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Trop de festivals de musique, pas assez d'oreilles

Dans les derniers jours, deux festivals musicaux bien ancrés dans leurs communautés régionales ont décidé de déclarer forfait, notamment par manque de ressources. Selon plusieurs observateurs de la scène musicale, les disparitions du Festival de l'Outaouais émergent (FOE) et du Coup de grâce de St-Prime seraient annonciateurs de la saturation du marché des festivals musicaux.

Un texte de Julien Morissette à la balado Labrosse-Wellington

Le FOE présentera une ultime édition en août 2017 avec We Are Wolves, La Bronze et KROY, lui permettant de faire ses adieux au public, aux bénévoles et aux artistes de l’Outaouais.

Vous m’excuserez de passer rapidement à l’autopsie du « presque défunt », mais cette nouvelle n’a rien de rassurant pour la scène culturelle dans les régions. Avec la lente agonie du festival Buckingham en fête et la disparition de Musiqu’en Nous, dans la Petite-Nation, il semblerait que nous ayons atteint un point de saturation.

« Le domaine des festivals c’est beaucoup plus difficile que ce que les gens peuvent s’imaginer », m’a avoué Alex Martel, le fondateur du Rockfest de Montebello. Ce dernier croit que pour avoir du succès, un festival doit se distinguer par sa programmation et par l’expérience ou l’ambiance qu’il offre aux festivaliers. Cela dit, le Montebellois reconnaît que la vente de billets demeure un éternel défi.

Cette saturation apporte son lot de complications, entre autres pour séduire le public, mais aussi pour obtenir des subventions. Actif dans l’industrie des événements et festivals depuis 1998, le directeur artistique Alain St-Jean a vu la situation évoluer. « On n’a pas nécessairement moins de budget aujourd’hui qu’on en avait pour les événements il y a 15 ans, mais l’offre est pas mal plus grande », explique-t-il. « Il faut maintenant diviser ces sommes et aller chercher plus d’argent auprès des commanditaires, qui sont aussi épuisés. »

La loi du marché

J’aurais été porté à croire que cette multiplication des festivals représente une bonne nouvelle pour notre scène culturelle, mais j’ai sans doute surestimé l’intérêt des habitants de la région. À Labrosse-Wellington, nous avions déjà abordé la question du renouvellement des publics dans les salles de spectacles en Outaouais. Les diffuseurs nous avaient alors avoué qu’il était de plus en plus difficile de convaincre le public de se déplacer pour assister à des manifestations culturelles, un constat qui s’applique aux festivals.

Emmanuel Savard-Dimanche, cofondateur et administrateur du FOE, croit que le temps était venu de se poser des questions sur la place et la pertinence d’un tel festival. Selon lui, son organisation doit essayer de comprendre ce que recherchent ses concitoyens. Emmanuel reconnaît que l’offre culturelle surpasse l’intérêt du public.

Comment survivre?

Malgré la disparition d’événements plus modestes, une chose est claire : les festivals de plus grande envergure ont encore leur place dans l’écosystème culturel. Au Regroupement international des événements majeurs (REMI), un organisme qui rassemble la plupart des grands événements culturels, sportifs et de divertissement au Québec, on se réjouit de l’engouement mondial pour les festivals.

Lorsque nous avons demandé à M. Roy ce qui assure le succès des événements majeurs membres du REMI (ex. : le Festival des montgolfières de Gatineau et le Rockfest de Montebello), le PDG de l’organisme souligne l’importance du « produit ». Selon lui, la programmation et l’expérience données aux festivaliers sont à la base d’une réussite, en plus du souci constant de se renouveler.

Le directeur artistique Alain St-Jean est du même avis : « Le festival est une business à la base. Il faut se demander ce qu’on peut offrir au client qui va faire en sorte qu’il va revenir et que ce sera pas du copier-coller d’une année à l’autre. Il faut se réinventer. »

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