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Pourquoi les médicaments coûtent-ils si cher?

Lorsque la maladie frappe, rares sont ceux qui regardent à la dépense. « Qui affronte la maladie, seul connaît le prix de la vie », dit le proverbe. Le hic, c'est que certains médicaments sont hors de prix non seulement pour les malades, mais pour les régimes d'assurance maladie.

Un texte de Angie Bonenfant

Glissez-en un mot à Marie-Ève Chainey, une résidente d'Ottawa de 32 ans, qui souffre d'une rare maladie sanguine. Ses deux reins ont cessé de fonctionner. Et bientôt, c'est son cerveau qui fera les frais de sa condition.

Son salut? Le médicament Soliris, mais à 700 000 dollars par année, il est tellement cher que même le gouvernement de l'Ontario refuse de ramasser la facture.

Pourquoi certains médicaments sont-ils si chers?

1. Maladies orphelines

Un élément de réponse se trouve dans le concept de l'offre et de la demande. « Tout comme n'importe quels vendeurs, les compagnies pharmaceutiques chargent ce qu'ils pensent que les patients sont prêts à dépenser pour acquérir un médicament », explique Don Husereau, professeur à la Faculté des sciences de la santé à l'Université d'Ottawa. « Puisque le médicament est sollicité par un très faible nombre de personnes, les compagnies espèrent ainsi rentabiliser leur investissement. »

2. Recherche et développement

« L'industrie pharmaceutique justifie les prix élevés de ses médicaments en avançant qu'ils sont nécessaires pour financer la recherche et le développement de nouveaux produits », avance Marc-André Gagnon professeur à la School of Public Policy and Administration de l'Université Carleton. « L'industrie fixerait ainsi ses prix de manière à recouvrer le coût de ses investissements. » Évidemment, il s'agit ici d'un argument contestable, poursuit-il, puisque les compagnies pharmaceutiques refusent systématiquement d'ouvrir leurs livres.

3. Régime hybride canadien

Au Canada, les médicaments peuvent être achetés soit par une assurance privée ou par un régime public d'assurance maladie. Le gouvernement négocie avec les compagnies pour obtenir le prix le plus bas possible, mais comme certaines compagnies d'assurances privées achètent n'importe quel médicament à n'importe quel prix, le pouvoir de négociation du gouvernement est réduit. « Il y a des compagnies d'assurance privée qui refusent carrément de payer, alors la facture échoue entre les mains du gouvernement qui doit faire des choix », soutient M. Husereau. Payer ou ne pas payer.

Comment peut-on réduire les prix?

Récemment, le Québec s'est joint à l'Alliance pancanadienne pharmaceutique qui a été formée par les provinces et les territoires, en 2010, pour acheter des grandes quantités de médicaments et réduire le coût de ceux-ci.

« Négocier avec les compagnies pharmaceutiques, c'est le seul outil à la disposition des provinces », rappelle Don Husereau. Après tout, rien n'oblige les compagnies pharmaceutiques à réduire leurs prix.

« Les pays industrialisés, tels que le Canada, évaluent les bénéfices d'un médicament et demandent de payer un prix qu'ils jugent raisonnable par rapport à la valeur thérapeutique. »

D'autres pays comme l'Italie sont très agressifs dans leurs négociations avec les compagnies pharmaceutiques et refusent de payer le gros prix.

En Inde, par exemple, la loi facilite la fabrication de médicaments génériques brisant du même coup le prix des médicaments.

Résultats très concrets : le prix d'un même médicament varie selon votre pays de résidence.

Le Canada fait partie des pays qui paient ses médicaments le plus cher.

Régime universel d'assurance médicament

Une partie de la solution, selon M. Gagnon, réside dans la mise sur pied d'un Régime public universel d'assurance médicaments pancanadien.

Pour le moment, deux Canadiens peuvent payer des prix différents pour le même médicament, selon la province où ils résident ou la compagnie d'assurance privée avec laquelle fait affaire leur employeur.

Un régime d'assurance médicaments entièrement public régulariserait et réduirait les prix pour tout le monde.

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