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Une marche conviviale et revendicatrice pour les personnes trans à Ottawa

Même si la semaine de la Fierté dans la capitale se veut festive, c'est pour des revendications plus sérieuses que des militants appuyant la cause des personnes transgenres et bispirituelles se sont rassemblés à Ottawa vendredi soir.

Un texte de Dominique Degré

C’est un peu plus d’une centaine de personnes qui se sont donné rendez-vous au parc McNabb, à l’angle des avenues Bronson et Gladstone, pour une marche dédiée aux revendications des communautés trans, bispirituelles et non conformes dans le genre vers 19 h vendredi.

Il s’agit de la seconde marche du genre pendant la Fierté dans la capitale, selon Cayce Ainsworth, qui a coorganisé l’événement.

Malgré la nature revendicatrice de ce rassemblement, le climat était chaleureux alors que des familles avec de jeunes enfants et des aînés se mêlaient à la foule de manifestants qui brandissaient drapeaux et pancartes.

Si la semaine de la Fierté est dédiée aux personnes LGBT, les membres de la communauté trans estiment avoir besoin d’un espace qui leur est propre afin de s’exprimer et de s’affirmer.

« C’est l’un des seuls espaces durant la Fierté qui est uniquement pour [les personnes trans] et qui nous permet d’être nous-mêmes. Ce n’est pas corporatif, ce n’est pas une fête. Pour la communauté trans, qui a été très marginalisée [...], ce genre d’événements sont capitaux », fait valoir Cayce Ainsworth.

Cayce Ainsworth, qui ne s’identifie pas comme homme ou femme, fait également remarquer que même au sein de la communauté LGBT, les personnes transgenres sont souvent discriminées.

Marginalisation multiple

Cette marginalisation est particulièrement ressentie chez les personnes trans issues de minorités culturelles et autochtones. C'est un phénomène que l’on appelle l’intersectionnalité.

« C’est important dans une semaine comme celle-ci qu’on reconnaisse les luttes et qu’on organise des événements de cette façon. Il y a beaucoup de besoins dans notre communauté présentement, et même si on s’amuse durant la Fierté, c’est avant tout une manière de s’attaquer et de dénoncer les structures d’oppression », explique Keya Prempeh, une militante transgenre noire.

Le constat est le même pour les personnes bispirituelles, soit les Autochtones qui ne s’identifient pas aux genres traditionnels, comme Alex Ray Wolf.

« On se fait beaucoup juger [parce que nous sommes Autochtones]. [...] Nous voulons rappeler [aux colonisateurs] que nous sommes bispirituels et que nous avons le droit d’être à la fois homme et femme », souligne le jeune homme dont les parents sont Mohawk et Algonquin.

Une marche encore longue

Même si les manifestants ne parcouraient que quelques kilomètres vendredi soir, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour l’égalité des personnes trans.

L’accès au logement, à l’éducation, aux soins de santé adaptés et à un emploi demeure difficile, selon les personnes rencontrées lors de la marche.

C’est ce que Keya Pempreh qualifie de cercle vicieux, car un accès plus restreint au travail ou à un logement mène bien souvent à des problèmes de santé, de précarité sociale et de consommation de drogue ou d’alcool.

Susan Bapka, une militante trans venue de Toronto pour l’occasion, a d’ailleurs été prise dans ce cercle vicieux pendant longtemps.

« Je suis sortie du placard vers l’âge de 40 ans. Ma vie n’a pas été facile. J’avais des problèmes de drogue et d’alcool et j’ai vécu dans la rue à Toronto pendant 10 ans. Mais quand j’ai commencé à avoir du soutien, j’ai pu accepter que je voulais vivre comme une femme », relate-t-elle.

Pour Mme Gapka et beaucoup de militants réunis vendredi, la solution à ces problèmes passe avant tout par la protection des droits humains, comme le prévoit entre autres le projet de loi C-16 adopté le 15 juin dernier.

Même s’ils saluent cette initiative, ils reconnaissent qu’il reste encore bien du travail à faire pour faire avancer leurs droits.

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