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Trop d'obstacles dans les écoles ontariennes pour les jeunes handicapés intellectuels

Une étude révèle que les élèves ayant des déficiences intellectuelles continuent à faire face à des obstacles dans le système d'éducation public de langue anglaise de l'Ontario. Les auteurs du rapport relèvent notamment la contre-performance scolaire de ces élèves et leur exclusion dans les écoles de la province.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le rapport, qui s'intitule Si l'inclusion signifie tout le monde, pourquoi pas moi?, a été rédigé par un collectif d'auteurs des universités Brock et Western, du centre juridique ARCH pour personnes handicapées, de l'Association pour l'engagement communautaire du district de Brockville et d'un groupe favorable à l'éducation inclusive au Canada.

Les auteurs expliquent que ce sont les inquiétudes des parents de jeunes déficients intellectuels qui leur ont donné l'idée d'analyser les progrès ayant été réalisés en Ontario en ce qui a trait à l'éducation de ces enfants.

Naleni Jacob est l'une de ces mères inquiètes. La Torontoise regrette aujourd'hui de ne pas s'être impliquée davantage dans l'éducation de son fils de 26 ans qui est atteint de paralysie cérébrale. Elle soutient que son école à l'époque était entièrement responsable des choix de son fils et qu'il était isolé des autres enfants.

Mme Jacob dit qu'elle avait peur des représailles de la direction ou des répercussions que ses plaintes auraient pu avoir sur l'éducation de son enfant. Elle ajoute que son fils n'a appris que des informations de base sur les façons de se vêtir par exemple et que l'enseignement des matières restait superficiel.

Selon l'étude, la situation n'a pas changé en plus de 20 ans en Ontario en termes d'accès à l'éducation pour les enfants ayant des déficiences intellectuelles, qu'ils soient lourdement handicapés ou non (enfants autistes, enfants ayant un faible quotient intellectuel bas, etc.).

Le constat est le même : il y a encore beaucoup de travail à faire en matière d'inclusion et d'accès à l'éducation, et les obstacles sociaux et scolaires restent nombreux. Les auteurs reconnaissent toutefois que la situation de ces enfants peut varier d'une école publique à l'autre ou d'une région à l'autre.

Selon l'étude, l'exclusion et la ségrégation représentent encore un problème pour ces jeunes, qui entretiennent souvent des relations conflictuelles avec les autres enfants et le personnel scolaire. Les professionnels de l'éducation auraient aussi peu d'attentes à leur égard et ces élèves auraient rarement l'occasion de s'épanouir au sein de leur école.

Les auteurs soulignent par ailleurs qu'il n'y a pas de grandes différences dans leur étude entre les enfants qui sont placés dans des classes spécialisées et ceux dans des classes générales. Les résultats scolaires semblent toutefois légèrement meilleurs chez les enfants qui étudient dans une classe spécialisée, mais leur exclusion est en revanche plus prononcée que s'ils étudiaient dans une classe générale.

Les auteurs montrent du doigt un manque de leadership de la part des responsables de l'éducation ainsi qu'un manque de stratégie et de communication concernant l'apprentissage des enfants ayant des déficiences intellectuelles.

« Il existe un risque de perpétuer cette exclusion à l'âge adulte, si rien n'est fait pour l'éliminer dans l'enfance », précise l'une des coauteurs du rapport, la professeure Jacqueline Specht.

Elle et ses collègues suggèrent de moderniser la législation provinciale sur l'éducation de 1974 pour qu'elle soit plus adaptée aux besoins de ces enfants et de mieux faire respecter leurs droits. La dernière révision en profondeur de la loi remonte aux années 1980.

Selon le rapport, les conseils scolaires devraient en outre écouter beaucoup plus attentivement les parents de ces enfants, parce que ce sont eux qui connaissent le mieux leurs besoins. Mme Specht ajoute que les enfants avec des déficiences intellectuelles n'ont pas besoin d'être sans cesse supervisés par un adulte lors d'une activité parascolaire par exemple. « Laissons-les vivre des expériences avec des jeunes de leur âge », explique-t-elle.

Avec du recul, Mme Jacob invite les parents à s'intéresser aux études de leurs enfants s'ils sont atteints d'une déficience intellectuelle et de rappeler aux directions d'écoles que leurs enfants sont en droit d'être écoutés et respectés dans leurs choix.

« Ils sont en droit d'apprendre plus que les rudiments de la vie qu'ils devront affronter à l'âge adulte et de participer à des activités parascolaires avec des enfants en santé ; qu'on les écoute, parce qu'ils ont des choses à dire et à partager », conclut-elle.

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