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Tensions entre une faction des Rock Machine et des Hells Angels en Ontario

L'une des deux factions des Rock Machine, basée dans l'Est ontarien, est en conflit avec des membres des Hells Angels Nomads de l'Ontario pour une question de territoire, selon nos sources policières. Le groupe de motards, en proie à d'importantes tensions internes, est cependant loin de faire le poids face aux Hells Angels ontariens, et une guerre ne serait pas à l'horizon. Un nouveau groupe de motards, les Satudarah Mc, tenterait aussi d'accroître sa présence en Ontario en recrutant des membres des Rock Machine.

Une analyse de Denis Babin et Guillaume Dumont

Les Rock Machine ne sont plus qu'une pâle copie du groupe de motards qu'ils ont été dans les années 1990, selon nos sources.

Deux factions s'opposent à l'interne : celle menée par Jean-François Émard, basée à Casselman, dans l'Est ontarien, et celle dite de la 13e légion, représentée par Marc Guérin et le porte-parole Mario Dubé. Cette dernière est basée au Québec, dans les Laurentides et Lanaudière.

La faction de la 13e légion ne serait pas en conflit avec les Hells Angels, au Québec.

Selon nos informations, un proche de Jean-François Émard membre des Rock Machine, Francis Laurence Gauthier, qui s'est fait connaître pour avoir diffusé une vidéo de lui en train d'asperger un sans-abri avec une boisson gazeuse à Montréal, aurait arboré les couleurs d'un nouveau groupe de motards au Canada, les Satudarah Mc.

Un nouveau groupe de motards en Ontario

Les Satudarah Mc ont fait leur apparition au Canada en 2015. Le groupe a été fondé aux Pays-Bas en 1990 et il compte désormais 44 chapitres dans ce pays, en plus d'avoir une présence en Belgique, au Danemark, en Indonésie et en Malaisie, notamment.

En Allemagne, le groupe a été interdit, parce qu'il constitue un risque pour la sécurité publique, selon le gouvernement.

Pour l'instant, les Satudarah Mc comptent un seul chapitre au Canada, basé à Toronto. Leur présence au Canada contrarie des membres des Hells Angels ontariens, selon nos sources. Le fait que les Satudarah Mc tentent de recruter de nouveaux membres en Ontario pourrait causer des tensions avec les Hells à l'avenir, d'après nos informations.

En effet, les deux groupes sont en conflit ouvert en Europe, où certains incidents violents ont eu lieu.

Tensions entre les Hells Angels Nomads et des Rock Machine dans l'Est ontarien

Jean-François Émard a comparu au palais de justice de L'Orignal, dans l'Est ontarien, en septembre.

L'enquêteur Gaston Thibodeau, qui fait partie de la Brigade anti-motards de la Police provinciale de l'Ontario (PPO), a alors livré un témoignage qui met en lumière des tensions entre les Hells Angels Nomads et la faction des Rock Machine de Jean-François Émard.

Lors de son témoignage dans le cadre de l'audience sur la mise en liberté sous caution de Jean-François Émard, Gaston Thibodeau s'est entre autres attardé aux appels téléphoniques donnés et reçus par Martin Bernatchez, alors qu'il était toujours président des Nomads de l'Ontario.

Martin Bernatchez a discuté, lors d'une conversation enregistrée le 28 avril dernier, « d'une altercation verbale » qui s'était produite entre un prospect de son organisation, Jackie Lessard, et « un gars des Rock Machine » à la station d'essence Esso de Casselman.

Sur les bandes vidéo saisies par la PPO, on voit le prospect Jackie Lessard, visiblement sur ses gardes, en train de regarder deux autres hommes, dont un qui semble l'apostropher. Les bandes vidéo ne permettent pas d'identifier clairement les deux individus en question.

Toujours selon Gaston Thibodeau, une autre discussion, enregistrée aussi le 28 avril dernier, laisse entendre que les Nomads ontariens cherchent à organiser une rencontre avec Jean-François Émard afin de calmer le jeu, « pour que tout le monde soit sur la même longueur d'onde ».

Gaston Thibodeau indique alors : « On se doutait bien qu'un groupe irait rendre visite à Émard à Casselman ».

C'est ainsi que le lendemain, le vendredi 29 avril, un groupe composé de membres des Nomads et des Red Devils, de même que des associés sans statut, se rend à Casselman en début de soirée.

La visite de ces derniers est captée sur vidéo par une équipe de surveillance de la PPO associée au Projet Rawson. Les motards prennent la direction du Karina's Pub, un bar de danseuses situé au coeur du village, en prenant bien soin de mettre leurs couleurs en évidence.

À un moment donné, Martin Bernatchez, « enlève sa veste pour la déposer sur une rampe en bordure de la terrasse » de l'établissement. L'enquêteur Thibodeau raconte alors : « Un membre « full patch » qui enlève ses couleurs, c'est la première fois que je vois ça. »

Le sergent-détective Rock Whitton, deuxième témoin de la Couronne à avoir été entendu durant « l'enquête sur cautionnement » d'Émard, était à la tête de l'équipe de surveillance.

C'est lui qui était responsable, durant l'opération, de garder un oeil sur les allées et venues devant le domicile de Jean-François Émard.

Selon lui, alors que les Nomads procèdent à leur « démonstration de force » au bar de danseuses, le présumé chef des Rock Machine se trouve en compagnie de deux autres personnes à l'extérieur de sa résidence.

C'est alors qu'une camionnette passe devant eux à basse vitesse. Rock Whitton indique alors à la Cour : « De façon délibérée, ils ralentissent pour être vus. »

D'après le policier, peu de temps après, Jean-François Émard se dirige vers le bar de danseuses en compagnie d'un dénommé Pascal Carrier. Les membres de l'équipe de surveillance de la PPO sont immédiatement mis sur un pied d'alerte.

« C'est un vendredi en début de soirée. Il fait beau. Tout le monde est à l'extérieur. Dans ma tête, c'est la sécurité du public qui prévaut », relate Rock Whitton.

Quelques minutes plus tard, « des coups de feu ont été entendus ».

Une séquence vidéo déposée en preuve par la Couronne montre les Hells Angels Nomads en train de déguerpir du bar de danseuses. À quelques heures d'intervalle, Jean-François Émard et Pascal Carrier seront finalement arrêtés par la PPO.

Ils font face à plusieurs chefs d'accusation, dont celui de possession illégale d'une arme à feu prohibée ou à autorisation restreinte chargée. Leur procès, qui durera une semaine, doit commencer le 30 janvier prochain.

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