Le ménage printanier du bureau de Radio-Canada à l'Assemblée législative a commencé vendredi. Il était temps, même si je me demande ce qui sentait le plus mauvais entre mon tapis et l'air de la Chambre.

Alex Boissonneault

  Une chronique d' Alex Boissonneault

L'odeur d'intrigue et de cynisme qui flotte dans tous les parlements, tantôt subtile, tantôt prononcée, étouffe Queen's Park depuis quelques semaines. La dernière a été particulièrement « décevante », pour paraphraser la députée néo-démocrate Catherine Fife.

En un mois, on a vu s'empiler les histoires de harcèlement, de commentaires vulgaires, d'accusations de sexisme, de financement politique douteux, et même d'une nouvelle enquête de la police provinciale sur les actions du gouvernement.

Le genre de semaine qui pèse lourd, non seulement sur tous ceux et celles qui travaillent au quotidien dans les murs de l'assemblée, mais aussi sur l'opinion publique en général.

Odeur d'urine

Pour bien situer le niveau du débat, disons seulement qu'on a rarement parlé de pipi avec autant de passion en politique provinciale. Ça peut paraître cocasse, mais l'épisode est aussi plein de leçons.

Rappel des faits : mercredi, le ministre de l'Énergie, Bob Chiarelli a été mitraillé de questions sur de nouvelles allégations de destructions criminelles de documents d'État dans une affaire d'éoliennes.

Au plus vif des échanges, il a dit de la chef néo-démocrate, Andrea Horwath « qu'elle pisse dans toutes les directions ». Euh, pardon? « She pees all over the map »?

Enfin, c'est ce que tout le monde, sauf peut-être le ministre lui-même et ses collègues libéraux ont entendu. Surtout, c'est ce que le Journal officiel des Débats a rapporté... jusqu'à ce que la transcription soit révisée, pour une raison obscure.

Odeur de censure

Le Journal rapporte maintenant que Bob Chiarelli aurait plutôt dit « qu'elle court partout ». La même version que celle du ministre lorsqu'il s'est excusé, non pas d'avoir été vulgaire, mais mal compris.

Le NPD a rapidement dénoncé le « caractère misogyne » des propos. L'accusation ne fait pas l'unanimité : les mots sont disgracieux, vulgaires, mais sexistes? Le débat reste ouvert. Mais ce qui choque plus largement, et ce qui nourrit encore la méfiance et le cynisme des citoyens à l'endroit des politiciens, c'est cette nouvelle tentative de camoufler la vérité. Voire même de la manipuler.

Le Journal des Débats est une transcription officielle, neutre, objective, des échanges entre les élus durant la période de questions. C'est un document d'archives sensé représenter non pas ce qu'on aurait aimé entendre de la bouche des députés, mais ce qu'ils ont vraiment dit.

Peut-être que le ministre Chiarelli a raison, et qu'il a été mal compris. Le problème, c'est qu'il a été mal compris par pas mal de gens. Si ça avait été seulement quelques journalistes, ça aurait été différent. Mais les greffiers de la Chambre ont entendu et rapporté la même chose.

Le ministre des Finances, Charles Sousa, a défendu son collègue, et soutien que le document officiel a été changé sans qu'il en ait fait la demande. Plusieurs ont de sérieux doutes. Or peu importe la vérité, ce genre de censure n'a rien pour chasser les mauvaises odeurs qui émanent de la vie politique, et préserver la crédibilité des institutions démocratiques.

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