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Rapports secrets sur des bavures policières : l'Ontario au pied du mur

Ce n'est pas la première fois que le secret qui entoure le travail de l'Unité des enquêtes spéciales (UES) fait parler de lui. Mais cette semaine, pour la première fois depuis la création de l'agence en 1990, la controverse a fini par rattraper le gouvernement.

Une chronique d'Alex Boissonneault

Sous la pression combinée de l'opposition, des journalistes, et surtout, du chapitre torontois de Black Lives Matter, la première ministre Kathleen Wynne a fini par s'engager à publier le rapport sur la mort d'Andrew Loku. « La question n'est pas de savoir si le document sera publié, mais quand et comment ce sera fait, a-t-elle dit en conférence de presse ».

Un retournement majeur. À tel point qu'il a pris de court jusqu'à la procureure générale elle-même, questionnée sur la déclaration de la première ministre jeudi midi. « Je ne commenterai pas parce que je ne suis pas au courant de ce qu'elle a dit (Kathleen Wynne) », a-t-elle affirmé. Madeleine Meilleur avait refusé de s'engager à publier le rapport.

Il revient à la procureure de la province et à elle seule de prendre la décision de publier ou non un rapport d'enquête de l'UES. Si la première ministre n'est pas d'accord, son seul recours (mais non le moindre) est de choisir un autre procureur.

Madeleine Meilleur s'est ravisée quelques heures plus tard, en s'engageant à trouver une façon de présenter les conclusions du rapport au public.

Le rapport

45 ans et père de 5 enfants, Andrew Loku a été abattu par un policier en juillet 2015 dans le couloir de l'immeuble où il habitait. Selon les autorités, il tenait un marteau dans sa main, et aurait menacé de tuer un homme.

L'UES a jugé que le policier a fait ce qu'il avait à faire. C'est tout à fait possible. En fait, dans un État de droit normal, il faut croire que c'est non seulement possible, mais que c'est exactement ce qui est arrivé. Mais comment blâmer ceux qui ont leurs doutes? Comme Black Lives Matter ou la famille d'Andrew Loku qui, selon les règles en vigueur, n'ont tout simplement pas le droit de savoir comment l'agence a tiré ses conclusions.

La province voudrait éveiller les soupçons des citoyens qu'elle ne s'y prendrait pas autrement.

Cultiver la méfiance

Par sa nature même, le travail de l'UES est controversé : il s'agit après tout de s'assurer que ceux qui font respecter la loi respectent la loi eux-mêmes. L'agence a pour objectif d'enquêter sur « les incidents à l'origine de blessures graves, de décès ou d'allégations d'agressions sexuelles, dans lesquels la police est en cause ».

C'est dire qu'avant même que commence le travail des experts, le terrain est déjà miné. Il est permis de s'imaginer, dans ce contexte, que la meilleure stratégie pour gagner la confiance du public est de redoubler les efforts de transparence. La loi actuelle fait exactement le contraire.

La première ministre Kathleen Wynne a souligné elle-même que jamais un rapport d'enquête de l'UES n'a été publié. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle dit vouloir procéder le plus prudemment possible. Le secret est protégé par la loi.

Et comme si ce n'était pas assez, ajoutez à ça le fait que l'unité est formée d'anciens policiers qui enquêtent sur leurs anciens collègues, et vous avez de quoi faire douter même les plus ardents défenseurs de l'ordre établi. Imaginez les proches des victimes ou les militants antiracistes.

Kathleen Wynne et Madeleine Meilleure se sont engagées à revoir la loi. Elles ont encore du pain sur la planche et des rapports à rendre public d'ici là. Dont un particulièrement urgent.

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