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Stress post-traumatique : « J'en avais mon truck d’être agressif », raconte un ancien commando

« Je suis un vétéran, j'ai servi avec fierté, puis c'est ce que ça m'a coûté », affirme sans honte l'ex-militaire Alain Guimond. L'ancien membre d'un escadron d'élite, qui souffre d'un trouble de stress post-traumatique, espère un meilleur soutien pour les militaires.

Un texte de Christelle D’Amours pour Les malins

L'ex-militaire voudrait que des mesures pour améliorer le soutien aux militaires après leur sortie des rangs soient mises en place. M. Guimond dit ne pas avoir de comptes à régler avec les Forces armées canadiennes.

À 25 ans, Alain Guimond se joignait à l’Armée canadienne et son parcours l’a mené à rejoindre un commando d’élite canadien, la Force opérationnelle interarmées (FOI 2).

S'amorcent alors cinq années de missions spéciales aux côtés des militaires les plus entraînés du pays, accompagnées de poussées d’adrénaline quotidiennes comme peu de gens en connaissent, selon M. Guimond.

Lutte contre le terrorisme, situations de prises d’otages, missions secrètes : des activités extraordinaires, mais qui demandent un détachement.

« Tu ne [te comportes] pas [comme un animal], mais quasiment. Tu pars en mission, tu ne penses plus, puis tu ne vois plus les choses de la même façon », se rappelle le militaire.

« C’est très exigeant physiquement et mentalement. Puis il faut savoir - c’est ça qui est dur - reconnaître les signes : [...] à un moment donné, tu en as trop ou tu commences à boiter un peu », explique Alain Guimond qui, lui, n’a pas su déceler les signes que lui envoyait son corps.

L’inavouable

En 2009, un premier incident aurait dû alerter le caporal-chef. Celui qui adorait le saut en parachute perdait désormais ses moyens.

« Je savais exactement ce qu’il fallait [faire], mais rien de ça n'arrivait. Je gelais, se rappelle-t-il. Fermer les yeux, arrêter de respirer, manquer d’air. »

Alain Guimond fait face à ses démons pour la première fois dans le bureau d’un spécialiste en psychologie qui évoque le trouble de stress post-traumatique.

« J’ai répondu : "Arrête ça! Ce que tu viens de me dire là, je ne veux pas l'entendre. Remets-moi sur pied pour que je retourne à l’unité le plus vite possible" », avoue-t-il.

Craignant de perdre sa place dans son groupe d’élite, le militaire a repris le travail sans informer ses collègues de son état. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il s'est finalement avoué vaincu face à l’évidence qui s'imposait.

« J’ai pris la décision d’en parler, de dire : "Je ne suis plus capable" », confie-t-il. C’est en 2012 qu’il a rendu les armes.

Sans fête ni applaudissements, le militaire a remis son équipement. « Je sortais du camp pour la dernière fois et je me [suis demandé] : "Qu’est-ce qui vient d’arriver? Là, je fais quoi? Je deviens qui?" Puis, ça a [continué comme ça] pendant quelques d’années », se rappelle M. Guimond.

Touché, coulé

Après sa sortie de l'armée, « c’est l’espèce de vide qui devient tellement inconfortable que ça se change en nervosité, en anxiété », dit-il en racontant les cauchemars, les souvenirs qui remontent et l’incapacité de se retrouver seul.

On lui avait proposé des ressources, mais l’accompagnement se faisait de façon plutôt relâchée, selon lui.

« Ça aurait très facilement pu tomber [dans] les craques, ce qui arrive trop souvent, mais j’ai quand même insisté, parce qu’on venait d’avoir une petite fille et j’en avais mon "truck" d’être agressif. Pas juste péter un plomb, [mais] être enragé noir, puis dire : "Je vais tuer quelqu’un". Je ne voulais plus ça, puis je voulais me "replacer" aussi pour ma petite fille », avoue Alain Guimond. « Il y a des moments où ma blonde ne voulait même pas me laisser tout seul avec la petite à la maison. »

Les accès de colère étaient ponctués de moments d’absence et de pertes de mémoire importantes. « J’étais légume, sur les pilules », dit l’ex-militaire qui aurait souhaité avoir plus de souvenirs des premières années de sa fille, maintenant âgée de 6 ans.

M. Guimond a fait un pas important vers la guérison en accueillant Mia, une chienne entraînée pour l’assistance en santé mentale. « J’allais être étiqueté [...] Ça a été une grosse étape [d’accepter] de sortir de l’ombre », dit-il.

Vêtue de son dossard, « Mimi » l’accompagne partout où il va depuis près de quatre ans. « Je pense que ça a été ma plus belle médication », lâche-t-il en souriant.

Quand les nuages s’écartent

C’est au terme d’un travail de longue haleine que le père de famille se réjouit maintenant de pouvoir dire qu’il va beaucoup mieux. Il n’oublie pas de souligner le soutien précieux de sa conjointe.

« Je l’ai maganée aussi, bien involontairement. Je n’étais pas du monde. J’ai été très agressif. Tu sais, je ne lui ai pas fait ça rose », poursuit-il.

« Je suis prêt à parler, à m’ouvrir finalement, puis à sortir de l’ombre. Ce qui me pousse, plus que n’importe quoi, ce n’est pas de parler de moi », s’empresse de préciser Alain Guimond.

Après avoir vécu la souffrance associée au trouble de stress post-traumatique, le vétéran parle d’un « écart immense » entre les militaires et les professionnels qui leur offrent des services.

« C’est très difficile d’aller vers quelqu’un qui n’a pas vécu ce que tu as vécu. Il sait quoi te dire, il sait quoi t’expliquer, mais c’est des mots, [ça vient du] cerveau [...] pas [du] coeur. Tu arrives là, puis tu veux parler, mais ça ne passe pas. Moi, je pense que les vétérans pourraient [améliorer énormément les choses] », explique-t-il.

L’ancien combattant milite maintenant pour la mise sur pied d’un groupe de mentorat au sein des Forces armées canadiennes. Il rêve d’un programme qui ferait le jumelage entre des militaires et des vétérans. Alors que les uns profiteraient de services plus adaptés à leur réalité, l’expérience des autres serait valorisée, même s’ils ne peuvent plus servir en raison de leurs blessures physiques ou psychologiques, pense l’ex-militaire.

« Ça, j’y crois beaucoup. Puis je veux m’impliquer là-dedans, le faire aussi avec d’autres », dit M. Guimond en souriant.

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