Retour

Payer les artistes en dollars américains, un véritable casse-tête pour les festivals

La baisse du dollar canadien a pris par surprise les principaux événements culturels, dont 40 à 75 % de la programmation est constituée d'artistes internationaux.

Un texte de Valerie-Micaela Bain

Qu'il s'agisse des Rolling Stones sur les plaines d'Abraham à Québec, d'Erykah Badu au Festival de jazz de Montréal, de Jerry Seinfeld à Just for Laughs ou de System of a Down au Amnesia Rockfest de Montebello, les artistes internationaux qui se produisent au Canada sont payés en dollars américains ou en euros, et ce, même si les revenus des grands événements culturels sont comptabilisés en dollars canadiens.

Ainsi, depuis un an, la facture est nettement plus salée. La baisse de la valeur du dollar canadien a fait grimper le prix des cachets de près de 35 %.

« Quand on paie un artiste 100 000 $ US, ça veut quand même dire presque 135 000 $ CA; ça fait une différence! » fait remarquer Laurent Saulnier, vice-président, programmation et production à L'Équipe Spectra.

Les organisateurs ne renoncent pas pour autant à faire venir les vedettes internationales, la présence de têtes d'affiche étant cruciale pour le rayonnement et le succès de leurs événements.

Dans la région de l'Outaouais, l'Amnesia Rockfest préfère pour sa part ne pas engager de groupes moins connus, qui risquent de rapporter moins d'argent. « Je vais plus vers des valeurs sûres, parce que chaque sou maintenant compte et parce que l'élastique est étiré », explique son président et fondateur, Alex Martel.

D'ailleurs, le plus gros festival rock au Canada vient de s'adjoindre de nouveaux alliés, les groupes Juste pour rire et La Tribu, afin d'assurer sa pérennité.

Des conséquences concrètes

L'an dernier, le Festival d'été de Québec (FEQ) a augmenté de près de 3 millions de dollars son budget alloué à la programmation, notamment grâce à la hausse du prix de ses laissez-passer. Quant au Festival international de jazz de Montréal, il a commencé à gruger sa marge de profits.

La chute du huard n'a pas non plus épargné l'Opéra de Montréal. La production Elektra, présentée l'automne dernier, a coûté 100 000 $ de plus que prévu en raison de la hausse soudaine du prix du décor, conçu en Europe et payé en euros.

« On ne déciderait pas aujourd'hui d'aller construire une production en Europe, c'est clair, mais à l'époque [...], le marché était beaucoup plus favorable », explique Pierre Dufour, directeur général de l'Opéra.

Pour sa part, le Musée des beaux-arts de Montréal conçoit la scénographie de la plupart de ses expositions plutôt que d'acheter celle d'autres musées. « L'idée, c'est de fabriquer des contenus pour en être les maîtres, pour avoir le contrôle là-dessus et pouvoir les revendre », explique Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du musée.

Bref, toutes les organisations tentent de limiter l'augmentation des coûts afin d'amortir les pertes liées à la faiblesse du dollar. L'Amnesia Rockfest engage plus d'artistes canadiens parce « qu'on peut les payer en argent canadien », raconte Alex Martel.

Le FEQ n'a pas attendu, de son côté, la chute du dollar canadien; l'organisation achète continuellement des dollars américains. « On en achète toute l'année, alors le taux en ce moment n'est pas nécessairement le taux avec lequel nous allons travailler », explique Louis Bellavance, directeur de la programmation de l'événement.

Les festivals canadiens ont cependant une carte dans leur jeu lorsque vient le temps de négocier un cachet. Certains agents d'artistes ont compris qu'en refusant un cachet moindre, leurs clients se privent d'un marché important. « Si un artiste ou une troupe veut se présenter au Canada, la faiblesse du dollar canadien est la même pour tout le monde, il y a de la place pour de la négociation », soutient Marc Blondeau, de la Place des Arts.

Dollar faible égale occasions d'affaires

Un faible dollar canadien est aussi synonyme d'occasions d'affaires. Le Festival de jazz de Montréal compte sur l'augmentation des touristes qui dépenseront sur le site de l'événement annuel. « Ce qu'on perd en profits de billetterie, on espère le gagner en recettes sur le site du festival », explique Laurent Saulnier.

Gilbert Rozon estime important l'investissement dans la promotion du tourisme et dans la qualité de l'offre afin que les visiteurs reviennent, peu importe la valeur du huard.

« Montréal est tellement une ville extraordinaire, les artistes ont envie de venir, et ça, c'est un atout indéniable », croit Pierre Dufour.

Une chose est certaine aux yeux des dirigeants d'organismes culturels : en hausse ou en baisse, le dollar canadien ne les empêchera pas d'offrir la meilleure programmation possible au public.

Plus d'articles