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Trop d'anglophones dans les écoles françaises en Ontario?

En cinq ans, la proportion d'élèves qui n'ont pas le français comme langue maternelle a grimpé en flèche dans la majorité des conseils scolaires franco-ontariens. Bien des parents craignent que les écoles de langue française deviennent des milieux trop anglophones, alors que plusieurs conseils voient cette augmentation d'un oeil positif.

Un dossier de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

Radio-Canada a obtenu des données compilées par l'Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), un organisme gouvernemental qui évalue le système d'éducation public en Ontario. 

En 2010-2011, dans les conseils scolaires franco-ontariens, le pourcentage d'élèves de 3e année dont la première langue parlée à la maison n'était pas le français était de 37 %.

En 2014-2015, il était passé à 44 %.

Au sommet du palmarès : le Conseil scolaire catholique Providence, dans le sud-ouest de la province.

Le pourcentage avait grimpé à 85 % en 2014-2015, soit l'équivalent de 26 élèves sur 30 dans une classe.

C'est surtout dans le nord et l'est de l'Ontario, des régions plus francophones de la province, que les chiffres ont le plus augmenté.

Par exemple : le Conseil scolaire public du Nord-Est, où la proportion est passée de 21 % à 50 % en cinq ans.

Les données de l'OQRE ne précisent pas quelle est la langue maternelle des élèves, dans les cas où ce n'est pas le français. 

À titre de comparaison, au Conseil scolaire public anglais de Toronto, qui compte probablement les écoles les plus multiculturelles en Ontario, presque rien n'a changé.

En 2014-2015, environ 30 % des élèves n'avaient pas l'anglais comme langue maternelle. Un chiffre qui est resté stable ces dernières années.

Pourquoi ces augmentations?

Plusieurs conseils scolaires ont refusé nos demandes d'entrevue, dont le Conseil Providence, celui qui est en tête du palmarès.

Pour Simon Fecteau, du Conseil scolaire public du Nord-Est, cette hausse est une excellente nouvelle. Selon lui, c'est le signe que de plus en plus de familles anglophones ou mixtes (qui comprennent un parent francophone et un parent anglophone) considèrent qu'il est avantageux d'envoyer leurs enfants dans une école de langue française. 

Comme plusieurs autres, son conseil scolaire fait même de la publicité en anglais pour attirer cette clientèle.

À son avis, les élèves issus de « familles francophones pure laine » ne sont pas pénalisés. Les enseignants, surtout dans les groupes de maternelle et de première année, font souvent travailler les enfants par petits groupes, en fonction de leur niveau. 

De l'appui individualisé est aussi donné aux enfants qui ont plus de difficulté en français. 

Des parents inquiets

Des arguments qui ne rassurent pas tous les parents. Lisette Mallet a deux garçons qui fréquentent une école secondaire de langue française à Toronto.

Elle rappelle que la communauté franco-ontarienne s'est longtemps battue pour avoir des écoles où les enfants baignent dans un environnement francophone. 

Elle pense qu'il faudrait diriger certains élèves vers les programmes d'immersion française, qui sont gérés par les conseils scolaires anglais, et qui ont été mis en place justement pour les enfants anglophones. 

Karine Barrass, une autre mère francophone, est perplexe. Elle croit que la communauté francophone doit être ouverte à tous, mais elle estime que les conseils devraient faire passer un examen d'admission à tous les élèves, sans exception. 

Quel impact pour les élèves qui parlent bien français?

Est-ce que la francophonie est fragilisée par le phénomène? Plusieurs experts du milieu de l'éducation pensent que non.

Andréanne Gagné, professeure à l'UQAM, s'est penchée sur les écoles d'immersion française dans l'Ouest-de-l'Île de Montréal.

Toutefois, elle croit que l'immersion donne de meilleurs résultats que les classes d'accueil. Les élèves en immersion apprennent plus rapidement, selon elle. 

Même constat pour Catherine Levasseur, finissante au doctorat en éducation, qui a passé plusieurs mois dans une école de langue française à Vancouver.

Elle reconnaît qu'il faut peut-être mieux définir le rôle de l'école d'immersion versus celui de l'école de langue française, mais elle croit que les parents francophones doivent avoir des attentes réalistes en milieu minoritaire. 

Ces parents qui souvent viennent du Québec, explique-t-elle, s'attendent à ce que leurs enfants parlent la langue comme eux.

« Alors qu'il ne faut pas oublier qu'en milieu minoritaire, l'anglais fait partie de la vie de ces élèves-là », conclut-elle. 

-Avec la collaboration de Marie-Ève Potvin, de Michel Bolduc et de Sophie Houle-Drapeau. 

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