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Mort d’Olivier Bruneau : aucune réponse 10 mois plus tard

Dix mois après la mort d'un jeune travailleur québécois sur un chantier de construction à Ottawa, la police n'a pas terminé son enquête. L'attente est pénible pour la famille d'Olivier Bruneau, mort à 24 ans. Cet accident de travail est vu par plusieurs comme un test pour une loi fédérale qui devait protéger les travailleurs.

Un texte de Brigitte Bureau

« On m'avait prévenu que ce serait un moment difficile », dit doucement Christian Bruneau, le père d'Olivier. Il explique que, pour la famille, le temps des Fêtes a rappelé une fois de plus « qu'Olivier n'est plus avec [eux] ».

Olivier Bruneau, un jeune arpenteur de Gatineau, est mort sur un chantier de construction à Ottawa, le 23 mars 2016. Il a été écrasé par un morceau de glace qui s'était détaché d'une paroi de l'excavation d’une profondeur de neuf étages.

Olivier travaillait pour Bellai Frères Construction, un sous-traitant du promoteur immobilier Claridge Homes, propriétaire du chantier.

Dix mois après l'accident, l'enquête du Service de police d'Ottawa (SPO) n’est toujours pas terminée.

L'attente est extrêmement pénible.

Christian Bruneau, père d'Olivier

« Notre garçon est décédé. On ne peut pas savoir ce qui s'est passé, puis on ne le saura pas tant que les enquêtes ne seront pas terminées. C'est extrêmement pesant pour la famille », affirme M. Bruneau.

Une question parmi d’autres demeure : pourquoi le chantier est-il resté ouvert, alors que les parois étaient glacées?

Deux accidents semblables avaient eu lieu sur le même site dans les mois qui ont précédé la mort d'Olivier, comme l'a révélé une enquête de Radio-Canada.

Un test pour la loi canadienne

Pour plusieurs syndicats et experts en droit du travail, le cas d'Olivier Bruneau est vu comme un test de la loi fédérale, adoptée en 2003, en réaction à la tragédie de la mine Westray, en Nouvelle-Écosse.

Cette loi a modifié le Code criminel, afin de punir plus sévèrement les organisations et les entreprises fautives en matière de santé et de sécurité.

En réalité, la loi a mené à très peu d'accusations et le nombre de morts en milieu de travail n'a pas diminué. Il se situe toujours autour de 1000 par année, dont environ le quart concerne le domaine de la construction.

La campagne « Mettons fin au carnage »

Le Syndicat canadien des métallos compte parmi ceux qui surveillent de près le cas d'Olivier Bruneau.

Le directeur pour le Québec, Alain Croteau, déplore le fait que l'enquête criminelle n'est toujours pas terminée.

Parfois, quand c'est long, je me dis que ça cache des choses. Il faut s'assurer que, dans cette enquête-là, la vérité sorte.

Alain Croteau, directeur pour le Québec, Syndicat canadien des métallos

M. Croteau espère que l'enquête permettra de déterminer, entre autres, « qui a pris la décision de ne pas mettre de protection pour éviter que la glace ne tombe sur cette personne ».

Malheureusement, dit-il, de nombreux procureurs et policiers dans les différentes provinces connaissent peu la loi Westray et sont mal outillés pour s'en servir.

C'est la raison pour laquelle le Syndicat des métallos mène présentement une campagne nationale intitulée « Mettons fin au carnage. Appliquons la loi. »

Selon Alain Croteau, les employeurs deviendraient beaucoup plus responsables, si la loi Westray était davantage appliquée. « Les employeurs se diraient que c'est sérieux et que si on ne fait pas de prévention, on risque la prison », estime-t-il.

Les autorités silencieuses

De son côté, le Service de police d'Ottawa n'a pas voulu commenter, puisque l'enquête est en cours.

En vertu de la Loi ontarienne sur la santé et la sécurité au travail, le ministère du Travail de l'Ontario doit aussi faire la lumière sur cet accident mortel.

Le ministère n'a pas voulu faire de commentaires, sauf pour dire qu'il avait terminé son enquête et que le dossier était maintenant entre les mains du service juridique.

En vertu de la loi, le ministère dispose d'un an à partir de la date de l'accident pour déposer des accusations, s'il y a lieu.

Le père d'Olivier Bruneau souhaite des réponses au plus vite. « Tu ne peux pas faire ton deuil tant que tu n'as pas les réponses à tes questions », souligne-t-il.

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