Retour

Une Ottavienne voyage au cœur de l’homophobie

Kaitlin Bardswich a voyagé pendant un an et demi dans plus de 25 pays hostiles à une partie de ce qu'elle est, c'est-à-dire lesbienne.

Un texte de Roxane LéouzonLa résidente d’Ottawa a rencontré des militants LGBT dans des endroits où il est dangereux, voire illégal, d’afficher son homosexualité ou une expression de genre hors normes. Elle veut maintenant sensibiliser les Canadiens à la réalité de ceux qui ne peuvent pas, comme elle, rentrer chez eux et être en sécurité.

« La personne qui m’a le plus marquée est un activiste LGBT, un homme gai du Bangladesh. Son nom est Xulhaz Mannan. Il a été très accueillant, il m’a invité à son appartement. Il parlait de l’organisme qu’il a fondé », a raconté Mme Bardswich.

M. Mannan a aussi parlé d’une rumeur selon laquelle une liste circulait parmi les cercles extrémistes, une liste de noms d’activistes gais à assassiner. Il a prédit que son nom était sur la liste.

« Il m’a expliqué que cette haine des personnes homosexuelles unit les extrémistes de plusieurs religions : des chrétiens, des musulmans, des hindous », a rapporté Mme Bardswich.

Quelques mois plus tard, en regardant un reportage de la BBC, la voyageuse a appris que M. Mannan avait été tué.

« Lui et un de ses amis ont été poignardés à mort par plusieurs hommes dans le même appartement où je l’avais interviewé. C’était très difficile », s’est rappelée Mme Bardswich.

Vivre dans la peur

L’histoire de M. Mannan n’est malheureusement pas unique. La plupart des activistes qu’elle a rencontrés dans ces pays vivent dans la peur.

« Ils craignent que leur famille découvre leur orientation sexuelle et les expulse de leur maison. Ils souffrent de brutalité policière, de menaces. Dans des cas extrêmes, ils ont peur d’être battus, envoyés en prison ou tués », a-t-elle résumé.

Pour sa propre sécurité, Mme Bardswich a d’ailleurs caché son orientation sexuelle.

« C’était parfois difficile pour moi de faire semblant d’être hétérosexuelle, mais j’avais le privilège d’être une citoyenne canadienne et de pouvoir entrer et sortir de ces pays, alors que ce n’est pas facile pour les gens de ces pays de venir au Canada », a-t-elle reconnu.

Dans presque chaque pays qu’elle a visité, on lui demandait comment immigrer au Canada et de l’aide pour entamer les démarches.

« La plupart des gens veulent rester dans leur pays, avec leur culture, leur famille, leurs amis. Mais quand ça devient presque impossible pour eux d’y survivre, ils veulent immigrer », a constaté Mme Bardswich.

De l’aide canadienne

Selon la jeune femme, le Canada fait du bon travail pour accueillir des réfugiés LGBT, mais il pourrait faire plus.

« Un militant ougandais a récemment écrit un article dans le Guardian pour dire que les personnes LGBT en Ouganda ont besoin de soutien international, parce que leur événement de la fierté a été annulé cet été en raison d’enjeux de sécurité. Ce n’est qu’un exemple. Du soutien international est nécessaire partout », a-t-elle jugé.

De retour depuis environ un an et travaillant comme coordonnatrice aux communications pour des refuges pour femmes d’Ottawa, Mme Bardswich écrit maintenant un livre pour faire connaître toutes ces histoires aux Canadiens. Elle a aussi livré des conférences, notamment lors des festivités de Fierté dans la capitale, le week-end dernier. Elle espère que cela poussera ses compatriotes à être solidaires envers les personnes LGBT du monde entier.

Plus d'articles

Commentaires