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Université franco-ontarienne : les attentes de celles et ceux qui militent

Le gouvernement ontarien doit faire une annonce la semaine prochaine au sujet des études postsecondaires en français dans la province. Plusieurs espèrent que la création d'une université franco-ontarienne approche.

Un texte de Sophie Hautcoeur avec des informations de Julie-Anne Lamoureux

Nicole Desnoyers est étudiante à l'Université d'Ottawa en sociologie et études autochtones. Elle est aussi organisatrice à la section Nord Ontario de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants et milite depuis plusieurs années pour la création d'une université francophone dans le centre-sud-ouest de l'Ontario. Elle se dit optimiste à l'approche de l'annonce du gouvernement.

Du choix et des ressources

« Idéalement j'aimerais entendre qu'on va avoir une université physique avec des cours en personne, avec des profs. [...] J'espère qu'une université francophone ce n'est pas juste une université avec deux ou trois programmes, mais vraiment avec une gamme complète de facultés et de programmes et d'options et de choix pour nos étudiants. »

Garder les bourses

« Il y a un grand nombre de bourses dû au fait qu'il n'y avait pas beaucoup d'accessibilité ou pas beaucoup de choix pour étudier en français et ça force souvent nos étudiants à se déplacer de très très loin de leur communauté pour aller étudier. Alors j'espère que l'ajout d'une nouvelle option pour les étudiants francophones ne va pas être une excuse pour enlever des bourses ou du financement. »

Alain Dupuis est un ancien directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). Il est impatient de voir ce que le gouvernement annoncera la semaine prochaine.

Une première étape

Selon Alain Dupuis, le modèle idéal souhaité par la communauté franco-ontarienne serait une université francophone qui fédèrerait les programmes existants, qui serait gérée par la communauté en ce qui a trait aux programmes, au financement et à la vie universitaire.

« Est-ce que cette première étape qui sera vraisemblablement un campus, une université avec un premier campus à Toronto. Est-ce qu'on va lui donner les ailes nécessaires pour qu'on puisse atteindre cette vision provinciale-là? », s'interroge-t-il.

Daniel Cayen, un fonctionnaire à la retraite, a milité dans les années 1970 pour une université de langue française en Ontario alors qu'il était étudiant à l'Université Laurentienne. « Il y avait un éveil. On écoutait du Paul Piché et il y avait vraiment du militantisme canadien-français, franco-ontarien et tout ça à travers le Canada français donc on était optimistes, mais peut-être que c'était des folies de jeunesse », raconte-t-il.

Une déception anticipée

S'il estime que les membres du conseil de planification pour une université de langue française qui est présidé par Dyane Adam sont qualifiés, c'est le mandat qui leur a été confié qu'il remet en question. « Le mandat était trop limité », affirme-t-il.

Le mandat aurait dû être d'étudier l'éducation universitaire de langue française à travers la province, de regarder si les universités bilingues fonctionnent vraiment bien comme elles devraient le faire. »

Une université provinciale

Depuis la fin des années 1970, il milite donc pour une université « fédérée panprovinciale » afin d'avoir une offre de programmes et un nombre d'étudiants suffisants. Il s'attend tout de même à ce que l'annonce du gouvernement soit un pas en avant.

« Il va y avoir une université de langue française gouvernée par et pour les Franco-Ontariens, mais ce sera très limité et ça va diviser davantage les effectifs franco-ontariens », dit-il.

Serge Miville est professeur d'histoire à l'Université Laurentienne et chaire de recherche en histoire de l'Ontario français. Il a aussi étudié à l'Université d'Ottawa et a donc un parcours universitaire bilingue.

Dépasser le système bilingue

Selon lui, le système universitaire bilingue ne fonctionne pas, mais une université francophone à Toronto seulement ne le satisferait pas. Serge Miville croit qu'il faudrait que ce soit à l'échelle provinciale.

« Si on est capable de fédérer ce qui est de langue française dans ces institutions bilingues [...], faire en sorte que ce soit administré par des francophones, que ce soit de langue française uniquement et non pas bilingue, que l'espace physique, l'affichage, les services, les couloirs soient francophones on va avoir réussi un grand coup. »

Marie-Pierre Héroux est étudiante en histoire à l'Université Laurentienne à Sudbury. Elle milite pour une université francophone en Ontario depuis son entrée à l'école secondaire. Elle dit avoir participé à plusieurs manifestations, aux états généraux et suivi l'évolution du projet de près.

Un optimisme prudent

Elle espère que le gouvernement annoncera la création d'une université franco-ontarienne dans le centre-sud-ouest de la province. « Je suis optimiste, mais je ne veux pas m'attendre à trop parce qu'on a été déçus ces dernières années », dit-elle.

Répondre aux besoins criants

Marie Pierre Héroux estime que les besoins pour un établissement postsecondaire en français sont criants dans le centre-sud-ouest, mais espère que si l'université est créée, ce ne sera qu'un premier campus et que d'autres s'ouvriront ensuite ailleurs dans la province.

Elle voudrait aussi que l'université soit gérée par et pour les francophones et que les jeunes soient impliqués dans son processus de création.

Éric Desrochers s'est impliqué avec le RÉFO. Il a aussi travaillé avec la députée néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas sur le projet de loi pour une université franco-ontarienne. Il a étudié à Glendon et étudie actuellement à l'Université d'Ottawa en sciences politiques. Il milite depuis cinq ans pour la création d'une université francophone en Ontario.

La désillusion

Éric Desrochers a décidé de ne pas avoir d'attentes particulières quant à l'annonce du gouvernement parce que selon lui la situation n'est pas propice à l'optimisme.

« Parce que ça fait quand même assez longtemps que plusieurs organismes communautaires demandent qu'on ait une université franco-ontarienne. On a eu comité après comité... [...]. Je suis désillusionné. [...] On s'en vient aussi vers une élection l'année prochaine donc je ne sais pas ce que le gouvernement pourrait mettre en place de toute façon. »

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