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Nous sommes populaires et nécessaires, disent des vendeurs de cannabis d'Ottawa

Des responsables de comptoirs de vente de cannabis à Ottawa estiment que leurs commerces sont nécessaires et sont là pour rester, même si le gouvernement ontarien a promis de les éliminer.

Un texte de Roxane Léouzon

La popularité de la quinzaine de points de vente de cannabis ne démord pas dans la capitale nationale, selon ceux qui y travaillent.

« Nous avons beaucoup de clients et juste par le nombre de comptoirs de vente qui ouvrent et qui rouvrent, on peut voir qu'il y a un marché pour ça », a estimé David Galindo, gérant du magasin Weeds de la rue Bank.

Ceux qui oeuvrent dans le milieu sont extrêmement déçus que le gouvernement de l'Ontario ait confié à la Régie des alcools de l'Ontario, la LCBO, le monopole de la vente lorsque le gouvernement fédéral aura légalisé le cannabis plus tard cette année.

Selon certains, la demande est si importante que l'unique succursale de la LCBO prévue à Ottawa en 2018 ne pourra pas combler tous les besoins. Les produits dérivés du cannabis, comme la nourriture et les boissons, ne seront notamment pas distribués lors de la première année.

« Il pourrait y avoir des magasins pour les teintures, des magasins pour les produits topiques, des magasins pour le bain, des magasins pour la nourriture, des magasins pour les fleurs. Il pourrait y avoir plusieurs sortes de boutiques et ça créerait un nouveau marché pour le Canada et l'Ontario. Mais [les autorités] nous ignorent », a énuméré Blaine, qui travaille pour le magasin Cannabliss.

De son côté, le professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa Eugene Oscapella croit que la demande pour ces commerces restera après la légalisation de la marijuana. Du moins pour un certain temps, jusqu’à ce que les habitudes changent et que le gouvernement mette en place un système de distribution qui fonctionne bien.

Même son de cloche du côté de l'organisme National access cannabis, qui fournit à Ottawa des services aux personnes qui souhaitent obtenir de la marijuana à des fins médicales. Ces derniers seraient nombreux à faire des achats dans les comptoirs de vente en raison de la plus grande variété de produits offerts en comparaison avec les producteurs autorisés.

« Les gens sont habitués d'acheter le cannabis chez les dispensaires ou leurs dealers. On l'a vu avec la fin de la prohibition aux États-Unis, ça a pris 10 ou 15 ans avant que les ventes transitionnent. Je pense qu'ici ça va prendre deux ou trois années et on va voir un grand changement », a dit Chuck Rifici, président du conseil d'administration de National access cannabis.

Rester ouvert malgré la menace

Quelques-uns de ces commerces sont restés fermés cette année à la suite de perquisitions de la police d'Ottawa. C'est notamment le cas des boutiques de Cannabis Culture et de GreenTree.

Plusieurs responsables de comptoirs de vente de cannabis d'Ottawa s'attendent donc à ce que la police intervienne potentiellement dans leurs commerces à tout moment, mais ils n'ont pas l'intention de laisser tomber leurs clients pour autant.

« Nous allons rester ici et donner accès au cannabis aux gens, parce que c'est ce que la communauté souhaite », a affirmé Blaine, de Cannabliss.

« Arrêtez de faire des perquisitions dans les "dispensaires", laissez-nous tranquilles, et arrêtez de dire que nous sommes le marché noir. Nous sommes le libre marché », a conclu l'activiste.

« Nous ne sommes pas disposés à tout remettre entre les mains des mêmes gens qui nous ont persécutés et qui continuent de le faire au sujet d'une plante qui a poussé naturellement sur cette terre », ont pour leur part indiqué par courriel les responsables de la boutique Smoke Signalz, ajoutant qu'ils continueraient de se battre contre cette « injustice ».

Don Brière, président de la chaîne de commerces Weeds, a aussi indiqué qu’il ne comptait pas abandonner le marché ottavien.

Faire changer les choses

Plusieurs militants et regroupements de comptoirs de vente de marijuana ontariens, convaincus de l’intérêt général de leur présence, militent pour un modèle qui les inclut avec un système de permis.

Une campagne intitulée Sensible Ontario a d'ailleurs été lancée il y a quelques semaines, notamment pour inciter les citoyens à écrire aux politiciens pour qu'ils « sauvent » les comptoirs de vente de cannabis et renoncent au monopole de l'État. Ils demandent aussi que puissent être mis en place des lieux de consommation comme des lounges.

Tyler James, directeur général de la Ontario Cannabis Consumer Retail Alliance, croit que les autorités finiront par se rendre compte que le modèle de distribution choisi par la province ne fonctionne pas.

« En autorisant un système de permis pour des commerces privés, les municipalités et les gouvernements vont pouvoir récolter des revenus [de taxes], qui pourront être investis dans des programmes de santé publique et de services sociaux. Ça permettrait aussi de contrôler comment les comptoirs de vente opèrent et combien il y en a dans la ville », a-t-il fait valoir.

La militante associée à Cannabis Culture Jodie Emery estime qu'il est difficile de faire pression sur le gouvernement directement. « Mais quand nous rejoignons le public et le libre marché, ils soutiennent l'accès, les comptoirs de vente de cannabis et la légalisation et le gouvernement est forcé de s'adapter à ce que veut la majorité du public », a-t-elle indiqué, disant avoir espoir que le gouvernement ontarien change sa politique.

Mme Emery espère aussi que la cause Comeau, qui remet en question les monopoles d'État sur l'alcool au Canada, permette de reconnaître que le monopole ontarien sur le cannabis est inconstitutionnel.

Leurs efforts pourraient-ils porter fruit? Pas avant quelques années, selon M. Oscapella.

« Il y aura des ajustements après une période d’expérimentation avec le système de règlementation et ça se peut qu’un jour, les dispensaires illégaux puissent faire partie du système légal », a estimé le criminologue.

Avec des informations de Yasmine Mehdi

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