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Trop peu de services en français pour les victimes d'agressions sexuelles à Ottawa

Le Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) francophone d'Ottawa lance un cri du coeur. Ses intervenantes dénoncent le peu de services en français pour les victimes d'agressions sexuelles à Ottawa.

Un texte de Florence Ngué-No

Selon les intervenantes qui aident quotidiennement des femmes ayant subi des violences sexuelles, les défis sont tels en matière de services en français que certaines victimes se découragent et renoncent à porter plainte au Service de police d'Ottawa (SPO) ou à se faire examiner à l'Hôpital d'Ottawa.

Déjà, le CALACS francophone d'Ottawa souligne que seulement 5 % des victimes canadiennes rapportent une agression sexuelle, selon une enquête de 2014 de Statistiques Canada. La barrière de la langue ajoute à la détresse et au traumatisme, estime la coordonnatrice d'intervention au CALACS, Michelle Petersen.

« Si, lors d'un premier contact, la personne qui s'adresse à moi ne parle pas ma langue, ce n'est pas certain que je vais me sentir à l'aise pour me confier à elle et raconter mon histoire », a soutenu Mme Petersen en entrevue à Radio-Canada.

Agressée sexuellement à l'adolescence, Mme Petersen aurait aimé bénéficier d'aide et de soutien en français. C'est ce qui l'a motivée à devenir intervenante au CALACS pour aider des victimes dans leur langue maternelle.

Une situation préoccupante

Le fait de ne pas avoir accès à de l'aide en français après une agression sexuelle rend les démarches de dépôt de plainte et d'examen médical beaucoup plus difficiles, selon la gestionnaire de l'organisme, Josée Guindon.

« Lorsqu'une femme est victime d'agression sexuelle et qu'elle décide de se présenter, par exemple, au Service de police d'Ottawa ou à l'Hôpital d'Ottawa, déjà, c'est difficile de prendre cette décision-là [...] Si on ajoute à ça le fait de réclamer un service en français, parce qu'il n'y a pas d'offre active, on ajoute une couche de difficulté », a-t-elle estimé.

Des services en français qui laissent à désirer au SPO

Selon Josée Guindon, la situation est particulièrement problématique au SPO.

« Le plus extrême, c'est une femme qui nous raconte qu'elle s'est présentée au poste de police, qu'elle a demandé un service en français et qu'il n'y a pas eu de service en français. Elle a viré de bord et elle est sortie du poste de police, donc elle a abandonné sa poursuite, son droit de déposer une plainte », a raconté Mme Guindon.

Du côté de la police, on assure qu'on répond aux besoins. « Nos agents de police ont un bon niveau de français, ils sont bilingues et nous sommes capables d'aider les victimes dans cette langue si c'est celle qui est choisie », s'est défendu l'inspecteur du SPO Jamie Dunlop.

Il reconnaît néanmoins que les personnes qui viennent faire une déposition en français « doivent parfois » attendre davantage que celles qui demandent à être servies en anglais, certains jours de la semaine.

L'Hôpital d'Ottawa visé par trois plaintes

Les intervenantes déplorent que l'Hôpital d'Ottawa soit le seul établissement de santé de la ville à disposer d'un service d'aide aux victimes d'agressions sexuelles et à pouvoir réaliser des trousses médicolégales pour les adultes, puisque le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario prend en charge les enfants victimes d'abus sexuels.

« Le souhait, c'est qu'il y ait de gros changements. En tant que francophone, j'aimerais avoir accès à un hôpital francophone pour recevoir des services en français », a précisé Mme Petersen.

L'Hôpital d'Ottawa a décliné nos demandes d'entrevue, mais dans un courriel, la responsable des communications écrit que le personnel du Programme de soins aux victimes d'agressions sexuelles s'assure de traiter chaque patient de manière appropriée en tenant compte de ses besoins culturels, linguistiques et psychologiques.

Pourtant, au cours des six derniers mois, le Commissariat aux services en français de l'Ontario a reçu au moins trois plaintes dirigées contre l'Hôpital d'Ottawa.

« C'est une situation nouvelle dans la mesure où ce sont des plaintes qui concernent des individus. Avant, on avait des plaintes à un niveau systémique, mais les trois de l'Hôpital d'Ottawa ce sont les plus intéressantes, les plus importantes, parce qu'on parle de personnes victimes d'agressions sexuelles », a souligné le commissaire, François Boileau. « Ce sont des plaintes que nous traitons avec beaucoup d'intérêt. »

« Depuis l'an dernier, on a peut-être déposé 10 plaintes au Commissariat aux services en français. Mais ce chiffre-là ne représente pas l'ensemble des cas au cours desquels les victimes n'ont pas eu accès à un service en français », a précisé Mme Guindon.

Malgré tout, les intervenantes du CALACS ne baissent pas les bras.

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