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Phénix bloque l’héritage de deux étudiants depuis plus d’un an

En mai 2016, Éliane et Léandre Fortin apprennent la terrible nouvelle : leur père va mourir d'un cancer généralisé. Soudés, ils affrontent la tempête... mais elle est loin d'être terminée. Depuis, Phénix les empêche de toucher leur héritage.

Un texte de Catherine Lanthier

Jean-Marc Fortin, fonctionnaire fédéral à Gatineau, avait attendu que ses enfants aient terminé leurs examens universitaires pour faire le point sur son état de santé. L’homme de 61 ans ne voulait surtout pas nuire à leur réussite scolaire.

Tout s’est passé très vite. Les deux jeunes étudiants en ingénierie à l’Université de Sherbrooke se sont rendus à son chevet, à Gatineau. En quelques jours, il a succombé à un cancer généralisé.

En tant qu’exécuteurs testamentaires, Éliane et Léandre, âgés respectivement de 23 et de 21 ans, ont organisé les funérailles. Comme seuls bénéficiaires de la succession, ils s’attendaient à ce que ces dépenses soient rapidement remboursées.

Mais un an et demi plus tard, tout est encore paralysé.

Jean-Marc Fortin est mort peu après la mise en oeuvre du système de paye Phénix et ses dernières payes contenaient de nombreuses erreurs.

Au Centre des pensions du gouvernement fédéral, « on m’a dit : “Rappelez chaque mois, Madame, je ne peux rien faire pour vous” », relate l’étudiante.

Leur héritage est bloqué pour… cinq payes

Éliane et Léandre n’ont pas encore reçu la prestation supplémentaire de décès à laquelle ils ont droit, soit environ 100 000 $.

Le Centre des pensions ne peut pas la leur verser tant que le dossier de leur père ne sera pas finalisé au Centre des services de paye.

« On m’a dit qu’il manquait le calcul des cinq dernières payes à mon père », raconte Éliane.

Puisque le Centre des pensions n’arrive pas à clore le dossier, Éliane et Léandre ne parviennent pas à toucher leur héritage.

« Pour finaliser la succession, la notaire qui s’occupe du dossier retient les fonds à l’heure actuelle », ajoute leur belle-mère, Nicole Pelletier.

Exaspérés par les procédures administratives, le frère et la soeur ont mis le dossier entre les mains de leur notaire.

« Chaque semaine, son associé appelle au gouvernement, aux payes, pour voir si le dossier avance, mais il n’y a aucun débouché », confie Éliane.

« Eux, ils sont aux études. C’est beaucoup trop de choses à demander à des jeunes », ajoute de son côté la conjointe du défunt.

Ils reçoivent 200 $ par mois

Nicole a tenté de venir en aide à ses beaux-enfants, en communiquant directement avec le Centre des services de paye.

« C’est comme si on appelait un trou noir », s’indigne-t-elle. « Appeler pour quelqu’un d’autre, c’est encore pire. »

Ses démarches ont tout de même permis au frère et à la soeur endeuillés de toucher leur allocation pour enfant, qui est de 200 $ par mois pendant leurs études.

Heureusement, ils peuvent compter sur l’aide de leur famille pour subvenir à leurs besoins et payer leurs droits de scolarité.

« Je suis quand même chanceux, mais je vois qu’il faut que je fasse attention à tout ce que je veux faire », se console Léandre.

Au final, la situation a poussé Éliane et Léandre à débourser 10 000 $ de leurs propres poches pour organiser les funérailles de leur père.

« On ne peut pas vivre éternellement sur “rien” », s’inquiète Éliane.

Leur belle-mère a elle aussi des problèmes de paye

Avoir des problèmes avec Phénix est devenu une affaire de famille chez les Fortin et les Pelletier.

Nicole Pelletier était elle aussi fonctionnaire fédérale, pour Parcs Canada. Elle a pris sa retraite en avril dernier.

Elle attend toujours son indemnité de départ d’environ 21 000 $, en plus d’avoir reçu l’équivalent de quatre semaines payées en trop, qu’elle n’arrive pas à rembourser à l’État.

L’ex-fonctionnaire soutient par ailleurs qu’elle connaît de nombreux autres employés fédéraux dont les dossiers de paye sont plus complexes et abracadabrants les uns que les autres.

« C’est absurde en 2017 qu’ils ne soient pas capables de régler ce problème-là », s’indigne Mme Pelletier.

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