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Quand le hockey change la vie de jeunes déficients intellectuels

Le sport dans sa forme la plus pure. C'est ce qui décrit le mieux ce qui se produit sur la patinoire lorsque les joueurs des Condors d'Ottawa s'y présentent, tous les samedis. Ils ont tous une déficience intellectuelle, mais pendant un instant, leur différence est oubliée et ils se rassemblent autour d'une passion commune, celle du hockey.

Un texte de Kim Vallière

« La semaine dernière, dans un tournoi, un de nos joueurs a marqué un but. Nous avons dû attendre notre tour, parce qu’il a dû aller au banc adverse en premier. Les autres joueurs le félicitaient pour son beau but. Nous avons dû attendre qu’il puisse célébrer avec sa propre équipe », raconte en souriant le cofondateur des Condors, Jim Perkins.

Des anecdotes comme celle-là, M. Perkins et les nombreux entraîneurs bénévoles de l’équipe en ont des centaines à partager.

Les histoires à succès s’accumulent depuis la création de l’équipe, il y a neuf ans. Trois joueurs faisaient partie de l’organisation à l’époque; ils sont maintenant une centaine à se donner rendez-vous une fois par semaine.

« Le hockey est la raison pour laquelle nous sommes tous ici, mais au final, c’est une infime portion de ce qui se produit », lance M. Perkins.

Les hockeyeurs sont répartis en quatre groupes, de l’initiation au patinage jusqu’aux plus avancés, en fonction de l’âge et des habiletés des participants. Les plus jeunes ont 6 ans, les plus vieux sont dans la vingtaine.

Un tiers des membres des Condors vivent avec un trouble du spectre de l’autisme, un tiers avec la trisomie et les autres ont des déficiences variées.

« Le premier critère est de ne pas être en mesure de jouer dans une équipe traditionnelle de hockey », explique, M. Perkins, qui a mis sur pied les Condors avec sa femme Shana, même si leurs propres enfants ne vivent pas avec une différence comme les joueurs de leur organisation.

« Il y a 11 ans, ma femme et moi avons vu des enfants avec des besoins spéciaux patiner à Toronto. J’ai parlé à un des hockeyeurs pendant cinq minutes après l’entraînement et il rayonnait de bonheur. Quand je suis revenu auprès de sa mère, elle était en pleurs parce que six mois plus tôt, il était complètement coupé socialement de tout le monde, même de sa famille. Et maintenant, il pouvait avoir une conversation confortable avec un étranger », poursuit-il.

Les Perkins ont tout simplement constaté qu’une initiative du genre n’existait pas à Ottawa et ils ont décidé de remédier à la situation.

Chloe et William, deux adolescents transformés par le hockey

Les jeunes garçons et filles qui font partie des Condors ne rêvent pas à la Ligue nationale de hockey. Certains tiennent à peine debout sur leurs patins; d’autres préfèrent dessiner sur la glace plutôt que de patiner.

« Ce qui est spécial pour Chloe, c’est qu’ici, tout le monde est son ami, tout le monde s'entraide. Elle se sent incluse », explique Shari-Lynn Lawson, la mère d’une adolescente de 14 ans atteinte de trisomie, qui est sortie de sa coquille depuis ses débuts avec les Condors en janvier.

Il suffit de voir le sourire de Chloe lorsqu’elle pointe les lacets roses de ses patins pour comprendre que son bonheur est complet quand elle passe la porte de l’aréna. Sa nouvelle passion pour le hockey se résume à deux mots : jouer et patiner.

Le sport a aussi transformé la famille de William Allard. Personne ne s’intéressait au hockey chez le jeune homme de 17 ans avant que les Condors n’entrent dans sa vie.

« Ils amènent un William qui parle tout le temps de hockey, qui est heureux de venir aux entraînements et qui veut absolument faire les tournois  , explique sa mère, Diane Allard.

Sa voix est étouffée par l’émotion lorsqu’elle parle de la fierté qu’elle ressent devant les progrès de son fils, qui vit avec un trouble du déficit de l’attention et la dyspraxie, qui cause des difficultés motrices apparentées à de la maladresse.

William est devenu gardien de but après sa première année dans l’équipe, une transition facilitée par un entraîneur qui a décortiqué chaque mouvement pour lui, afin qu’il puisse mieux les comprendre.

« Je me décris comme un joueur qui fait tout pour son équipe, un joueur qui ne fait pas juste penser à lui », affirme le principal intéressé, dont le grand coeur ne vise pas seulement les membres de son club.

Pendant la Coupe capitale Bell à Ottawa l’hiver dernier, William a décidé de laisser passer une rondelle, lorsqu’il a constaté qu’un adversaire s’avançait vers lui avec difficulté.

« Ça nous rappelle ce que le hockey devrait être. La compétition n’est pas toujours prioritaire. Je pense que les gens devraient venir nous voir. Ça leur permettrait de prendre du recul en voyant le plaisir qu’éprouvent les jeunes, tout en s’améliorant », note Sean LeBouthillier, un entraîneur de la première heure des Condors.

L’équipe s’apprête à relever un nouveau défi, en participant au USA Disabled Hockey Festival, un événement qui rassemble des équipes avec des déficiences intellectuelles, visuelles ou auditives. Le hockey sur luge et le hockey pour amputés y sont également présentés. La compétition aura lieu à San José, en Californie, du 6 au 9 avril.

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