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Un médecin de Gatineau aurait giflé et menacé de mort une patiente

Un omnipraticien du Centre de santé et des services sociaux (CISSS) de l'Outaouais comparaît à Gatineau, de mercredi à vendredi, devant le conseil de discipline du Collège des médecins du Québec. Il s'agit du docteur Luc-Philippe Lacroix. On lui reproche d'avoir manqué gravement à son devoir de comportement exemplaire envers une patiente vulnérable.

Un texte de Pascale-Marie Dufour

C'est la directrice des services professionnels de l'ancien Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) qui a alerté le Collège des médecins, après avoir pris connaissance de rapports rédigés par différents employés de l'urgence de Gatineau, à la suite d'un incident.

Selon le syndic du Collège des médecins, qui a témoigné mercredi matin, la directrice était fort préoccupée par le comportement du docteur Lacroix.

Les faits reprochés

Le 31 janvier 2015, en début d'après-midi, une femme se présente à l'urgence de l'hôpital de Gatineau. Elle est séropositive, porteuse du virus de l'hépatite C, et fortement intoxiquée par l'alcool et la drogue.

Le personnel médical connaît bien cette femme vulnérable, en raison de ses nombreuses visites à l'urgence.

La patiente est agitée, agressive, menaçante et suicidaire.

Placée en observation, elle avale une douzaine de pilules par provocation devant un infirmier. Le code blanc est alors lancé : le personnel cherche à placer la patiente sous contention pour sa sécurité et celle de l'équipe médicale.

La femme se débat et crache au visage du docteur Luc-Philippe Lacroix.

Celui-ci se serait alors emporté. Selon les témoins, il aurait giflé à deux reprises la patiente et l'aurait insultée. Il lui aurait également déclaré que s'il devait être contaminé par sa salive, elle n'aurait plus besoin de pilules pour mourir.

Gardiens et infirmiers ont été estomaqués devant une telle réaction.

Ainsi, un gardien de sécurité rapporte avoir vu le médecin tirer les cheveux de la patiente pour la forcer à se coucher sur la civière de contention.

De son côté, un infirmier, Jean-Denis Lafontaine, a raconté mercredi que l'urgence reçoit fréquemment des patients agités et menaçants, mais qu'il n'avait jamais vu en plus de 20 ans de métier un professionnel de la santé réagir ainsi.

Il a ajouté qu'un équipement pour se prémunir contre tout risque de contamination est à la disposition du personnel médical de l'urgence.

L'enquêteur témoigne

Louis-Philippe Prévost, qui a fait l'enquête pour le Collège des médecins, reconnaît quant à lui avoir été très troublé par cet événement, à première vue choquant. Il estime que ces gestes sont graves et pourraient engendrer une mesure disciplinaire.

Il note cependant que l'incident a aussi été stressant pour le docteur Lacroix.

Par la suite, le docteur Luc-Philippe Lacroix a dû se soumettre à des traitements préventifs pour diminuer les risques de contamination par le VIH ou l'hépatite C.

Lorsqu'il a rencontré l'enquêteur, le médecin a dit regretter la tournure des événements. Il a reconnu avoir perdu les pédales, mais nie catégoriquement avoir giflé la patiente.

L'enquêteur, qui est également médecin, a expliqué au comité de discipline que le travail à l'urgence comporte des risques. Il a ainsi vu au fil de sa carrière des collègues être contaminés. Ce sont des événements malheureux, dit-il, mais qui sont des risques inhérents à la profession.

D'autres démêlés

L'omnipraticien Luc-Philippe Lacroix n'en est pas à ses premiers démêlés avec les autorités en santé.

Le mois dernier, il a été réprimandé par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais pour un problème de comportement envers un travailleur de l'hôpital. Le CISSS de l'Outaouais a tenu à préciser que jamais ses compétences professionnelles n'ont été mises en cause.

Le docteur Lacroix a aussi comparu devant le comité de discipline interne de l'hôpital de Gatineau pour deux autres événements, qui seraient survenus il y a quelques années.

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