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Tour des anciens à l'Ud'O : une journaliste étudiante victime de propos haineux

La journaliste étudiante de l'Université d'Ottawa qui a levé le voile sur la tenue d'activités à caractère sexuel dans le cadre d'un événement appelé le Tour des anciens se dit victime de propos haineux. Yasmine Mehdi a reçu plusieurs messages par courriel et sur les médias sociaux à la suite de la parution de son article dans le journal La Rotonde.

Ces messages peuvent être qualifiés de disgracieux, dégradants et islamophobes.

« Selon la Charia, des étudiants ne peuvent pas avoir du plaisir? », peut-on lire dans l'une des missives. « Tu n'as pas été invitée [à l'événement] et maintenant tu dois jeter ta haine sur des jeunes blancs qui boivent? »

Certains des commentaires reçus par Mme Mehdi encourageaient la violence sexuelle ou véhiculaient des propos extrêmement islamophobes. Radio-Canada a d'ailleurs pris la décision de ne pas les diffuser.

En entrevue à RDI, mercredi après-midi, la principale intéressée s'est dite surprise et choquée de la teneur des propos à son égard. Elle s'attendait à recevoir des menaces, mais pas à ce qu'on s'en prenne à son origine ethnique et à sa religion.

« Je m'attendais à recevoir beaucoup de backlash, comme on dit », a affirmé Mme Mehdi, « parce que, souvent, quand on parle de violence sexuelle, quand on dénonce un peu des phénomènes de la sorte, on se rend compte que c'est une réaction assez commune de recevoir des menaces de mort, des menaces de viol, des insultes sur Internet. »

La journaliste, qui a dénoncé ces messages haineux sur son compte Twitter, a indiqué à Radio-Canada que l'auteur des messages Facebook a cessé de lui écrire lorsqu'elle lui en a fait la demande. Mme Mehdi n'écarte pas l'idée de porter plainte à la police.

La rédactrice en chef de La Rotonde, Frédérique Mazerolle, a tenu à se porter à la défense de sa collègue.

« J'ai trouvé ça extrêmement dégradant et puis disgracieux », lance-t-elle. « J'ai trouvé énormément dommage qu'on se base uniquement sur la race de Yasmine pour questionner son intégrité journalistique. »

Yasmine Mehdi n'est pas la seule à avoir été victime d'intimidation après avoir dénoncé les activités à caractère sexuel du Tour des anciens.

Une ancienne membre de l'Association des étudiants en sciences (AES) de l'Université d'Ottawa a vécu la même chose, en 2013, alors qu'elle tentait d'annuler la tenue de l'événement.

« Ils ont véhiculé des choses négatives à mon endroit, des propos très misogynes [trad. libre] », raconte Elsa Mirzaei.

L'année suivante, en 2014, élue présidente de l'AES, elle a réussi à faire annuler le Tour des anciens. Mme Mirzaei affirme aujourd'hui être surprise que l'événement ait été relancé après son départ.

La Fédération étudiante de l'Université d'Ottawa (FÉUO) fait enquête sur les récents événements.

Les femmes qui ont été victimes d'intimidation pour avoir dénoncé le Tour des anciens espèrent aussi que la direction de l'établissement d'enseignement sera sévère.

Pour l'instant, l'Université d'Ottawa s'est prononcée seulement par voie de communiqué. Lundi, l'établissement a rappelé son règlement sur la prévention de la violence sexuelle.

Avec les informations des journalistes Jérôme Bergeron, Claudine Richard et Laurie Trudel

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