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Quelle femme verriez-vous sur le prochain billet de banque du Canada?

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a présenté, lundi avant-midi, les membres qui feront partie du comité responsable d'établir la liste restreinte de Canadiennes aptes à figurer sur le premier billet de 2018. Ce comité aura un mandat historique puisque ce sera la première fois qu'une femme, non liée à la monarchie, aura son portrait sur un billet de banque canadien.

Un texte de Angie Bonenfant

Le comité est composé, entre autres, de Perdita Felicien, championne du monde aux 100 mètres haies, de Dominic Giroux, recteur et vice-chancelier de l'Université Laurentienne, et de Francine Descarries, professeure à l'Université du Québec à Montréal.

Ils verront au tri des candidatures. À la fin du mois de juin, le comité soumettra une liste restreinte de noms au ministre des Finances Bill Morneau qui déterminera le choix final et la coupe du billet, en 2018.

De l'avis de certains des membres du comité, il s'agit d'une mini-révolution...

Avant 1970, c'était pratique courante d'avoir sur des billets de banque canadiens des membres de la famille royale. C'est ainsi que le portrait de quelques femmes de sang royal a fait leur apparition sur des billets.

Après 1970, toutefois, les hauts dirigeants canadiens décident de remplacer la reine par des hommes et d'abolir certaines monnaies à l'effigie de la souveraine.

Le pays a présentement, selon certains experts, la chance de renverser la tendance. Et cette nouvelle monnaie, selon eux, est une bonne nouvelle pour la représentativité.

Conditions requises

Les Canadiens sont invités à proposer des noms au comité. Jusqu'à présent, le comité a reçu plus de 18 000 noms. Les mises en candidatures prennent fin le 15 avril.

Peut-on nommer une femme de sa famille ou une collègue de travail qui s'est particulièrement distinguée?

Pourquoi pas, a répondu Perdita Felicien, ancienne athlète olympique spécialiste du 100 mètres haie et membre du comité. Cette personne n'a pas vraiment besoin d'être connue, a-t-elle précisé.

« Les critères sont stricts, mais pour moi l'important c'est le niveau d'intégrité » a souligné Mme Felicien. « Cette femme a seulement besoin d'avoir bien servi le pays et avoir une autorité morale à toute épreuve. »

À noter que les propositions de personnages de fiction ne sont pas prises en compte.

Qui, selon vous, devrait figurer sur le billet de 2018?

Nous avons posé la question à des historiens, sociologues et spécialistes en communication de la région. Et comme vous le constaterez, les opinions sur la question sont tranchées et sans équivoque.

1. ÉLISABETH BRUYÈRE,
Le choix de Michel Pévost, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa

« Pour notre région, mon premier choix serait mère Élisabeth Bruyère. Elle est la femme la plus connue dans la région au XIXe siècle, tant pour les francophones que les anglophones. Elle a de plus œuvré des deux côtés de la rivière des Outaouais. Une rue à Ottawa et deux rues à Gatineau portent son nom. Son œuvre s'est étendue au Canada, aux États-Unis et à travers le monde », a rappelé l'archiviste en chef de l'Université d'Ottawa.

« Mère Bruyère était une femme remarquable avec une grande ouverture envers les communautés diverses. Elle aide autant les Canadiens français de son époque que les Irlandais. »

« J'ai une grande admiration pour mère Bruyère. Elle a fait sa marque dans un monde d'hommes, ce qui est une preuve de son leadership, de son charisme et de son engagement exceptionnel sur plusieurs décennies », a conclu M. Prévost.

2. GABRIELLE ROY
Le choix de Damien-Claude Bélanger, professeur d'histoire du Canada à l'Université d'Ottawa

« Je suis bien content que vous me posiez la question, car j'aurais aimé faire partie de ce comité », a lancé tout enthousiaste le professeur Bélanger, qui craint que l'on profite de cette opportunité pour remplacer la reine par une autre femme. Il privilégierait le visage d'une femme sur les billets de 50 ou de 100 dollars.

« D'une part, on ne doit pas, selon moi, remplacer une femme sur un billet de banque par une autre femme. Et, de plus, il faut garder la reine sur le billet le plus important et le plus utilisé », a -t-il précisé. « Laurier et Macdonald sont des premiers ministres importants [ donc ils méritent d'être présents sur les cinq et dix dollars ] tandis que Borden a été pour la conscription et King, aussi, dans une certaine mesure. »

Son choix porte sur l'auteure Gabrielle Roy. « Je ne veux même pas considérer d'autres choix », a-t-il dit. L'auteur de Bonheur d'occasion est une grande figure culturelle, selon M. Bélanger, qui a fait une contribution extraordinaire en apportant quelque chose de grand et unique au niveau international.

