Retour

Une solution possible aux problèmes causés par Phénix existerait déjà à l’Agence du revenu du Canada

Selon l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) et le Syndicat des employé-e-s de l'impôt (SEI), il y aurait déjà un système alternatif qui permettrait de remédier aux problèmes engendrés par Phénix aux employés de l'Agence du revenu du Canada (ARC). Cette solution comporte toutefois certaines lacunes, selon les syndicats, qui représentent 40 000 fonctionnaires de l'ARC.

Un texte de Dominique Degré, avec la collaboration de Jean-Sébastien Marier

Selon le vice-président de l’IPFPC, Stéphane Aubry, des dirigeants de l’ARC auraient commandé une étude pour savoir s’il était possible d’adapter le système administratif d’entreprise (SAE) déjà existant pour l’étendre au versement des paies des employés.

Le SAE sert à faire des calculs sur les opérations courantes de l’ARC, comme la facturation des clients de l’Agence, mais il est aussi utilisé pour calculer les paies des fonctionnaires.

« Ce système-là ne se rend pas jusqu’à l’étape de payer les employés », explique M. Aubry. « Les données sont actuellement transmises au système Phénix, qui lui s’occupe de faire le paiement dans le compte de banque. »

Toujours selon Stéphane Aubry, il faudrait adapter le SAE pour qu’il puisse accomplir la dernière étape de versement dans les comptes des employés. « L’Agence du revenu aurait les capacités [...] de pouvoir émettre les chèques de paie directement aux employés », souligne le vice-président de l’IPFPC.

Dans une entrevue téléphonique, le président national du SEI, Marc Brière, a expliqué que de transformer le SAE en système de paie à part entière pourrait être moins coûteux et plus rapide que de repartir de zéro.

Rappelons que dans son budget 2018, le gouvernement fédéral a annoncé des fonds supplémentaires de 16 millions de dollars sur 2 ans à compter de la prochaine année financière, en vue de trouver une solution aux déboires du système Phénix.

Délais et questionnements

La conversion du SAE ne représenterait toutefois pas une solution miracle pour l'ensemble du gouvernement fédéral pour régler tous les maux de tête causés par Phénix.

« Ce n’est pas un système qui est fait pour avoir des entrées de données venant d’autres ministères et d’autres agences de sources externes pour ensuite faire la paie », nuance Stéphane Aubry.

La seule autre agence fédérale qui pourrait imiter l’ARC serait l’Agence des services frontaliers du Canada, qui utilise également une version du SAE, a indiqué M. Brière.

Qui plus est, la migration vers le SAE nécessite aussi le feu vert du gouvernement fédéral, ce que l’Agence du revenu n’a toujours pas obtenu.

Et même si le gouvernement donnait son aval, difficile de dire combien de temps prendrait l'implantation subséquente du nouveau système, croit Marc Brière, même si Stéphane Aubry estime que la transition prendrait de six à neuf mois.

Pas une solution dans l'immédiat, répond l'ARC

Dans un courriel à Radio-Canada, jeudi après-midi, un représentant de l'ARC a indiqué que la conversion du SAE en un système de paye n'est pas la solution préconisée.

« Compte tenu de la complexité de la relation entre l’application de la paye et les nombreuses interfaces (plus de 30) nécessaires à l’échelle de tout le gouvernement du Canada, les SAE ne peuvent pas être utilisés de façon opérationnelle comme système de paye dans les délais que sous-entend l'Institut professionnel de la fonction publique du Canada », a écrit Karl Lavoie.

Il a affirmé que l'ARC travaille de près avec les autres départements fédéraux et les syndicats afin de « minimiser les répercussions financières de Phénix » pour les employés de la fonction publique.

Avec les informations de Pascal Charlebois

Plus d'articles