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Système de paye Phénix : quand les étudiants ont faim

Les problèmes liés au système de paye Phénix sont tels que des étudiants qui travaillent pour le gouvernement fédéral peinent à se nourrir, selon ce qu'a constaté la gérante de la banque alimentaire de l'Université d'Ottawa. Celle-ci compte une nouvelle clientèle : ces étudiants qui croyaient s'être trouvé un job de rêve, mais qui doivent mettre leur orgueil de côté et demander la charité.

Un texte de Catherine Lanthier

« C’est inacceptable », tranche Kathryn LeBlanc. Trop de fois, cette étudiante, aussi élue au sein de la Fédération étudiante, a pu constater que des étudiants qui comptaient sur les revenus d’un stage rémunéré ou d’un emploi à temps partiel au gouvernement ont dû recourir aux services normalement offerts aux plus démunis.

Les étudiants ont droit à un panier de nourriture par mois, où ils reçoivent l’équivalent de trois jours complets de repas.

« On n’a pas assez d’argent pour aider tout le monde », se désole Kathryn LeBlanc, qui constate que ces problèmes liés au système de paye Phénix mettent de la pression supplémentaire sur ce « petit service communautaire. »

Lassée des problèmes, une étudiante quitte le gouvernement

L’étudiante Leila Moumouni-Tchouassi vient tout juste de quitter un poste enviable dans la fonction publique, où elle travaillait pour un sous-ministre depuis plus de deux ans. Leila n’en pouvait plus d’avoir des problèmes de paye.

En quittant le gouvernement en avril dernier, le Centre des services de paye l’a informée qu’elle avait reçu des centaines de dollars en trop, un calcul qu’elle ne comprend toujours pas à ce jour.

« Pour moi c’est difficile d’avoir confiance en un système qui m’a laissée dans une situation très difficile comme étudiante », se confie-t-elle.

Leila s’est trouvé un autre travail, où elle est correctement rémunérée aujourd’hui. Mais une partie de ses revenus vont… à rembourser le gouvernement.

Pendant ce temps… le gouvernement recrute des étudiants

La Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa est préoccupée par l’approche actuelle du gouvernement, qui a lancé une imposante campagne de recrutement auprès des étudiants. Tous les sous-ministres en ont fait une priorité absolue, pour assurer la pérennité de relève.

Ces démarches ont porté fruit : jamais la Commission de la fonction publique n’a reçu autant de demandes d’emploi de la part des étudiants. 40 951 cette année, contre 31 266 l’an dernier.

Le 8 mars dernier, la sous-ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Marie Lemay, assurait tout mettre en place « pour que les problèmes de paye éprouvés l’an dernier par les étudiants ne se reproduisent pas. »

Le gouvernement refuse cependant de révéler combien d’entre eux éprouvent toujours des problèmes de paye.

« Ça me fait peur entendre le gouvernement essayer de “rentrer” plus d’étudiants », s’inquiète Leila Moumouni-Tchouassi.

« Y’a beaucoup beaucoup de personnes dans mon cercle d’amis et dans notre université qui ont ce problème, alors je peux juste imaginer ce qui se passe autour du Canada », ajoute-t-elle.

Vulnérables, et pas syndiqués

En date du 2 juin dernier, déjà 5 000 étudiants avaient été embauchés pour la période estivale. Une bonne nouvelle pour ces heureux élus, sauf que ces embauches font craindre le pire aux représentants syndicaux.

Malgré les efforts du gouvernement fédéral à régler le dossier, des dizaines de milliers de fonctionnaires fédéraux subissent toujours des problèmes de paye. Les étudiants sont dans une posture particulièrement précaire, laissés à eux-mêmes, puisqu’ils ne sont pas syndiqués.

Pour une deuxième année d'affilée, l’Institut professionnel de la fonction publique se prépare donc à offrir de l’aide aux étudiants qui ont des problèmes de paye. Les agents de relations de travail de ce syndicat seront une fois de plus mis à leur disposition, gratuitement.

« Ce n’est pas notre mandat d’aider directement les étudiants », explique M. Aubry. « On les aide autant qu’on peut parce que ce sont des étudiants, notre prochaine génération de fonctionnaires. »

Encore des mesures spéciales

L’Université d’Ottawa continue de devoir prendre des mesures spéciales pour venir en aide aux étudiants qui ne sont pas payés correctement par le système Phénix.

Pour la session en cours (printemps-été), une quinzaine d’étudiants se sont rendus jusqu’aux plus hautes instances de l’université pour réclamer de l’aide, puisqu’ils ne sont pas rémunérés tels qu’il se doit.

« L’Université traite ces dossiers et fait des ententes de paiement au cas par cas », a indiqué par courriel Isabelle Mailloux Pulkinghorn, gestionnaire des relations avec les médias.

À l’Université du Québec en Outaouais (UQO), une centaine d’étudiants effectuent des stages coop rémunérés au gouvernement fédéral.

Les étudiants ont été informés dès le départ « qu’il y aura un délai de 6 à 8 semaines dans certains cas avant qu’il y ait une rémunération », précise le directeur des communications et du recrutement, Gilles Mailloux.

L’an dernier, plusieurs étudiants de l’UQO ont constaté des erreurs dans leur taux horaire ou dans le calcul des heures travaillées.

M. Mailloux précise que l’université surveille cette situation et que des ressources sont disponibles pour venir en aide aux étudiants en cas de problème, bien qu’il s’agisse, avant tout, d’une relation « employeur-employé qui se fait entre l’étudiant et le milieu de stage. »

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