« C'est un choix rassembleur qui n'est pas un compromis. Gabrielle Roy est un nom qui n'est pas étranger pour bien des Canadiens. »

Il n'y a pas de visage emblématique culturel sur les billets de banque rappelle le professeur : « Plusieurs pays ont mis des auteurs culturel et littéraire sur l'un de leurs billets. Si on ne fait pas ça, cela donne l'impression, selon moi, qu'il n'y a pas eu de grands auteurs au Canada. »

3. LES ALLUMETTIÈRES D'E.B. EDDY
Le choix de Gilles Mailloux, directeur des communications à l'UQO

Le terme « allumettières » désigne ces femmes qui ont fabriqué des allumettes pour la compagnie E.B. Eddy à la fin des années 1800 et au début des années 1900.

Leur métier comportait de nombreux risques. En autres, elles risquaient constamment de se faire brûler, car les allumettes qu'elles fabriquaient s'enflammaient souvent.

Elles étaient aussi exposées au phosphore blanc, un produit chimique dangereux qui causait la nécrose maxillaire, une maladie qui provoque la perte des dents et la décomposition des os de la mâchoire. L'amputation de l'os atteint était l'unique moyen d'arrêter la maladie. Nombreuses allumettières atteintes ont été défigurées.

En 1919 et 1924, « ces femmes ont formé le premier syndicat féminin du pays et tenu tête à un employeur qui faisait la pluie et le beau temps dans la région », a rappelé Gilles Mailloux.

Un billet en leur honneur serait « un rappel au passé industriel de Hull et un magnifique hommage aux jeunes femmes ayant travaillé et laissé leur santé à l'usine d'allumettes E. B. Eddy », a-t-il plaidé.

4. CLAIRE KIRKLAND-CASGRAIN
Le choix Michel Filion, professeur au département des Sciences sociales de l'UQO

« On pourrait très bien honorer les suffragettes que furent Ida Saint-Jean, Marie Lacoste Gérin-Lajoie ou Thérèse Casgrain pour leur effort à donner aux femmes le droit de vote, mais je crois qu'il serait de circonstance de choisir plutôt Claire Kirkland-Casgrain », a soutenu de son côté Michel Filion.

« Elle a été la première femme élue au Québec (en 1961) et première ministre de sexe féminin. Il s'agit d'un bond prodigieux pour la cause féminine dans un Québec en voie de modernisation rapide et même de révolution (quoique tranquille) dont elle fut une des actrices principales. »

Mme Casgrain est décédée, le 24 mars dernier, à l'âge de 91 ans. Sa nomination ne respecterait pas les conditions mises de l'avant par la Banque du Canada. Cette fin de semaine, toutefois, elle a eu droit à des funérailles nationales.

5. THAÏS LACOSTE-FRÉMONT
Le choix de Denyse Côté, directrice générale de L'Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes (ORÉGAND)

« L'égalité juridique des femmes mariées, c'est elle qui a commencé à militer pour ça, à écrire dans des journaux, à partir de 1930 », a indiqué Denise Côté.

En 1964, Claire Kirkland Casgrain s'inspire d'ailleurs des écrits de Thaïs Lacoste-Frémont pour rédiger son projet de loi 16 à l'Assemblée législative de Québec. Ce projet de loi adopté par le Parlement amende le Code civil afin de mettre fin à l'incapacité juridique des femmes mariées.

Thaïs Lacoste-Frémont a passé l'ensemble de sa vie à militer pour les droits des femmes. Elle fait d'ailleurs partie d'une grande famille militante. Elle est la soeur de Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et de Justine Lacoste-Beaubien.

Elle est cofondatrice, en compagnie de sa soeur Justine, de l'hôpital Sainte-Justine pour enfants de Montréal. « Elles ont bravé le cardinal de l'époque qui ne voulait rien savoir de leur projet », a rappelé Mme Côté. « Il fallait du cran, mais pas à peu près! »

Même si elle était une conservatrice dans l'âme, « elle était bleue, au niveau de la famille et à propos du rôle de la femme », a soutenu Mme Côté « mais au niveau de l'égalité juridique des femmes mariées, elle était inflexible ».

6. CAIRINE REAY MACKAY WILSON
Le choix de Martin Laberge, professeur d'histoire des relations internationales à l'UQO

« Au-delà de sa nomination comme première femme au Sénat en 1930, elle fut particulièrement impliquée dans la redéfinition des relations internationales après les deux guerres mondiales », a expliqué M. Laberge.

Cairine Reay Mackay Wilson s'est impliquée dans plusieurs œuvres caritatives associées à la Société des Nations qui venaient en aide aux apatrides (tel que l'on qualifiait les réfugiés à l'époque).

Elle a aussi été présidente de la League of Nations Society of Canada et, après la Seconde Guerre mondiale, elle fut la première femme à siéger à l'Assemblée générale de l'ONU.

« Elle s'est même opposée publiquement aux accords de Munich à l'automne 1938 - contrairement au premier ministre », a rappelé le professeur Laberge.

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