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Procréation subventionnée : jusqu’à 3 ans d’attente en Ontario

La demande pour les traitements de fécondation in vitro subventionnés est telle en Ontario que, six mois après le lancement en grande pompe du programme, la liste d'attente s'étend jusqu'à 2018 et 2019 dans plusieurs cliniques, alors que d'autres ont même recours à un tirage au sort.

Un texte de Michel Bolduc avec la collaboration d'Alex Boissonneault

Le gouvernement ontarien couvre en théorie un premier cycle de procréation assistée pour toutes les femmes de 42 ans et moins, mais, en pratique, le financement est limité à 70 millions de dollars annuellement.

« Pour chaque place subventionnée disponible, j'ai 15 patientes en attente », raconte le Dr Tom Hannam, de la clinique portant son nom à Toronto.

C'est l'un des médecins de la région torontoise à recourir à un tirage au sort pour déterminer qui, de ses clientes qui dépendent du programme provincial,  ne pouvant payer de leur poche les 10 000 $ à 25 000 $ que coûte le traitement, passera en premier.

Parmi la demi-douzaine de cliniques de fertilité qui ont accepté de répondre aux questions de Radio-Canada, une seule jugeait son temps d'attente acceptable, soit 3 à 4 mois.

Frustration

Pour Arlene Zakarian, d'Oakville, en banlieue de Toronto, le programme ontarien de procréation subventionnée était un rêve qui se réalisait finalement.

Son époux et elle, qui souffrent tous deux de problèmes de fertilité, n'avaient pas les milliers de dollars que coûte la procédure. Grâce à l'initiative libérale, ils n'ont eu qu'à débourser environ 5000 $ en frais de médicaments à la clinique du Dr Hannam.

Le couple a eu la chance de passer parmi les premiers en février dernier. Toutefois, le traitement n'a pas fonctionné. « On devrait avoir une deuxième chance [subventionnée] », dit Mme Zakarian.

L'infirmière coordinatrice Tali Shvartsman, de la clinique Markham Fertility Centre, raconte que la liste d'attente de l'établissement entre avril 2016 à avril 2017 s'est remplie en deux semaines en janvier dernier :

  • « Beaucoup [de patients] ne comprenaient pas les restrictions du programme et le fait que les cliniques ont un nombre de places [subventionnées] limité. Le programme a été très utile pour plusieurs de nos patients, mais il a aussi été la source de beaucoup de frustration. »

Insoutenable?

Le gouvernement ontarien demande aux cliniques de gérer elles-mêmes leur liste d'attente

Toutefois, le Dr Rahi Victory, qui travaille dans des cliniques à Windsor, à Brampton et à Richmond Hill, demande quels critères il pourrait utiliser pour déterminer qui devrait passer en premier parmi tous ses patients en attente. « Je risquerais de me faire poursuivre [pour discrimination] », dit-il.

De son côté, le ministre de la Santé, Eric Hoskins, défend le programme, affirmant qu'il est le plus généreux au pays, depuis la fin de la gratuité complète au Québec l'an dernier.

Selon le ministre Hoskins, la demande devrait fléchir au fur et à mesure que les couples qui avaient retardé leurs démarches de fécondation in vitro, en attendant la subvention gouvernementale, auront obtenu leur tour.

Le Dr Victor Shola Akinsooto, de la clinique One Fertility, de Kitchener, doute, lui, que les listes d'attente puissent fondre à court terme. « Pour l'instant, la demande ne fait qu'augmenter », dit-il. 

Pour sa part, la porte-parole du NPD en santé, France Gélinas, se plaint du fait qu'il n'y a aucune clinique participante dans tout le nord-est de l'Ontario. Les résidents de la région de Sudbury, notamment, doivent se déplacer jusqu'à Barrie ou à Toronto. « Si on n'est pas dans un grand centre, on n'a aucun accès », déplore-t-elle.

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