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Moisissures et champignons au service de l’art

Depuis plus de 20 ans, l'artiste de renommée internationale Annie Thibault conjugue son amour des sciences à sa démarche artistique. L'exposition La chambre des cultures à la galerie d'art de l'Université Carleton à Ottawa lève le voile sur une proposition singulière, à la croisée de l'histoire naturelle, du laboratoire et de l'atelier d'artiste.

Un texte de Stéphanie Rhéaume pour l'émission Les malins

Annie Thibault s’amuse à décrire son espace de travail comme un « antre de sorcière ».

Son atelier, dissimulé au détour d’un couloir de la Filature dans le secteur de Hull, s’avère tout sauf conventionnel. Microscopes, boîtes de Petri, spécimens de pleurotes séchés agrémentent le décor de l’artiste-chercheuse.

Celle qui a débuté son parcours en travaillant avec les moisissures comme pigments vivants voue un immense respect envers toutes les formes de vie, quelles qu’elles soient.

La chambre des cultures : l’oeuvre d’une vie

En 1995, Annie Thibault entreprend le vaste projet de laboratoire vivant, La chambre des cultures, qui continue aujourd’hui de nourrir sa démarche intellectuelle et artistique.

Elle s’associe d’abord avec un ami au doctorat en microbiologie à l’Université de Montréal. Dans le laboratoire de l’institution, elle étudie les algues microscopiques.

C’est là qu’elle fait une rencontre déterminante dans son parcours. Le phytopathologiste Peter Newman lui révèle le potentiel artistique des moisissures.

« Il était spécialisé dans les moisissures qui envahissaient les pommiers, relate Annie Thibault. Il avait une collection de moisissures assez extraordinaire… de toutes les couleurs. Avec lui, j’ai appris à manipuler les cultures et les moisissures. »

Depuis, l’artiste en arts visuels a inoculé des milliers de boîtes de Petri, à l’intérieur desquelles évoluent des couleurs, des motifs et des textures. Elle reproduit ces oeuvres vivantes en dessin, les photographie et les filme en temps réel pour en présenter une version accélérée aux visiteurs en galerie.

Ses œuvres font partie de plusieurs collections privées et publiques, dont la collection permanente du Musée national des beaux-arts du Québec.

En Outaouais, Annie Thibault a laissé sa marque au pavillon d’oncologie de l’Hôpital de Gatineau avec Élora, une installation suspendue au plafond.

Des oeuvres écologiques et éphémères

Depuis deux ans, son travail a pris un virage écologique. Annie Thibault s’intéresse plus particulièrement à la culture de champignons. La chambre des cultures met désormais en valeur des pleurotes fournis par la Ferme le Coprin de La Pêche.

Marquée par la thèse du mycologue Paul Stamets comme quoi les champignons pourraient contribuer à sauver le monde, Annie Thibault adopte désormais une approche plus engagée que poétique.

Travailler avec le vivant comporte son lot d’inconnus. Les oeuvres évoluent au rythme de la croissance et de l’assèchement des champignons sous le regard intrigué des visiteurs.

L’exposition Annie Thibault: La chambre des cultures, foraging in time and space est présentée à la galerie d’art de l’Université Carleton jusqu’au 3 décembre.

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