Retour

Ottawa 2017 : des activités organisées loin du regard du public

Alors qu'il ne reste que 250 jours avant les grandes festivités du 150e anniversaire de la Confédération, le bureau d'Ottawa 2017 laisse transpirer peu de détails sur la façon dont il prend ses décisions. Un conseiller municipal et deux experts croient d'ailleurs que les organisateurs devraient faire preuve d'une plus grande transparence.

Un texte de Jean-Sébastien Marier

Il y a un an, le bureau d'Ottawa 2017, qui était jusqu'alors une entité municipale, a été incorporé sous la forme d'un organisme à but non lucratif, appelé Célébrations Ottawa inc.

Il est chapeauté par un conseil d'administration formé de représentants du secteur privé, de l'industrie du tourisme et d'élus municipaux, soit les conseillers Mathieu Fleury et Jean Cloutier, ainsi que le maire Jim Watson. La Ville d'Ottawa entend d'ailleurs verser jusqu'à 5,95 millions de dollars à l'organisme.

Le directeur général d'Ottawa 2017, Guy Laflamme, souligne que la création d'une entité indépendante pour l'organisation de grands événements est une pratique répandue dans l'industrie. Ce fut notamment le cas pour le 400e anniversaire de la Ville de Québec et les Jeux panaméricains.

« On maintient un niveau de gouvernance qui est exemplaire et avec des pratiques administratives qui sont très rigoureuses », affirme-t-il.

Pourtant, les procès-verbaux des réunions du conseil d'administration d'Ottawa 2017 ne sont pas rendus publics. Et en tant qu'entreprise privée, Célébrations Ottawa n'est pas soumise à Loi sur l'accès à l'information municipale et la protection de la vie privée de l'Ontario.

L'organisme a aussi refusé de nous révéler les détails de son partenariat de commandite « de plusieurs millions de dollars » avec la Banque CIBC, présenté comme « le plus grand jamais conclu pour un événement dans l'histoire d'Ottawa ». Il nous est ainsi difficile de savoir quelle est la somme promise par l'institution financière et si cette dernière a un droit de regard sur le choix des activités qui seront offertes en 2017.

Une impression d'opacité, selon un conseiller

Le conseiller municipal du quartier Capitale, David Chernushenko, croit qu'Ottawa 2017 doit faire preuve de davantage d'ouverture, au risque d'être vue « comme un peu opaque, que ça manque un peu de transparence ».

Il rappelle que la Ville d'Ottawa consacrera d'importantes sommes d'argent aux célébrations du 150e anniversaire de la Confédération et il est donc d'avis que les citoyens sont en droit d'avoir plus d'information.

« Je n'ai rien contre l'idée de créer un organisme un peu séparé [...] si la Ville n'avait pas les ressources, les employés suffisants pour faire ce travail », explique M. Chernushenko. « Mais, c'est quand même important qu'on [soit] au courant de comment c'est géré. »

Une obligation « morale » de transparence, dit un expert

Selon Gilles LeVasseur, professeur de gestion et de droit à l'Université d'Ottawa, la création d'un organisme comme Ottawa 2017 pour organiser de grands événements n'est pas répréhensible en soi.

Il souligne que cette approche présente même certains avantages, par exemple, en limitant la responsabilité juridique de la Municipalité en cas de problèmes.

Même s'il reconnaît que certaines informations doivent être gardées secrètes, notamment en matière de contrats, M. LeVasseur croit qu'Ottawa 2017 a certaines obligations en matière de transparence.

« Il serait intéressant pour les citoyens d'Ottawa d'avoir accès, au minimum, aux grandes décisions, aux démarches qui sont prises pour arriver à avoir ces résultats-là [...] », dit-il. « Si ça va bien, aucun problème. Mais si ça va mal, on peut avoir aussi une mauvaise image de la Ville d'Ottawa. Puis ça pourrait avoir aussi des conséquences juridiques ou même financières pour les citoyens parce qu'on doit peut-être payer pour ces erreurs-là. »

Le professeur en science politique et cofondateur de l'organisme Démocratie en surveillance, Duff Conacher, abonde dans le même sens.

Selon lui, Ottawa 2017 devrait se plier aux mêmes règles de transparence que la Municipalité.

« S'il y a une organisation qui reçoit des fonds du gouvernement et, aussi, qui a un rôle public, les lois de l'imputabilité doivent couvrir ces organisations, comme le vérificateur général, les lois d'accès à l'information et, aussi, de lobbying et d'éthique », dit-il.

Tout ne peut pas être révélé, répond Ottawa 2017

M. Laflamme rétorque qu'il est nécessaire de garder certaines informations confidentielles pour des raisons de compétitivité.

« De dévoiler les détails des comptes-rendus des rencontres du conseil d'administration serait de nous exposer au niveau de notre concurrence en 2017, alors qu'il y a plusieurs des éléments qui seront rendus publics dans un avenir rapproché, mais qui ne sont pas encore publics », fait-il valoir.

M. Laflamme rappelle que certains détails financiers sont rendus publics. C'est le cas des 3 millions de dollars qui seront dépensés pour créer une « expérience multimédia » dans la station Lyon du train léger sur rail

Il indique également que le conseil d'administration a mandaté une firme de vérification externe pour contrôler ses activités et que son organisme remet les rapports financiers nécessaires à la Municipalité. Le C.A. doit d'ailleurs se pencher sur un rapport financier des activités d'Ottawa 2017 la semaine prochaine, un rapport qui sera présenté au conseil municipal plus tard cette année.

Pour sa part, le maire d'Ottawa dit qu'il faut faire confiance au conseil d'administration d'Ottawa 2017. Jim Watson en est membre, tout comme les conseillers Mathieu Fleury et Jean Cloutier.

« Quand on [fait] une annonce, il y a un communiqué de presse, c'est sur notre site web », dit-il. « C'est important pour nous autres de protéger nos intérêts et les intérêts du secteur privé pendant les négociations. »

Avec des informations de Joanne Chianello

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine