Retour

Phénix : « Il faudra des années pour trouver une solution durable », dit le vérificateur général du Canada

Le gouvernement fédéral a tardé à agir et n'a toujours pas de plan pour régler les problèmes de paye que vivent les fonctionnaires fédéraux depuis bientôt deux ans, révèle le vérificateur général du Canada dans son rapport automnal. Celui-ci prévoit d'ailleurs que la facture attribuable aux ratés du système Phénix continuera de gonfler.

Un texte de Catherine Lanthier

Pour les fins de cette enquête, deux employés du bureau du vérificateur général se sont rendus en Australie, où un ministère de l’État du Queensland est aux prises avec des problèmes très semblables depuis 2010.

Huit ans plus tard, les problèmes persistent et ce système de paye également développé par IBM aura coûté 1,2 milliard de dollars au gouvernement de l’État du Queensland.

Ce service informatique traite la paye de 78 000 employés, alors que le système de paye Phénix a une clientèle bien plus imposante : plus de 310 000 fonctionnaires sont rémunérés par le système de paye Phénix au pays.

Par conséquent, les 540 millions de dollars prévus par le gouvernement du Canada pour résoudre la crise ne seront pas suffisants, estime Michael Ferguson.

Selon le bureau du vérificateur général, aucun représentant du gouvernement du Canada ne s’est rendu en Australie pour prendre connaissance des problèmes vécus dans ce ministère avant de déployer le système de paye Phénix dans l’ensemble de la fonction publique. Il s’agissait pourtant d’un système très semblable.

Le rapport souligne que l’État du Queensland a mis quatre mois à élaborer un plan global et une structure de gouvernance claire pour résoudre ces enjeux importants.

Au Canada, c’est seulement 16 mois après l’apparition de ces défaillances que le ministère des Services publics et de l’Approvisionnement a « commencé à élaborer un plan à long terme menant à une solution durable ».

Aucun mécanisme centralisé pour évaluer les coûts

Le vérificateur général a constaté qu’il n’y a « pas de mécanisme centralisé » pour déterminer les coûts liés à Phénix. Services publics et Approvisionnement est tenu d’en faire rapport.

Le bureau du vérificateur général a sondé les autres ministères et organismes pour évaluer les dépenses engagées : 60 millions ont été dépensés en 2016-2017 et 140 autres millions sont prévus pour d’ici 2019, surtout afin de recruter du personnel supplémentaire.

Lorsque les services de paye ont été centralisés à Miramichi, 1200 postes de conseillers en rémunération ont été supprimés. Seuls 550 conseillers en rémunération devaient travailler au Centre des services de paye de la fonction publique.

Or, « c'est près de 1400 employés qui seront ajoutés aux 550 employés de la rémunération » de ce centre situé dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Le vérificateur général note que c’est bien plus que ces 1200 postes supprimés dans le cadre de l’initiative de transformation de la paye.

Ainsi, le bureau du vérificateur général craint que l’estimation des coûts jusqu’ici fournie par le gouvernement « n’ait pas compris les frais qui devront être engagés pour faire fonctionner le système de paye comme il aurait dû fonctionner ».

Quatre fois plus de problèmes de paye qu’au début

Le vérificateur général a constaté que le nombre de fonctionnaires qui attendaient qu’un problème de paye soit réglé avait quadruplé depuis le lancement du système, au printemps 2016.

Ils sont aujourd’hui plus de 150 000.

Le vérificateur général révèle qu’en juin 2017, le gouvernement devait 228 millions de dollars à 51 000 employés. En contrepartie, il avait trop payé près de 50 000 fonctionnaires, en leur versant près de 300 millions en trop.

D’après le rapport, près de 50 000 fonctionnaires attendent depuis plus d’un an que leur demande d’intervention liée à leur paye soit traitée. En moyenne, les fonctionnaires qui signalent un enjeu lié à leur paye doivent attendre plus de trois mois avant que celui-ci soit réglé.

De plus, le bureau du vérificateur général souligne à plusieurs reprises dans son rapport que les bilans fournis par le gouvernement ne reflètent pas l’ampleur des problèmes de paye vécus par les fonctionnaires fédéraux.

Tel que l’a révélé la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement Carla Qualtrough jeudi dernier en anticipant la publication de ce rapport, 520 000 « mouvements de paye » sont en attente d’être traités au Centre des services de paye.

Or, le gouvernement avait, jusque là, seulement communiqué le nombre de demandes en attente qui avaient, à ses yeux, des répercussions financières (il y en a 265 000).

Cette façon de présenter les informations est remise en question par le vérificateur général : « même si ces demandes n’ont peut-être pas une incidence financière immédiate sur la paye, elles peuvent avoir une incidence financière ultérieure sur l’employé si l’information n'est pas traitée en temps opportun », indique le document.

L’ampleur et la cause des problèmes mal comprises

De manière générale, le ministère responsable du système Phénix « n’avait pas une bonne compréhension de l’ampleur et des causes des problèmes de paye ».

Un an après le début du fiasco, Services publics et Approvisionnement était toujours en mode de réaction aux défaillances plutôt qu'en train de mettre en œuvre une feuille de route pour les résoudre à plus long terme.

Puisque le ministère n’a pas corrigé leurs causes ni élaboré de solution durable, celui-ci n’est pas en mesure de collaborer avec les autres ministères et organismes pour adéquatement régler les problèmes de paye.

Dans un audit ultérieur, le vérificateur général se concentrera sur l’initiative de transformation de la paye, notamment sur la centralisation des conseillers en rémunération à Miramichi et sur le lancement du système de paye Phénix.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un rottweiler goûte à du citron pour la première fois





Rabais de la semaine