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Pourquoi les Franco-Ontariens boudent-ils leurs auteurs à la bibliothèque?

Radio-Canada vous a présenté hier le palmarès des romans en français les plus empruntés dans les bibliothèques ontariennes. L'un des constats est qu'on y trouve peu d'auteurs francophones de l'Ontario. Pourquoi?

Nous avons posé la question à François Paré, professeur spécialisé en littératures minoritaires à l'Université de Waterloo, voici les cinq pistes de réflexion qu'il a avancées.

1) Les livres d'auteurs franco-ontariens sont-ils accessibles?

Difficile, évidemment, d'emprunter des ouvrages d'auteurs franco-ontariens à la bibliothèque s'ils ne se trouvent pas sur les tablettes. Selon François Paré, le principal défi ici n'est cependant pas l'accessibilité. « Les livres franco-ontariens sont disponibles, mais quand on regarde votre palmarès, ils ne sont pas là. »

Choisir de lire le roman d'un auteur franco-ontarien dans un océan de produits culturels, c'est aller à contre-courant, selon lui.

Un effet renforcé par la fermeture de plusieurs librairies, dont  La Librairie du Centre, la seule librairie francophone de Sudbury. Ces endroits permettent aux gens de se rassembler en présence de livres, grâce à des lectures publiques, par exemple.

2. Les auteurs ont-ils les moyens de promouvoir leurs livres?

François Paré explique que la machine promotionnelle des écrivains français domine la distribution et la promotion sur le marché littéraire. Pas surprenant donc que des auteurs comme Marc Lévy, soient parmi les plus populaires dans notre palmarès.

C'est parce que ces auteurs vedettes vendent un nom, pas un livre, dit François Paré. Ils ne peuvent plus se contenter d'aller aux Salons du Livre. Il faut avoir un site web officiel, une page Facebook personnelle et rester présent dans les médias.

Il cite en exemple l'écrivaine Micheline Dalpé, une auteure de Lanaudière, au Québec.

D'ailleurs, deux de ses romans se trouvent parmi les œuvres pour adultes en français les plus empruntées en 2015 dans les bibliothèques du Grand Sudbury.

3. Les Franco-Ontariens veulent-ils lire sur l'Ontario ?

François Paré souligne que les romans aimés des lecteurs franco-ontariens sont en grande majorité des sagas historiques québécoises, par exemple la série Les Héritiers du Fleuve de Louise Tremblay-D'Essiambre qui suit une famille québécoise au début du XXe siècle, ou encore des récits de voyage, comme Ru de Kim Thúy, un récit sur l'arrivée d'une réfugiée vietnamienne au Québec à l'âge de dix ans.

Selon lui, ces résultats sont à l'image de la société franco-ontarienne : très fragmentés.

Pour l'écrivaine québécoise Jocelyne Saucier, dont le roman Il Pleuvait des Oiseaux, est campé dans les forêts du Témiscamingue, ce n'est pas l'endroit où l'histoire se passe qui attire nécessairement les lecteurs vers un livre. Son livre a été lu un peu partout à travers le monde et même traduit en anglais.

4. Les jeunes sont-ils assez exposés aux livres d'auteurs franco-ontariens?

En mars dernier, plusieurs spécialistes en éducation et en édition ont reconnu que les ouvrages d'auteurs franco-ontariens devraient être plus présents dans les salles de classe.

François Paré abonde dans le même sens. Il demande même si, en 12e année par exemple, la littérature franco-ontarienne ne devrait pas être au cœur du programme ?

5. Comment recruter de nouveaux auteurs?

On dit qu'il faut recruter les lecteurs quand ils sont jeunes... c'est aussi vrai pour les auteurs, selon François Paré.

Il croit qu'il s'agit de l'un des plus importants problèmes dans le milieu littéraire francophone en Ontario en ce moment, contrairement au Québec, où les jeunes auteurs et les maisons d'édition foisonnent.

Ce qui l'inquiète le plus, c'est comment la prochaine génération d'auteurs et d'éditeurs va pouvoir continuer de faire vivre la littérature franco-ontarienne.

Lisez-vous des romans d'auteurs franco-ontariens? Partagez vos commentaires ci-dessous ou encore sur notre page Facebook.

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