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Mort d’Abdirahman Abdi : les clients du café sortent du silence

Des clients et la responsable du café Bridgehead, dans le quartier Hintonburg, à Ottawa, se disent mal à l'aise après la mort d'Adbirahman Abdi, ce Somalien d'origine décédé après une intervention policière. Certains d'entre eux ressentent aujourd'hui le besoin de prendre la parole pour donner leur version des faits.

Depuis la mort d'Abdirahman Abdi, les médias sociaux se sont enflammés sur le sujet et le débat s'est focalisé sur la question raciale, la santé mentale et l'attitude de la police d'Ottawa.

Des critiques ont également été dirigées envers les employés et les clients du café Bridgehead, où tout a commencé.

Cette situation est loin de laisser indifférent Jean-Michel Duval. Il était à l'intérieur de l'établissement au moment où les autorités ont été appelées, après qu'une femme eut allégué avoir été agressée par M. Abdi.

« Donc je me suis approché de la dame et elle m'a dit : "Il m'a touchée, il m'a touchée, il n'était pas supposé me toucher." Donc j'en ai conclu qu'elle avait été touchée d'une façon inappropriée », précise-t-il.

Selon lui, les clients et les employés du café ne devraient pas être stigmatisés, parce qu'appeler le 911 était la meilleure façon d'agir.

« C'était beaucoup d'appréhension, l'incertitude de ce qui se passait, si nos vies étaient en danger », note-t-il.

Le gérant montré injustement du doigt, selon un client

Ernie Denault est un habitué du café depuis qu'il s'est installé dans le quartier, il y a quatre ans. Il dit qu'il était sur place le matin de l'arrestation, et qu'il y a vu M. Abdi, mais il soutient n'avoir assisté à aucune scène de violence.

M. Denault ajoute que l'homme fréquentait les lieux régulièrement, qu'il avait l'habitude de s'asseoir près d'une fenêtre située à proximité de la porte du commerce, et que parfois il se levait en regardant fixement les personnes qui y entraient.

« Cela rendait les gens inconfortables, parce qu'ils ne comprenaient pas [pourquoi il faisait ça]. À part cela, il semblait être une bonne personne. Mais il avait l'air de rechercher l'attention », raconte-t-il.

Ernie Denault affirme qu'il n'a jamais vu M. Abdi toucher qui que ce soit auparavant, mais il croit que le gérant du café, qui a appelé la police, ne devrait pas être montré du doigt à cause de sa décision.

« Il a tout pris sur ses épaules, comme si c'était de sa faute s'il avait appelé la police. Ce n'est pas le cas. Ils ont fait exactement ce qu'il fallait », dit-il.

Il dénonce le fait que, depuis la mort de M. Abdi, des personnes se présentent au café et blâment le gérant parce qu'il a alerté les autorités.

« Les gens devraient arrêter de s'en prendre aux employés. Ils n'ont fait que leur travail », estime-t-il.

Un sentiment de « malaise »

La propriétaire du café, Tracey Clark, qui n'était pas présente lors du drame, prend fait et cause pour les employés et les clients, bien qu'elle affirme que « l'issue n'aurait pas dû être la mort ».

« Il y a eu une agression et une situation qui se dégradait, ce qui ne laissait pas d'autre choix, et il y a eu plusieurs appels au 911 », justifie-t-elle.

Elle dit ressentir un « malaise » à cause de la fin tragique de M. Abdi, mais aussi parce que les policiers sont dépeints comme « les méchants » et la victime comme « un martyr ».

« Je pense qu'il est important que la communauté ne se déchire pas autour de cet incident. Il ne faut pas prendre parti. Nous sommes une seule communauté et j'apprécie le fait que le cousin de M. Abdi ait déclaré cela lors de la veillée à la bougie qui a eu lieu le mardi soir, après l'incident », souligne-t-elle.

Mme Clark, qui paraît profondément marquée par ce qui s'est passé dans son commerce, a senti le besoin de composer un poème à la suite du tragique incident.

Ce dernier, qui est intitulé I am not safe if you are not safe (Je ne suis pas en sécurité si tu n'es pas en sécurité), se veut porteur d'un message d'unité.

« C'est un incident qui peut engendrer beaucoup de division. J'ai le sentiment que toutes les parties de l'histoire ont besoin d'être entendues et qu'il faut que la communauté se regroupe et soit respectueuse de ses membres », conclut-elle.

Avec des informations de Claudine Richard et de CBC

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