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Prostitution de rue : les travailleuses se sentent davantage en danger, selon une étude

La Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation, entrée en vigueur en décembre 2014, devait s'attaquer aux clients et protéger les travailleuses du sexe. Or, les prostituées de rue à Ottawa se sentent davantage en danger et plus marginalisées qu'avant l'adoption de cette législation, selon une étude à paraître de l'Université d'Ottawa - dont Radio-Canada a obtenu une copie en primeur. Plusieurs d'entre elles disent aussi subir du harcèlement policier, ce que réfute la police d'Ottawa.

Un texte de Guillaume Dumont

La loi fédérale, qui devait protéger les prostituées en les considérant comme des victimes, a raté sa cible, du moins pour celles qui travaillent dans la rue, conclut l'étude.

« Selon mes recherches [les prostituées] se sentent en plus grand danger depuis [l'adoption du projet de loi] C-36 », soutient la chercheuse en criminologie Yadgar Karim, qui a fait partie de l'équipe de recherche.

Neuf prostituées de rue d'Ottawa ont collaboré à l'étude. Elles soutiennent toutes qu'elles doivent faire affaire avec des clients de plus en plus nerveux en raison de la loi.

Cette situation met en danger les prostituées dans la rue, selon la porte-parole de l'organisme de défense des travailleuses du sexe POWER Ottawa, Frédérique Chabot.

« Notre groupe est contre la loi », souligne-t-elle. « Ça recrée exactement le même contexte de danger et de [volonté de] d'éviter les policiers que l'ancienne loi. »

Lorsque la travailleuse du sexe est seule avec un client, loin de la ville, l'aide peut tarder à venir en cas d'attaque, ajoute de son côté Yadgar Karim.

Du harcèlement policier?

De plus encore, les neuf prostituées de rue interviewées affirment être harcelées par les policiers d'Ottawa, qui utiliseraient des règlements comme celui sur le flânage, pour les chasser des quartiers où elles travaillent.

« La police harcèle davantage les travailleuses du sexe dans la rue », indique Mme Karim. « J'ai recueilli des témoignages, qui indiquent qu'elles sont stoppées durant une vingtaine de minutes par la police - sans raison valable - et que les policiers s'assurent que les voisins assistent à la scène. »

Les neuf travailleuses du sexe d'Ottawa affirment aussi que des policiers d'Ottawa traitent leurs plaintes de façon cavalière et que leur relation est plus tendue avec la police depuis la perte d'agents de liaison, qui assuraient des liens de confiance entre les prostituées et la police.

« Elles ne peuvent pas faire confiance aux policiers pour les aider quand elles en ont besoin. J'ai des témoignages qui indiquent que lorsqu'elles le font, elles ne sont pas bien traitées par les policiers », explique Mme Karim.

De son côté, Frédérique Chabot soutient que les policiers d'Ottawa sont plus zélés que leurs confrères d'autres grandes villes canadiennes quand vient le temps d'appliquer la loi.

Mme Chabot rappelle que POWER Ottawa demande une décriminalisation complète de la prostitution au Canada.

Entre protéger et punir

Le sergent Jim Elves, de la police d'Ottawa, admet quant à lui que la vaste majorité des opérations policières visent les clients des prostituées, qui travaillent dans la rue.

Selon lui, la plupart des plaintes viennent de résidents qui voient des prostituées dans leur quartier.

« C'est ce qu'ils voient tous les jours, lorsqu'ils sont en voiture et qu'ils voient des personnes se prostituer au coin de leur rue », explique-t-il. « C'est ce qui pose le plus de problèmes pour les voisins. »

Le sergent Elves reconnaît cependant que les relations entre policiers et prostituées sont parfois difficiles.

Il avance que ce qui est perçu comme du harcèlement est en fait un travail policier normal pour protéger les travailleuses du sexe.

Selon lui, le véritable problème est le manque de services adéquats pour aider les prostituées à sortir de la rue.

Il ajoute que le seul effet négatif de la nouvelle loi fédérale est que les policiers ne sont plus en mesure de forcer les travailleuses du sexe à suivre un programme d'aide, comme c'était le cas auparavant.

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