Retour

Sous quel parti peut-on se permettre d'être malade en Ontario?

Si on se fie aux dernières données de la Boussole électorale, les soins de santé sont la deuxième priorité des Ontariens dans cette campagne électorale, après l'économie. Le hic, toutefois, c'est que dans la pléthore d'annonces faites récemment par les différents partis sur ce sujet, les patients s'y perdent et ne savent plus pour qui voter.

Un texte d'Angie Bonenfant

Nous avons demandé à un organisme indépendant qui ne reçoit pas de financement public, la Coalition des soins de santé de l'Ontario (CSO), d'analyser les différentes plateformes électorales et de nous guider dans cette surabondance d'informations et de chiffres.

Selon l’analyse faite par l’organisme, c’est le Nouveau Parti démocratique qui présente la plateforme répondant le plus aux besoins des malades.

Un piètre bilan de santé

Les premiers constats de la CSO sont alarmants. En matière de santé, rapporte-t-on, l'Ontario est la province la plus sous-financée du Canada. Elle est aussi celle qui comporte le moins de lits d'hôpital et qui a le plus haut ratio infirmière-patients de tout le pays.

Selon des données de l'OCDE, l'Ontario occupe une place peu enviable en bas de la liste, tout juste avant le Mexique et le Chili, pour le nombre de lits d'hôpital par habitant.

La directrice générale de la CSO Nathalie Mehra rappelle que le taux d'occupation des hôpitaux ontariens est de 120 %, alors que les normes internationales de sécurité sont fixées à 85 %.

« Cela signifie qu'en tout temps, tous les lits sont occupés, précise-t-elle. Des patients attendent sur des civières dans les corridors d'hôpitaux d'avoir accès à une chambre, des chirurgies sont régulièrement annulées parce qu'il n'y a plus de lits d'opération et on accélère le départ des patients pour récupérer leurs lits. »

Mme Mehra note aussi que les Centres de soins de longue durée demeurent inaccessibles pour plusieurs Ontariens : 35 000 personnes sont présentement sur une liste d'attente. De plus, les employés de ces foyers sont débordés et n’ont pas assez de temps pour s’occuper adéquatement des patients.

Pour rattraper le retard en santé sur les autres provinces, l'Ontario doit massivement réinvestir de nouveaux fonds, indique Mme Mehrat, parce que présentement la province a atteint des niveaux jamais vus depuis les compressions des années 1990.

C'est dans le dernier budget que se déploie la stratégie du Parti libéral en matière de santé et, selon Mme Mehrat, il est apparent que ce plan vise principalement à séduire les Ontariens en période électorale.

Par exemple, le parti prévoit augmenter le financement des hôpitaux de 4,6 %, cette année, mais réduira cette augmentation à 3,2 % pour les quatre prochaines années. « Cela signifie plus de coupes, dénonce Mme Mehra. C'est une chose cynique à faire et ce n'est pas dans l'intérêt des Ontariens. »

Le Parti libéral prévoit également ajouter 30 000 nouveaux lits dans les centres de soins de longue durée, mais selon Mme Mehra, il le fera à un rythme inférieur aux deux autres principaux partis. « Les libéraux ajouteront 5000 lits d’ici les quatre prochaines années et contribueront pour le reste après. C’est bien plus lent que les deux autres options », déplore-t-elle.

Le Parti progressiste-conservateur n'a pas encore dévoilé de plateforme électorale et « en matière de santé, le chef Doug Ford semble s’éparpiller », analyse Nathalie Mehra.

« D'un côté, il dit que, sous son gouvernement, il n'y aura pas de compressions en santé, mais de l'autre, il promet de couper six milliards de dollars dans l’ensemble des dépenses publiques », relate-t-elle.

Mme Mehra se demande comment le chef conservateur va s’y prendre pour atteindre son objectif. « Doug Ford prétend qu'il coupera dans les salaires des PDG, mais ça ne générera jamais assez d'argent pour atteindre ce qu'il veut en termes de coupes », selon elle.

De plus, signale Mme Mehra, maintenir le financement actuel est irresponsable et dangereux. Les fonds actuels ne sont déjà pas suffisants pour remettre le système de santé ontarien sur pied. Ce qu’il faut, dit-elle, c’est injecter de l’argent.

Au chapitre des soins de longue durée, les progressistes-conservateurs ont promis 30 000 nouveaux lits, dont la moitié sera livrée dans les premiers cinq ans. Ceci est nettement mieux que les libéraux, affirme Mme Mehra, mais c’est une promesse qui n’est pas chiffrée.

En matière de santé, la plateforme électorale du Nouveau Parti démocratique est de loin la plus généreuse, estime la directrice générale de la CSO. « Cela fait 18 ans que je milite pour de meilleurs soins en Ontario et c'est la première fois que je vois une plateforme aussi claire et robuste. »

Pour les soins de longue durée, les néo-démocrates promettent non seulement plus de lits que les libéraux, mais ils comptent ajouter ces lits dans un délai plus rapide. Tout comme le plan conservateur, les néo-démocrates prévoient ajouter 15 000 nouveaux lits d'ici 2023.

La chef néo-démocrate Andrea Horwath compte également ajouter 2000 nouveaux lits d’hôpital, dès son entrée en fonction.

De plus, le NPD promet un investissement immédiat de 916 millions de dollars dans les hôpitaux et une indexation annuelle qui tiendra compte du « taux d’inflation, de la croissance démographique, du vieillissement de la population et des besoins uniques des communautés ».

Plus d'articles

Vidéo du jour


L’amour selon le zodiaque