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Sortir les réfugiées syriennes de l’isolement : des cours de français à domicile, avec bébé

Elles viennent de donner naissance à des milliers de kilomètres de chez elles et de leurs familles. Ces réfugiées syriennes avaient entamé des cours de francisation, qu'elles ont dû interrompre une fois que le bébé est né. Pour les sortir de l'isolement, des bénévoles de Gatineau se mobilisent et offrent ces cours à domicile.

Un texte de Florence Ngué-No

Rukaya Al Dahgli est arrivée à Gatineau en 2016, avec son mari et ses trois enfants. Sa famille a été parrainée par le gouvernement canadien.

La jeune femme s'est inscrite à un programme de francisation, avec la ferme volonté d’apprendre la langue. Elle a cependant dû le quitter l'automne dernier, lorsqu'elle a donné naissance à sa petite Zeina, qui a aujourd'hui huit mois.

Elle s'est alors mise à parler arabe en oubliant peu à peu les notions apprises en français, jusqu'à ce qu'elle intègre un groupe de réfugiées syriennes qui suivent des cours de français à domicile.

Tous les jeudis, son salon se transforme en salle de classe improvisée pour plusieurs femmes, avec un tableau blanc en face du canapé et des feuilles d'exercices sur la table basse. Rukaya trouve ce système très pratique, puisqu'elle n'a pas à se déplacer et peut s'occuper de sa petite dernière, tout en apprenant à parler français.

Ces cours de langue sont rendus possibles grâce à la mobilisation d'une vingtaine de bénévoles du Comité de soutien auprès des familles de réfugiés syriens, dont la plupart sont retraités. Vingt-cinq familles de Gatineau bénéficient de ces cours à domicile.

Jacques Laberge est l’un de ces bénévoles et il prépare avec soin des leçons de français « taillées sur mesure ».

Ces cours ne font pas partie du programme de francisation du gouvernement du Québec. Il s'agit plutôt d'un complément, selon M. Laberge, qui accompagne la famille Al Dahgli pour renforcer les notions de base et favoriser la conversation en français.

« Lorsque Mme Al Daghli s'est retirée du programme de francisation à cause de sa grossesse, une question s'est posée. Est-ce que j'allais pouvoir continuer de venir à la maison pour donner des leçons de français seulement à la maman? », raconte-t-il. Celui-ci en a parlé avec le couple, qui a accepté qu’il offre des visites à domicile.

Le désir d'apprendre

Selon Jacques Laberge, ce que ces mères de famille désirent par-dessus tout en apprenant le français, c'est pouvoir communiquer avec les Québécois.

« Elles veulent pouvoir être à l'aise de parler avec les gens, elles veulent les comprendre, communiquer avec les enseignants de leurs enfants, avec leur médecin, parler aux voisins », explique-t-il.

Certaines font des démarches pour obtenir leur permis de conduire, d'autres regardent les possibilités d'emploi comme aide-éducatrice en garderie.

Jacques Laberge précise qu'il y a plusieurs familles syriennes à Gatineau, parrainées par l'État - qui seraient davantage livrées à elles-mêmes par rapport à celles parrainées par des groupes privés - et qui aimeraient trouver un enseignant bénévole pour des cours de français.

« Pour donner ce type de cours, il faut avoir envie de transmettre la langue française, il faut être patient et doux parce que ce sont des gens qui ont vécu des traumatismes. Il faut beaucoup les encourager et il faut que ce soit amusant », explique M. Laberge.

Certains bénévoles qui ont commencé à donner une heure de cours par semaine à des réfugiés ont tissé des liens avec ces familles.

« Très souvent, les bénévoles et la famille dont ils s'occupent vont au cinéma ou au musée, font des sorties ensemble. Cela dépasse le strict bénévolat pour devenir une forme de jumelage », ajoute Jacques Laberge.

Des mamans épanouies

Tous les jeudis à 11 h, « Monsieur Jacques », comme l'appellent affectueusement les trois mamans apprenantes, donne un cours de français d'une heure à domicile.

Les femmes peuvent se concentrer sur les leçons de grammaire, d'orthographe et de vocabulaire dans le confort de leur salon. Elles font souvent du thé à la menthe et préparent des biscuits traditionnels pour agrémenter la leçon.

Les plus grands sont à l'école et la patience des tout-petits est parfois mise à rude épreuve, mais les biberons et les peluches ne sont jamais très loin.

L'interprète Razika Tidjani assiste parfois aux leçons pour faciliter les échanges. « L'apprentissage du français se passe bien avec Monsieur Jacques », dit-elle.

Les mamans hésitent, apprennent et progressent au terme de beaucoup d'efforts et de détermination, à l'image de leurs tout-petits qui font leurs premiers pas.

Rukaya Al Dahgli

Sa famille : Rukaya est l'épouse de Moustafa Al Dahgli et mère de quatre enfants, soit Salaheddine (12 ans), Toulan (10 ans), Maryam (5 ans) et Zeina (8 mois).

Son histoire : Rukaya a terminé le baccalauréat en Syrie (équivalent d’études secondaires) et son mari Moustafa est tailleur. Leur famille est originaire d’Alep, capitale économique et seconde ville en importance de Syrie. lls ont vécu en Jordanie avant d’arriver à Gatineau en 2016.

Amina Al Hamed

Sa famille : Amina, 36 ans, est l'épouse de Hamza Al Hamed et mère de quatre enfants, soit Rabaa (9 ans), Adnan (7 ans), Amoud (6 ans) et Cham (9 mois).

Son histoire : En Syrie, Amina travaillait dans les champs. Son mari Hamza était camionneur. La famille vivait à Homs. Elle a fui au Liban en 2012 et est arrivée à Gatineau en juin 2016. Amina prend des leçons de conduite et espère obtenir son permis de conduire en 2018.

Youssra Almoudi

Sa famille : Youssra, 34 ans, est l'épouse de Ahmad Almoudi et mère de cinq enfants, soit Islam (12 ans), Saleh (10 ans), Fatima (8 ans), Bilal (4 ans) et Jamil (6 mois).

Son histoire : Youssra fait de la couture et son mari Ahmad est mécanicien. Youssra travaillait dans les champs de coton en Syrie. Après avoir fui la Syrie, la famille s’est installée au Liban. La famille est arrivée à Gatineau en 2016. Consciente de l’importance de conduire,Youssra a entamé les démarches pour obtenir un permis, mais cela s’avère difficile.

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