Aurélie Lacassagne rend hommage à la culture franco-ontarienne dans son dernier essai, qui sera lancé jeudi à Ottawa. La politologue d'origine française y parle de son « amour fou » pour la communauté et partage des pistes de réflexion pour lui assurer un meilleur avenir.

Un texte de Nadine Phaneuf pour Les malins

Un coup de foudre

Aurélie Lacassagne n’est pas passée par le Québec comme bon nombre de ses concitoyens avant d’atterrir en terre ontarienne. Si elle débarque à Sault-Sainte-Marie en 2001, c’est toutefois à Sudbury trois ans plus tard que son histoire d’amour avec la culture franco-ontarienne débute.

Écrire en langue franco-ontarienneLa poésie de Dickson a été une porte d’entrée vers la culture franco-ontarienne. Les lectures se sont succédé, puis le théâtre s’est imposé. Ce qui l’a charmée? Le fait que les auteurs utilisent la langue telle qu’elle est utilisée par les Franco-Ontariens dans leur vie de tous les jours.

« Des gens comme Patrice Desbiens, Jean-Marc Dalpé et Daniel Aubin [...] donnent du contenu à notre identité avec toutes les bâtardises et les maladresses comme on le pense de notre langue franco-ontarienne. Et ils arrivent à en faire quelque chose de beau. »

Aurélie compare ces auteurs franco-ontariens à Franz Kafka qui écrivait dans l’allemand pauvre du juif tchèque, mais qui malgré la pauvreté de cette langue, la sublimait, en faisait quelque chose d’extraordinaire et d’universel.

« Je crois profondément qu’il n’y a pas une langue française mais des langues françaises et c’est ce qui fait la beauté de la francophonie. [...] On devrait être fiers et écrire dans [notre] langue et lire aussi dans cette langue », ajoute madame Lacassagne qui y voit là aussi une façon de contrer l’assimilation chez les jeunes.

S’ouvrir à l’autreMalgré ses origines françaises, quand Aurélie Lacassagne parle de la communauté franco-ontarienne, elle utilise le pronom « nous ». Elle cite le sociologue franco-ontarien Roger Bernard qui disait : « On ne naît pas Franco-Ontarien, on le devient. » Mais est-ce que cette communauté sait accueillir celui qui veut s’y fondre?

« L’identité franco-ontarienne est fondamentalement ouverte. C’est une communauté culturelle et on peut rentrer dans cette communauté-là », dit celle qui est aussi enseignante à l’Université Laurentienne. Elle ajoute cependant que si elle a été acceptée dans l’ensemble, elle ne l’a pas été par tous.

Selon elle, il y a encore quelques personnes qui ont ce qu’elle appelle des réflexes canadiens-français et qui perçoivent leur identité comme une seule racine ethnique, blanche et catholique. Pour sa part, elle y voit plutôt plusieurs branches et racines qui s’entremêlent et qui font la beauté de la communauté franco-ontarienne tout en garantissant son avenir.

Nous ne sommes pas seulsAurélie Lacassagne a intitulé son essai « Perspectives créoles sur la culture et l’identité franco-ontarienne ». Un titre complexe, mais qui véhicule un message d’espoir pour la communauté.

La créolisation est un concept du défunt poète et penseur martiniquais Édouard Glissant. Ce dernier décrivait un grand mouvement mondial né dans les années 1960. Ce mouvement a vu des peuples marginalisés et périphériques sortir du gouffre, prendre la parole et leur place dans l’histoire.

Aurélie Lacassagne, aussi spécialiste de l’actualité internationale, donne l’exemple des peuples des Caraïbes ou de l’océan Indien qui ont participé à ce mouvement et créé des choses extraordinaires en musique notamment.

La politicologue croit que la communauté franco-ontarienne a d’immenses défis devant elle comme celui d’avoir une université franco-ontarienne qui répond à ses besoins, mais elle désirait, avec son essai, envoyer un message d’espoir à sa communauté.

« Cette condition marginale minoritaire au lieu de se recroqueviller sur soi, on doit quelque part l’embrasser. C’est ce qu’on est, c’est ce qui nous définit, ça a des avantages. Et on n’est pas seuls. »

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