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Mirela Rahneva, la révélation canadienne en skeleton

Les espoirs de médailles du Canada en skeleton aux Jeux olympiques de Pyeongchang dans un an pourraient bien reposer sur les épaules d'une recrue qui n'a pas tardé à se faire un nom : Mirela Rahneva.

Un texte de Manon Gilbert

À sa première saison en Coupe du monde, l’Ontarienne de 28 ans et ancienne organisatrice de mariage s’est constamment révélé une aspirante au podium. Elle a déjà savouré une première victoire, sur la seule piste de neige naturelle de Saint-Moritz il y a 12 jours (elle y avait aussi gagné deux courses en Coupe d’Europe l’an passé), précédée de deux 3es places à Lake Placid et à Winterberg.

Ce sont cinq tops 5 en six courses. Son seul faux pas : une 18e place au début janvier à Altenberg (Allemagne).

« Je me suis surprise moi-même. Je ne m’attendais pas à être aussi compétitive, affirme la native de Bulgarie, arrivée au Canada à l’été 1997, à l’âge de 9 ans.

« Je découvre des pistes, il faut s’adapter rapidement, visualiser. Tout ne s’arrête pas quand vous quittez la piste. Vous devez retourner à la maison et continuez de vous entraîner mentalement. »

Rahneva invoque plusieurs facteurs pour expliquer ses succès anticipés. D’abord sa maturité (une recrue de 28 ans), ses antécédents sportifs (son père était gymnaste et sa mère sprinteuse), mais surtout sa patience.

Joueuse de rugby pendant six ans, elle s’est tournée vers le skeleton en 2012, à 24 ans. Elle a écumé le circuit nord-américain pendant deux saisons avant de traverser l’Atlantique pour rivaliser avec les Européennes. Forte de quatre victoires en 2015-2016, elle a conclu sa première saison sur le circuit européen au 2e rang et a ainsi décroché son billet pour la Coupe du monde.

« Passer du temps dans l’équipe de développement a été très utile. À ma première année en Europe l’an dernier, je pouvais me permettre de faire des erreurs et ce n’était pas sur le circuit mondial. Il faut du temps pour maîtriser son sport et développer ses habiletés avant d’arriver en Coupe du monde qui est réservée aux meilleurs. Il faut se préparer le temps qu’il faut avant de faire le saut. »

Autre facteur non négligeable, l’entraîneur Ivo Pakalns a mis à profit ses relations avec la filière lettonne pour faire profiter l’équipe canadienne de l’expertise de son pays. En début de saison, les Canadiens ont donc pu s’entraîner sur la piste de Sigulda avec un certain Martins Dukurs, septuple champion de la Coupe du monde, quatre fois médaillé d’or aux Championnats du monde et vice-champion olympique à deux reprises.

Ironie du sort, c’est sur cette même piste que l’athlète d’Ottawa avait remporté ses deux premiers succès en Coupe d’Europe la saison dernière.

« Ça a été une très bonne expérience. Ça nous a aidés beaucoup comme équipe », assure-t-elle.

D’ailleurs, sa coéquipière Elisabeth Vathje, promise à un bel avenir après son titre de vice-championne du monde junior en 2014 à 19 ans, a renoué avec le podium cette saison après une disette d’un an.

Trajectoire déviée

Au lieu de Pyeongchang, Rhaneva aurait bien pu vivre son baptême du feu olympique à Rio, puisqu'elle fait partie de l’équipe canadienne de rugby à sept quand le sport a été admis dans la grande famille olympique en octobre 2009 à Copenhague.

Sauf qu’une fois son baccalauréat en commerce, avec une spécialité en gestion du tourisme, reçu à l’Université de Guelph en 2011, elle a laissé le sport de côté pour se concentrer sur sa carrière professionnelle. Pendant trois ans, elle a planifié des mariages au Mexique, en Jamaïque et en République dominicaine pour une entreprise de Toronto.

Rapidement, le sport lui a manqué.

« Après l’université, je pensais que la vie continuait, qu’il fallait que je passe à autre chose afin d’avoir une carrière professionnelle. Mais, avec le temps, ça ne semblait pas le bon choix, explique celle que l’on surnomme Mimi […] J’avais vu le bobsleigh et le skeleton aux JO de 2010. Je trouvais ça tellement cool. Je voulais en savoir plus sur le sport. J’ai alors contacté l’équipe de l’Ontario. »

En novembre 2012, elle a pris part à un premier camp de sélection en bobsleigh. Trop menue avec ses 1,65 m (5 pi 5 po) et ses 65 kg (143 lb), Rhaneva a été redirigée vers le skeleton. Les sprints de 100 m, chronométrés, que son père lui faisait courir sur une piste cyclable dans sa jeunesse l’ont alors servi. Depuis, elle ne l’a jamais regretté.

D’ailleurs, Rahneva tient à préciser que contrairement à ce qui a déjà été écrit, c’est sur la piste de bobsleigh de Calgary et non au sein de l’équipe nationale de rugby qu’elle a rencontré Heather Moyse, double championne olympique en bob à deux à Vancouver et à Sotchi, mais aussi porte-couleurs du Canada à la Coupe du monde de rugby en 2006 et 2010 et à celle de rugby à sept en 2013.

Rahneva a ainsi quitté son emploi à Toronto, pour s’en trouver un autre au Parc olympique de Calgary, où l’équipe nationale de skeleton a ses quartiers. Du début avril à la fin août, après ses entraînements sur glace et en salle, sa séance de physiothérapie, elle troque ses souliers à crampons contre ses talons hauts et travaille pour le service de traiteurs du parc olympique, où des mariages et des fêtes y sont célébrés.

De tous les sports olympiques d’hiver, le skeleton est celui qui reçoit le moins d’argent d’À nous le podium (ANLP) cette saison (200 000 $). Il n'est donc pas surprenant que la fédération nationale facture des frais de 20 000 $ cette année à Rhaneva. Pour le plan quadriennal jusqu’à Pyeongchang, c’est 382 000 $, soit 3 122 500 $ de moins que le précédent puisque les skeletoneurs canadiens sont repartis bredouilles de Sotchi.

« J’ai seulement réussi à en payer la moitié jusqu’à maintenant. Je recherche désespérément des commanditaires [...] C’est un peu pénible. C’est une grosse responsabilité financière. On le fait tout simplement pour l’amour du sport. »

Ses performances lui donnent non seulement des munitions pour trouver des commanditaires, mais aussi pour qu’ANLP investisse dans un sport qu’a longtemps fait rayonner Jon Montgomery, Mellisa Hollingsworth, Jeff Pain et Duff Gibson aux Jeux olympiques.

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