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Un nouveau centre de prévention des surdoses non autorisé s'installe à Ottawa

L'organisation Prévention Surdose Ottawa imite des groupes de Vancouver et de Toronto et ouvrira un centre de prévention des surdoses dans la capitale nationale, même s'il n'est cautionné par aucun organisme officiel.

Dans un point de presse jeudi, les organisateurs ont expliqué qu'une tente sera installée pour accueillir des usagers de drogues illicites qui souhaitent consommer par injection de façon sécuritaire.

L'une des instigatrices du projet, Marilou Gagnon, soutient qu'une telle installation est nécessaire pour assurer une consommation sécuritaire.

Selon elle, pour prévenir les surdoses, il est recommandé de ne pas consommer seul et d'avoir accès à de la naloxone, ce puissant antidote qui neutralise temporairement les effets d'une surdose d'opioïdes.

Or, dit-elle, il n'y a présentement aucun lieu offert pour cela à Ottawa, si bien que les consommateurs ne peuvent pas s'administrer de la naloxone s'ils subissent une surdose.

« Ce qu'on veut offrir aux gens, c'est un espace sécuritaire pour venir s'injecter. Si jamais ils font une surdose, on peut leur administrer de la naloxone. C'est tout ce qu'on veut faire, on veut sauver des vies », affirme Mme Gagnon, qui est aussi professeure agrégée à l'Université d'Ottawa.

Ce groupe d'Ottawa s'inspire de certains groupes qui ont installé 24 de ces centres en Colombie-Britannique et un à Toronto. Ce dernier est ouvert depuis un peu moins de deux semaines.

Mme Gagnon affirme qu'au moins quatre personnes par jour se rendent à l'urgence à Ottawa en raison d'une surdose, et ce serait sans compter celles qui ne vont pas à l'urgence, par peur du système de santé ou encore parce qu'elles craignent les policiers.

« [C'est] vraiment une crise importante, mais il n'y a absolument pas de réponse sur le terrain. On ne fait pas grand-chose pour sauver des vies, alors c'est ce qu'on fait », affirme Mme Gagnon.

Inquiétudes multiples

L'organisme n'a pas approché la Ville ni les autorités policières pour lancer son centre, puisqu'il « ne cherche pas leur permission nécessairement ».

Marilou Gagnon affirme qu'un tel centre est impératif « pour sauver des vies » et que le processus en cours pour ouvrir un centre d'injection supervisé démontre que cela « prend beaucoup trop de temps, d'argent » et « qu'il y a beaucoup trop de bureaucratie d'impliquée ».

C'est une bureaucratie qui est toutefois nécessaire, selon le conseiller municipal Rick Chiarelli.

« Il y a des lois en place et il faut les suivre pour s'assurer que toutes les précautions sont prises. Si ce projet va de l'avant, qui sera tenu responsable si quelqu'un décède? Il faut résoudre cette question avant de faire quoi que ce soit », tranche l'élu.

Même son de cloche du côté du maire d'Ottawa, Jim Watson, qui précise que Santé publique Ottawa a contacté Prévention Surdose Ottawa à ce sujet.

Le directeur exécutif du Centre de santé communautaire Côte-de-Sable, David Gibson, est lui aussi réticent face à l'ouverture de ce centre.

« Ma crainte, c'est de ne pas savoir s'ils ont les ressources et l'expérience nécessaires si [une surdose] devait arriver », soulève le directeur exécutif du Centre de santé communautaire Côte-de-Sable, David Gibson.

Un centre d'injection supervisée à Ottawa doit en principe ouvrir ses portes en septembre dans le quartier Côte-de-Sable.

« Ce n'est toujours pas ouvert et nous, on ne peut tout simplement pas se permettre d'attendre », a répliqué Mme Gagnon.

D'après un reportage de Guillaume Dumont

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