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Une contre-proposition citoyenne au projet des tours de Brigil

Une architecte de la région propose une solution de rechange au projet Place des peuples de Brigil, au centre-ville de Gatineau. En respectant les mêmes balises que le projet de Gilles Desjardins et les limites imposées par le Plan particulier d'urbanisme (PPU) de la Ville, Sophie Lamothe croit que son projet, qui comprend une quinzaine d'édifices, permettra une densification plus douce et plus diversifiée sur l'Île-de-Hull.

Un texte de Jean-François Chevrier

Questions-réponses avec Sophie Lamothe, de la firme A4 Architecture+Design, basée à Gatineau 

1. Comment est né ce projet bénévole et quelle était la ligne directrice?

SL: À l'hiver dernier, l'Association des résidents de l'Île-de-Hull (ARIH) a contacté la firme A4 Architecture+Design, afin de discuter de solutions de rechange au projet Place des Peuples. Après quelques discussions, et en voyant la quantité de travail devant nous, j'ai proposé de contacter mon ancien professeur de l'Université Carleton, afin de pouvoir effectuer une « charrette » avec ses étudiants (en architecture, une « charrette » est une courte et intense période de travail.) Finalement, j'ai pu travailler avec deux étudiants pendant près de six semaines, afin de développer cette contre-proposition. Notre projet est une réaction aux tours de Brigil, un projet plutôt polémique et fortement médiatisé qui diverge des règles du PPU. Nous proposons une solution de rechange en utilisant le même programme (restaurants, résidences, hôtels, commerces et bureaux) et les mêmes superficies (pour un total de 2,6 millions de pieds carrés) en respectant le PPU. Depuis, le projet a évolué et le sujet s'est élargi vers le développement urbain global de l'Île-de-Hull.

2. Quelles sont les particularités de l'Île-de-Hull?

L'Île-de-Hul se définit principalement par son uniformité et sa monotonie, une conséquence de trois périodes de développement urbain, qui ont marqué l'histoire du centre-ville :

  1. la période industrielle
  2. la construction des immeubles de bureaux
  3. la construction des immeubles en copropriété

3. Pourquoi avez-vous favorisé un projet qui compte différents édifices?

Une diversification comporte de nombreux avantages :

  1. la création de plusieurs bâtiments limite le développement spéculatif, qui est très sensible aux flux économiques
  2. la diversité permet de favoriser plusieurs types de développements, autant au niveau de l'usage que de la taille. Cela permet donc de favoriser les commerces de proximité
  3. la diversité permet d'être inclusif. Ainsi, les familles sont favorisées, puisque les logements seront plus abordables
  4. différents pôles d'intérêt sont créés, contrairement à la création d'un seul centre d'intérêt
  5. une échelle humaine est respectée, ce qui favorise la qualité de vie des occupants
  6. cette diversité peut créer une ville vivante et redonner le goût aux citoyens de « vivre la ville »

4. Votre projet compte-t-il des commerces de proximité?

Le projet se devait de laisser place aux commerces de proximité, car l'Île-de-Hull en compte un nombre très limité. Afin de créer un centre-ville durable, plus de commerces de proximité doivent être présents sur l'île. De cette façon, la mobilité des résidents serait favorisée et par conséquent, leur qualité de vie aussi.

5. Y a-t-il d'autres villes qui vous ont inspirés dans votre réalisation?

Plusieurs, entre autres Copenhague, Lyon et Paris. Ces trois villes ont en commun un changement de vision relativement radical des décideurs envers le centre-ville. Chacune des Municipalités a été accompagnée d'un plan encadrant les nouvelles constructions, afin de contrôler et de guider le développement.

6. Quels seraient les défis d'une réalisation comme celle que vous présentez?

À mon avis, les défis sont liés à une ouverture d'esprit de tout le monde, autant des décideurs que des résidents. Il faut changer la manière dont la ville est aménagée. Il faut penser la ville autrement. Par contre, il est naturel pour l'humain d'être réticent au changement! Ainsi, selon moi, la solution doit venir des décideurs, qui doivent avoir une vision et un plan défini pour une ville durable.

De son côté, 'Association des résidents de l'Île-de-Hull qualifie de « très positive » la proposition et juge que celle-ci est à la fois énergique et créative.

Rappelons que c'est l'Association des résidentes et résidents et de l'Île-de-Hull, qui a contacté la firme A4 Architecture+Design l'hiver dernier, pour trouver un projet de rechange à la Place des peuples.

Le président de Brigil, Gilles Desjardins, a quant à lui préféré ne pas nous accorder d'entrevue enregistrée.

Mais il dit voir dans cette contre-proposition un ajout intéressant au projet de Place des peuples, plutôt qu'une solution de rechange.

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