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Peut-on devenir un Franco-Ontarien d'adoption?

Depuis 2010, on célèbre le 25 septembre la Journée des Franco-Ontariens. L'événement est l'occasion de rassembler la communauté, d'organiser de nombreuses activités... et de réfléchir sur le fait francophone en Ontario. La série « Labrosse-Wellington » propose, pour son premier chapitre, de répondre à une question pertinente, mais délicate : « Peut-on devenir un Franco-Ontarien d'adoption? ». Notre collègue Julien Morissette a cherché des pistes de réflexion.

Cette question a été lancée par Pascal Justin Boyer, un Québécois de Saint-Hyacinthe déménagé en Ontario à l'âge de 14 ans. Il se qualifie de « franco de coeur » ou de « franco naturalisé ».

Selon lui, les Québécois ne comprennent pas les francophones hors Québec. « C'est un peu comme si la francophonie arrête au bout de la 50 et c'est un mur étanche. Or, il n'en est rien! », lance-t-il.

Pascal avance que les Québécois ont tendance à généraliser, voire à caricaturer les Franco-Ontariens. Ces derniers ressembleraient au personnage de Paige Beaulieu, interprété avec brio par la jeune humoriste Katherine Levac, elle-même originaire de l'Est ontarien.

Pascal reconnaît cependant que le fait francophone hors Québec a évolué grâce aux victoires et aux luttes des Québécois. Il a cependant l'impression d'entendre, en sous-texte : « C'est cute votre communauté. »

Alex Bisaillon, humoriste franco-ontarien exilé à Montréal

En se basant sur son expérience, Alex estime qu'on ne peut pas devenir Franco-Ontarien d'adoption. « Il faut que tu sois né là pour avoir les codes », estime-t-il.

« Moi, j'ai emménagé au Québec, mais je ne me crois pas Québécois. Je partage certaines valeurs, mais je crois que je suis francophone, Franco-Ontarien, outsider au Québec », ajoute-t-il. « Et les gens me voient comme ça. »

Être Franco-Ontarien serait donc dans l'ADN?

Michel Picard, communicateur et ex-chef d'antenne à ICI Radio-Canada Ottawa-Gatineau

Le « Bernard Derome d'Ottawa » endosse fièrement le blason du défenseur de la cause franco-ontarienne depuis 1976, date de son arrivée à Ottawa.

« C'est important [...] de défendre les plus vulnérables. C'est ça pour moi d'être Franco-Ontarien d'adoption et de coeur », explique-t-il.

Il a soutenu bien des causes... et parfois il a été écorché par des commentaires à son égard. Certains ont en effet remis en question le fait qu'il n'était pas un « vrai » Franco-Ontarien, puisqu'il n'était pas né en Ontario.

Yao, chanteur né en Côte d'Ivoire, établi à Ottawa depuis 1999

Même si Yao a passé plus de temps en Ontario que nulle part ailleurs - soit 17 ans - son appartenance à la francophonie ontarienne ne semble pas couler de source pour tous.

Par exemple, Yao est présenté en tant qu'artiste franco-ontarien sur la scène nationale ou internationale. Il a monté ses spectacles à l'Île-du-Prince-Édouard, Edmonton, Petite-Vallée... mais jamais à Hearst, ni à Windsor.

« "Notre public veut du familier", c'est ce qu'on me dit. [...] Ce n'est pas un Yao avec son style déjanté, ce n'est pas Le R, avec son rap du Bénin, ni Mehdi Hamdad [NDLR : de Mehdi Cayenne] », illustre-t-il. « C'est là que ça devient un peu difficile des fois de se dire : "Je suis un artiste franco-ontarien, j'ai adopté cette culture, je me revendique d'ici. »

« Et si on osait? Et si on cherchait cette ouverture d'esprit-là? », lance-t-il...

Pascal Voyer reprend la balle au bond. Il plaide pour l'ouverture d'esprit, qu'il définit ainsi : « Je t'inclus dans ma communauté. Viens m'apprendre comment tu vas faire tes affaires, on va trouver un terrain d'entente. »

Avec l'aide à la recherche de Karine Lessard

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