Retour

Une « guerre » des boîtes de dons en Outaouais

La police de Gatineau enquête maintenant sur le vol, en 48 heures, de sept bacs de dons appartenant à deux organismes de charité, soit Grands frères grandes sœurs de l'Outaouais et les Comptoirs Saint-Vincent de Paul.

Pour le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), il s’agit encore pour l’instant d’un mystère. Selon les policiers, des vols de bacs de telle dimension sont extrêmement rares et les voleurs doivent être bien organisés compte tenu du poids des bacs.

« C'est tout à fait inhabituel comme vol », a déclaré le porte-parole du SPVG, Jean-Paul Le May. « On est à colliger l'information dans ces différents dossiers de vol pour voir s'il y a des liens à faire. »

Une vidéo de surveillance d’un dépanneur sur la rue Belmont, obtenue par CBC, montre deux hommes volant l’un de ces bacs en le rentrant dans un camion de l’entreprise de location Budget.

Le SPVG appelle la population à composer le 911 si elle est témoin d'activités suspectes près de bacs de dons.

Une grande perte pour les organismes

Pour Grands frères grandes soeurs, ces vols représentent des pertes de plus de 100 000 $. Les dons dans ces 30 bacs que possède l'organisme sont entre autres des vêtements, des jouets pour la Fête de Noël annuelle, des accessoires de cuisine, des décorations et d’autres articles qui sont revendus pour financer des activités de mentorat envers des enfants.

La directrice générale de l'organisme, Yvonne Dubé, trouve très louche qu'une cinquantaine de bacs de dons similaires aux siens, mais arborant d'autres noms, soient apparus il y a environ trois semaines un peu partout en Outaouais.

« [Le lendemain du vol de] nos trois bacs au métro Kelly, lorsque mon camionneur était là en train d’attendre les policiers, il a remarqué qu’un de ces fameux bacs-là avait apparu juste de l’autre côté de la rue. Est-ce que c’est une coïncidence? Ils apparaissent où ils volent nos bacs », a-t-elle souligné.

Le président de l'organisme Saint-Vincent de Paul en Outaouais, Alain Talbot, estime de son côté les pertes à environ 7000 $ et constate avec inquiétude le phénomène d'apparition de nouveaux bacs aux quatre coins de la ville.

« C'est la première fois qu'on voit ça. On est envahis par un paquet de boîtes, on ne sait pas d'où elles viennent et quand on s'informe, on n'est pas capable de savoir exactement qui est derrière ça », a-t-il déploré.

Plusieurs de ces boîtes n'appartiennent pas à des organismes de charité et n'ont pas reçu d'autorisation pour être à l'emplacement où ils se trouvent. Le propriétaire du Provigo Mont-bleu, Cédric Grenon, déplore l'apparition d'une boîte de la société par actions basée à Laval, Éco-Recyclage Inc., sur son terrain il y a quelques semaines.

« On voulait savoir si c’était une organisation charitable et à ce qu’on peut voir, ils ne retournent pas nos appels. C'est problématique à ce point-ci », a estimé M. Grenon.

Mme Dubé parle maintenant d'une « guerre » des boîtes de dons.

La directrice de l'organisme a donc décidé de se faire justice elle-même. Elle a remorqué jeudi trois boîtes d'Éco-Recyclage Inc. et les a déposées sur un terrain adjacent à son bureau, dans l'espoir de faire la lumière sur les propriétaires de ces boîtes.

« Ce que je crains, c'est de me mettre dans le trouble. Ce que je crains, si je ne le fais pas, c'est que mon organisme va fermer ses portes », a-t-elle justifié.

Contactée par Radio-Canada, Éco-Recyclage Inc. a indiqué avoir parlé avec M. Grenon jeudi et s'être entendu pour « ramasser » la boîte qui se trouve sur le terrain du Provigo. Selon la personne ayant répondu au téléphone de l'entreprise, cette dernière recycle des textiles, qui seraient à la fois revendus à des entreprises privées et fournis à des organismes à but non lucratif.

Une règlementation souhaitée

En ce moment, il n'existe pas de règlementation municipale qui encadre l'usage de ces bacs de dons. La conseillère du district du Parc-de-la-Montagne-Saint-Raymond, Louise Boudrias a indiqué que du travail avait été amorcé à la Ville de Gatineau pour enquêter sur le nombre de boîtes, leurs propriétaires et les bénéficiaires de ces dons.

« Ce que je veux, c'est à partir de ça, avoir une règlementation qui détermine les emplacements [permis], un protocole d'entente avec des organismes, parce qu'il faut que l'argent qui est récolté de cette activité-là soit absolument pour des citoyens de Gatineau », a-t-elle plaidé.

Mme Boudrias dit être en train de rédiger une résolution afin de la déposer rapidement au conseil municipal.

Avec les informations de Dominique Degré et Amanda Pfeffer

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine