À moins de 200 jours du début des célébrations de 2017, alors qu'Ottawa se refait une beauté, un certain bouillonnement culturel est palpable dans la capitale.

Un texte de Joly-Anne Ricard

Plusieurs acteurs du milieu s'entendent pour dire que la ville a connu un essor culturel important au cours des 10 à 20 dernières années. Mais est-ce suffisant pour rendre Ottawa « culturellement » cool ? Oui, nous disent certains intervenants du milieu... mais on peut apporter des améliorations.

Où se cachent les artistes francophones ?

Les artistes francophones sont nombreux dans la capitale et sont fiers de travailler dans leur langue, selon Xavier Forget, producteur associé de la programmation francophone à CNA Présente. Le bilinguisme est d'ailleurs une des forces de la scène culturelle ottavienne, selon lui, et reflète une « cohabitation harmonieuse ».

Toutefois, vue de l'extérieur, Ottawa peut facilement être perçue comme une ville anglophone, déplore-t-il. « Je pense que le niveau politique est en retard sur la réalité des citoyens à ce niveau [en matière de bilinguisme]. »

C'est aussi ce que croit Brigitte Haentjens, femme de lettres et directrice artistique du Théâtre français du Centre national des Arts (CNA), qui, d'un point de vue personnel, estime que la ville a perdu son visage francophone au fil des ans.

Pour elle, la capitale nationale gagnerait à s'inspirer de Moncton, une ville devenue beaucoup plus cool, à ses yeux, depuis qu'elle a officialisé son bilinguisme en 2002.

Une mauvaise réputation colportée par les résidents

Les résidents de la capitale profitent d'un accès privilégié à de grandes institutions culturelles nationales, comme le CNA et le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC). La ville regorge aussi de créateurs dans le milieu du théâtre, de la musique et des arts visuels, en plus de bénéficier d'une situation géographique enviable, souligne Xavier Forget. Ottawa a tout pour être cool quoi...

Alors d'où vient cette étiquette de ville ennuyante, qui semble encore lui coller à la peau?

Selon Alex Van Dieren, vice-président de l'agence de communication Orkestra et cofondateur du Brewfest d'Ottawa, le noeud du problème réside dans la perception même des résidents, qui continuent parfois à colporter des préjugés sur leur ville. C'est un des grands défauts de la capitale, selon lui.

Debout, spectateurs !

Pour Tom Conroy, vice-président et directeur administratif du Centre Canadian Tire, le marché des spectacles et du divertissement s'est beaucoup développé dans la capitale, depuis l'ouverture du stade à Kanata il y a 20 ans.

Même s'il admet que la ville ne peut cacher ses airs de banlieue-dortoir, la vie musicale y est riche et les artistes se laissent plutôt facilement convaincre d'y arrêter. Il cite en exemple les grands noms qui y ont pris l'affiche dans les derniers mois - notamment Garth Brooks, Pearl Jam et Justin Bieber.

La « coolitude » ne passe cependant pas que par le côté commercial, estime Brigitte Haentjens, qui met en garde contre l'américanisation de la capitale. « La scène culturelle, ce n'est pas juste de pouvoir aligner une programmation avec des mégastars internationales », souligne-t-elle.

La scène musicale est foisonnante dans la capitale, et ce, même à l'extérieur des grandes salles, estime quant à lui Xavier Forget. Toutefois, explique-t-il, les artisans s'entendent pour dire qu'Ottawa a besoin d'une nouvelle infrastructure, de 500 à 1500 places, pour offrir un format plus flexible à un certain type de spectateurs.

Cela permettrait d'attirer un autre type d'artistes, qui ne viennent actuellement que dans le cadre de festivals extérieurs, précise-t-il.

Des arts visuels à la portée de tous

Le milieu des arts visuels dans la capitale bénéficie d'une situation privilégiée, notamment avec la présence du MBAC, qui se targue d'avoir la plus importante collection d'art canadien au pays.

Malgré un bassin de population qui ne lui permet pas d'enregistrer des « affluences spectaculaires » comme à Toronto, Montréal ou Vancouver, l'établissement estime que la richesse de sa collection lui donne la possibilité de négocier des « prêts exceptionnels » avec des musées prestigieux et de présenter des expositions de calibre mondial.

Selon le MBAC, la capitale est aussi l'endroit idéal pour la nouvelle génération d'artistes, puisqu'elle représente un point de jonction entre les cultures francophones, anglophones, autochtones et pluriethniques.

Pour Jean-François Chevrier, animateur du magazine culturel Changer d'air à Radio-Canada Ottawa-Gatineau, le défi reste toutefois l'accessibilité des oeuvres pour le grand public. « Il serait intéressant de voir naître un vrai festival des arts visuels à Ottawa. Un festival muni d'une programmation réfléchie qui s'échelonnerait sur plusieurs jours », souligne-t-il.

Cela permettrait de faire découvrir les artistes locaux et les galeries d'art aux résidents, selon lui.

Envie de découvrir des galeries d'art branchées à Ottawa? Voici trois suggestions de Jean-François Chevrier :

Capitaliser sur l'engouement du 150e de la Confédération canadienne

Du théâtre ambulant mettant en vedette un dragon articulé géant, des projections multimédias souterraines, un pique-nique sur un pont interprovincial recouvert de verdure : l'offre culturelle promet d'être éclatée en 2017 dans la capitale.

Alors que les yeux seront rivés sur Ottawa, les acteurs du milieu croient qu'il faut se servir du 150e comme d'un tremplin culturel.

Pour Guy Laflamme, directeur général d'Ottawa 2017, il est clair que la capitale bénéficiera à long terme des retombées du 150e, grâce à une programmation audacieuse qui contribuera à « briser ce moule de stéréotypes erronés que les gens ont à l'égard d'Ottawa ».

Il ajoute que plusieurs des éléments de programmation développés pour 2017, qui misent sur l'image d'une ville où sont présentes les hautes technologies, reviendront au cours des années suivantes.

C'est d'ailleurs ce qu'a réussi à accomplir à Québec, qui célébrait en 2008 son 400e anniversaire. La capitale provinciale a profité d'un second souffle et d'un changement de perception à la suite des festivités, confie Daniel Gélinas, ancien président-directeur général de la Société du 400e de Québec.

Il reste à savoir si la capitale fédérale réussira son pari en profitant de sa place sous les projecteurs l'an prochain pour changer les perceptions et devenir « culturellement » cool dans l'esprit de tous.

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