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Sans droit de vote, à quoi serviront les maires d'Ottawa et Gatineau à la CCN?

Les maires d'Ottawa et de Gatineau se réjouissent d'avoir obtenu un siège au conseil d'administration de la Commission de la capitale nationale (CCN). Seront-ils vraiment en mesure de faire avancer leurs dossiers de façon efficace?

Un texte de Florence Ngué-No en collaboration avec Angie Bonenfant

Même si les deux maires n'auront pas le droit de vote lors des réunions du conseil d'administration de la CCN, le maire d'Ottawa, Jim Watson, s'est dit satisfait de l'entente signée, lundi.

« C'est une excellente nouvelle pour les résidents d'Ottawa et de Gatineau », a-t-il déclaré avant de remercier la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, pour son appui dans ce dossier.

Jim Watson estime que les maires seront en mesure de mieux défendre les intérêts de leur ville au bénéfice des résidents de la région de la capitale nationale.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, abonde dans le même sens et qualifie cette entente d'historique.

Plus d'ouverture et de transparence

Interrogés sur la façon dont les citoyens seront tenus informés des dossiers traités lors des réunions de la CCN, les maires Pedneaud-Jobin et Waston affirment être encore en réflexion. Mais ils s'entendent sur un point :

Quant à savoir si les maires Watson et Pedneaud-Jobin pourront faire une différence à la CCN malgré leur statut d'observateurs sans droit de vote, le maire Watson ne se dit pas inquiet. Il estime qu'il est possible d'insuffler une culture du consensus au sein du conseil d'administration de la CCN.

Jim Watson rappelle aussi que la ministre Mélanie Joly n'exclut pas la possibilité de donner le droit de vote aux maires à plus long terme. La ministre compte d'ailleurs faire le point sur la situation dans un an pour voir s'il serait pertinent de changer la législation qui régit la CCN afin de permettre aux maires de voter.

C'est d'ailleurs la ministre Mélanie Joly qui a recommandé à la CCN de faire une place aux deux maires à la table du conseil pour plus d'ouverture et de transparence.

« C'est une occasion historique de pouvoir développer le potentiel incroyable de la région de la capitale nationale, a-t-elle affirmé. En travaillant de concert avec les maires et la CCN, nous allons améliorer la coopération dans la région au bénéfice de toute la collectivité. »

Le risque d'un statu quo

Pour le professeur de gestion de l'Université d'Ottawa, Gilles Paquet, cette entente ne changera rien dans les faits. Sur des questions aussi sensibles que celles de l'aménagement du territoire dans la région de la capitale nationale, Gilles Paquet doute qu'il soit possible de prendre des décisions à quinze par consensus.

« Si on m'avait annoncé qu'Ottawa, Gatineau et la CCN allaient se réunir sur une base régulière pour réfléchir à des solutions à l'amiable sur des dossiers conflictuels, on aurait pu parler de changement. Dans le cas qui nous intéresse, il n'y a pas de veto pour les maires, juste une situation extra-extra-minoritaire à la table du conseil. »

Retour sur trois dossiers litigieux

Les maires d'Ottawa et de Gatineau et la Commission de la capitale nationale n'ont pas toujours marché main dans la main. À plus d'une reprise, ils se sont butés l'un contre l'autre sur de nombreux dossiers régionaux. Avec l'obtention de ces deux sièges au CA, les deux maires espèrent avoir leur mot à dire quant à certaines décisions qui touchent leur municipalité respective.

1. Fermeture de la rue Gamelin 

En 2013, la fermeture d'une portion de la rue Gamelin, à Gatineau, par la CCN crée une frustration chez les élus de Gatineau. Le bout de la rue, située entre la promenade de la Gatineau et la rue des Fées, avait été fermé afin de protéger l'écosystème du parc de la Gatineau. 5000 automobilistes empruntaient ce chemin au quotidien.

La situation était à ce point envenimée que la Ville de Gatineau a demandé à la Cour fédérale de renverser la décision. Dans son plaidoyer, la Ville accusait l'organisme fédéral d'avoir agi rapidement pour mettre la municipalité devant un fait accompli.

Le juge, toutefois, a rejeté les arguments de la Ville et conclut que la décision de la CCN de procéder « à la fermeture, à la naturalisation et à la défragmentation du tronçon en litige » était raisonnable.

Quelques mois plus tard, la CCN accepte d'aménager sur la rue Gamelin une voie d'urgence pour que les ambulances puissent se rendre plus rapidement à l'hôpital

2. Prolongement du train léger vers l'Ouest

L'annonce de la deuxième phase du train léger, à Ottawa, n'a pas fait que des heureux. Aux premières loges des insatisfaits, la CCN, qui s'est opposée au corridor choisi par la Ville pour prolonger le service vers l'ouest.

Dans les plans initiaux de la Ville, 1,2 kilomètre du nouveau tracé devait longer la promenade Sir-John-A.-Macdonald. Les élus prévoyaient qu'un peu plus de la moitié du nouveau corridor, 700 mètres, se touverait sous terre.

Cette décicion avait été prise au grand dam de la CCN, propriétaire des terrains aux abords de la promenade Sir-John-A. Macdonald.

Les commissaires auraient voulu que les futures installations n'entravent pas l'accès aux terrains et aux berges de la rivière des Outaouais. Ils ont donc demandé à la Ville d'enfouir l'ensemble des 1,2 kilomètre.

Les conseillers municipaux d'Ottawa ont rejeté cette proposition. La CCN et la Ville se sont alors engagées dans une longue bataille d'opinion publique.

Les commissaires de la CCN et la Ville d'Ottawa finissent par conclure une entente, des années plus tard. Il a été décidé que la portion du corridor sous la promenade Sir John A. Macdonal soit entièrement enfouie. Et que la promenade fasse l'objet d'une reconfiguration.

3. Un sixième pont interprovincial

La construction d'un nouveau pont entre Ottawa et Gatineau sur l'île Kettle est dans les airs depuis le début des années 1980.

En 2013, après de nombreuses études et consultations publiques, la CCN confirme le choix de l'île Kettle pour la construction d'un sixième pont dans la région.

La réaction du maire d'Ottawa ne s'est pas fait attendre. Il s'est opposé catégoriquement à ce choix et a soutenu qu'un nouveau pont ne faisait pas partie de ses priorités.

C'est la province de l'Ontario, toutefois, qui a fini par trancher. Elle a rejeté l'idée d'un pont à l'île Kettle et retiré du même coup tout appui financier à un tel projet.

Devant autant d'opposition, la CCN n'a pas eu d'autres choix que d'abandonner le projet d'un nouveau pont.



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