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Politique culturelle dans la MRC de Papineau : « Il faut que les bottines suivent les babines! »

On apprenait cette semaine que le pub St-André, un établissement qui présentait des spectacles à Saint-André-Avellin, en Outaouais, allait fermer ses portes le 1er juillet, faute de soutien des instances publiques selon ses responsables. Selon le préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, si les élus locaux estiment que la culture est une de leur priorité, il est temps de passer de la parole aux actes afin d'éviter que de telles situations ne se reproduisent.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

Quand il s’est lancé il y a trois ans, le président de Local Productions et propriétaire pub Saint-André, Yan Montagne, avait fait le pari que les collectivités publiques mettraient la main à la poche en voyant le succès des soirées et les retombées pour la communauté.

« J’ai vu la fermeture du Théâtre des quatre sœurs. J’ai vu le après. Tous les gens [disaient] : "Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider? Il ne faut plus que cela arrive!" J’ai vu la même chose avec Diffusion Petite-Nation. J’ai vu la même chose avec l’Auberge », énumère-t-il. Je me suis dit : "Il y a quelqu’un quelque part qui est tanné que ça ferme. Je vais faire mes preuves, je vais monter ça le plus haut que je peux". En trois programmations, on était reconnu à travers le Québec. […] J’étais convaincu qu’on allait avoir plus de subventions, plus d’aides, avec ce projet-là. »

Pari perdu, donc.

« Ça prenait un soutien soit gouvernemental ou de la MRC, en plus on a aussi besoin du privé. Ça prend le mélange de tout cela. Présentement, c’est le privé qui soutient tout », déplore l’homme d’affaires.

Avec un budget total tournant autour de 150 000 $, provenant de commanditaires et de la vente de billets, il estime qu’il lui aurait fallu un financement récurrent de 60 000 $ pour être capable d’assurer une certaine pérennité.

Concrètement, la structure avait besoin de se constituer un fonds de roulement pour notamment assumer les cachets des artistes et les autres frais de fonctionnement engendré par les 30 à 50 spectacles offerts chaque année.

Analyser l’offre actuelle et le contexte

Quand il est entré en poste à l’automne dernier, le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoît Lauzon, a eu peu de temps pour prendre connaissance du dossier. Il assure qu’il a tenté d’explorer différentes pistes de solution, mais que l’urgence de la situation compliquait les choses.

« Il ne faut pas mettre un "plaster" pour essayer de garder le Pub Saint-André ouvert. […] Pour mettre quelque chose de récurrent, il faut se donner le temps de travailler », soutient l’élu.

« Ce n’est pas une bonne nouvelle pour notre territoire, on en est tous conscients », ajoute-t-il.

Celui qui est aussi président de la Commission de la culture de l’Union des Municipalités du Québec croit qu’il faut prendre le temps d’analyser l’ensemble de l’offre sur le territoire de la MRC, qui compte une vingtaine de lieux de diffusion de spectacles.

Quand Yan Montagne fait valoir que peu de structures de la région ont atteint son envergure, l’homme politique souligne que ce serait une erreur d’avantager un projet au détriment d’un autre, ou d’engager de l’argent public pour financer des projets issus du privé, sans comprendre la situation dans sa globalité.

Par ailleurs, bien que la MRC ait reconnu Saint-André-Avellin comme le pôle culturel, il faut se rappeler qu’il y a 24 municipalités en son sein, avec des priorités et des réalités différentes.

« On dit souvent : "il faut que les bottines suivent les babines" », rappelle néanmoins Benoît Lauzon qui promet de faire avancer le dossier de manière significative d’ici à cet automne.

La question du modèle

En creux, se pose la question de la politique de la culture dont veut se doter la MRC afin de répondre aux nouvelles tendances et aux façons de consommer la culture.

« Il faut mettre en place un comité sur le territoire de la MRC qui va être capable de s’asseoir ensemble, puis discuter et faire des recommandations au conseil des maires pour qu’on prenne les bonnes décisions pour l’avenir », propose Benoît Lauzon.

Il veut en outre évaluer dans quelle mesure le modèle gatinois, où la Maison de la culture sert de lieu de diffusion pour la municipalité, pourrait s’appliquer à la MRC.

Une autre option serait d’avoir une structure dont le rôle serait de soutenir l’ensemble des acteurs dans le domaine de la diffusion culturelle.

« On pourrait reconnaître un lieu sur le territoire et dire que c’est avec lui qu’on va travailler, et on abandonne les autres. [Mais] quand on prend un engagement financier avec quelqu’un, faut s’assurer de savoir ce qu’on va faire », martèle le maire de Thurso.

En attendant que les élus trouvent un terrain d’entente et se dotent d’une politique culturelle en phase avec la réalité de leur territoire, la marquise du pub Saint-André s’éteindra pour de bon en fin de semaine.

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