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Miramichi : des problèmes au centre de paye bien avant Phénix

La centralisation des services de paye du gouvernement fédéral a été précipitée, mal planifiée, et les ressources n'ont jamais été adéquates pour traiter le volume de travail exigé. C'est l'avis d'une ex-employée du Centre des services de paye de la fonction publique de Miramichi, qui a accepté de témoigner sous le couvert de l'anonymat.

Un texte de Michelle LeBlanc

L'histoire de la centralisation des services de paye au Canada est celle d'un fiasco annoncé. En 2010, dans ses efforts pour réduire la taille de la fonction publique, le gouvernement conservateur décide de centraliser les services de paye de tous les ministères en un seul endroit. Il choisit d'installer le centre national à Miramichi. La ville, qui vient de perdre son principal employeur (UPM-Kymene) doit aussi composer avec la fermeture du Centre national d'enregistrement des armes à feu.

« Quand j'ai commencé au centre de paye à Miramichi, en 2013, on était déjà très stressés. La charge de travail était énorme et on était plusieurs mois en retard dans nos transactions parce qu'on n'avait pas la capacité pour faire tous les cas qu'on aurait dû faire », explique l'ex-employée de Miramichi, qui a travaillé dans le centre de 2013 à 2015.

Selon elle, le gouvernement de l'époque a surévalué le nombre de fonctionnaires expérimentés qui accepteraient de déménager à Miramichi une fois leur poste à Ottawa éliminé.

« C’était des gens qui avaient 15, 20, 30 ans d’expérience, très proches de la retraite. Quand ils se sont fait dire: “On coupe votre poste. Vous avez le choix : vous pouvez déménager ou vous pouvez avoir une indemnité de départ complète”, ils ont pris le cash et ils sont sortis, plutôt que de se voir déménager enfants, familles, petits-enfants et devoir apprendre un nouveau système informatique », explique celle qui occupe maintenant un autre emploi dans la fonction publique.

Résultat : les employés qui sont embauchés à Miramichi ont peu d'expérience et peu de formateurs pour les aider. Les dirigeants leur demandent néanmoins de mettre les bouchées doubles, ou d'en subir les conséquences.

« Il y avait eu beaucoup de pression depuis le tout début. On s'est fait [annuler] nos vacances de Noël et nos vacances d'été assez régulièrement dans les années précédant Phénix, en 2013, 2014, 2015. On se faisait demander souvent de faire [des heures supplémentaires] avec des menaces plus ou moins voilées que ça pourrait avoir des répercussions si on décidait de ne pas rentrer au travail. »

Selon elle, on disait aux employés que le centre de paye allait fermer s'ils n'étaient pas en mesure de traiter un plus grand nombre de dossiers. Elle reproche au gouvernement de ne pas avoir modifié ses plans quand il s’est rendu compte que peu d’employés acceptaient de déménager à Miramichi.

L'arrivée de Phénix, la solution promise aux problèmes

« La pression était là du tout début, explique l'ancienne employée. Phénix, on pensait que ça allait être notre solution à nos problèmes. »

Dès la mise en oeuvre du nouveau système informatique Phénix, en 2016 , la situation s’est encore détériorée au centre national de paye. Phénix n’est pas compatible avec les systèmes existants dans d’autres ministères.

« C'est clair qu'une fois que Phénix a été implanté, on s'est aperçu assez rapidement que ça ne réglait pas le problème de la charge de travail et que plutôt, on allait avoir beaucoup plus de problèmes. C'était un grand désarroi », explique l’employée.

Des employés à bout

Les employés du Centre national de paye doivent répondre quotidiennement à des appels de fonctionnaires frustrés de ne pas recevoir le salaire qui leur est dû.

Selon elle, les fonctionnaires ne sont pas différents des autres Canadiens, qui vivent de paye en paye. Bien qu’elle dit comprendre la frustration des fonctionnaires, ce climat tendu l’a poussée vers la dépression.

« Dans mon cas, ça a créé une dépression, et je n’étais pas la seule. C’était toutes les semaines, sinon tous les jours que je voyais un de mes collègues au centre de paye en pleurs à son bureau. Tous ceux qui sont en paye présentement, c’est une grosse déprime. »

Selon elle, la situation ne pourra pas être rétablie complètement avant plusieurs années. Selon son estimation, il faudra attendre 2020 avant que toutes les payes soient traitées à temps.

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