique que d’un projet lucratif.

En participant à Megaphono, les propriétaires des deux établissements espèrent attirer un nouveau public, qui a moins l’habitude de traverser la rivière des Outaouais.

Ces artistes qui déménagent…

Pierre Lapointe, Laurence Nerbonne, D-Track, Ricky Paquette, La Bronze : tous ces artistes ont décidé de quitter la région pour vivre de leur art. En déménageant vers des « villes de musique », les possibilités se multiplient puisqu'ils ont accès à plus de salles adaptées à leurs besoins et, surtout, à des ressources peu présentes à Ottawa ou Gatineau.

Pour le groupe Moonfruits, il est possible de vivre avec comme seul revenu la création musicale à Ottawa, mais ça ne se fait pas sans travail. Le duo, qui chante dans les deux langues, vient de lancer une première tournée canadienne. Il croit que le défi principal demeure le manque d’acteurs spécialisés dans la région, comme des gérants, des relationnistes de presse et des dépisteurs radios.

Le fondateur de Megaphono Jon Bartlett reconnaît que les musiciens locaux n’ont pas suffisamment de ressources dans la région de la capitale. Il souligne cependant le rôle qu’Internet joue aujourd'hui dans le milieu, permettant à bon nombre d’artistes de rester dans leur patelin pour promouvoir leur carrière.

C'est d'ailleurs là que réside toute la pertinence du rendez-vous qu'il a créé en 2015, selon M. Bartlett : l’événement annuel permet aux artistes d’ici d’échanger, pendant quatre jours, avec des spécialistes de l’industrie venus expressément de l'extérieur pour les entendre et les rencontrer.

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