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Urgences au Québec : les hôpitaux de Hull et de Gatineau parmi les plus mauvais élèves

Les hôpitaux de Hull et de Gatineau arrivent bon derniers dans le classement des hôpitaux à mission régionale au Québec, selon une compilation de La Presse rendue publique jeudi.

Le quotidien précise que « la note finale tient compte de quatre critères : la durée moyenne du séjour (nombre d'heures passées aux urgences); le pourcentage de séjours de 48 heures ou plus; le pourcentage des patients âgés de 75 ans ou plus; le pourcentage de cas sur civière qui requièrent une hospitalisation. »

Le classement qui compile des données de 2017 à 2018 donne un D+ à l'Hôpital de Hull et un C- à celui de Gatineau, soit les notes parmi les plus basses dans la province. C'est toutefois au site Glen du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) que revient la plus mauvaise note de toute la province (tous hôpitaux confondus) avec un D.

Parmi les hôpitaux à mission régionale, l'Hôpital de Hull enregistre une durée moyenne aux urgences de 18 h 30, contre 17 h 54 pour celui de Gatineau, le pire étant Saint-Jérôme avec 21 h 30 et le meilleur, l'Hôpital régional de Rimouski avec 7 h 36.

Ce sont 20 248 patients en soins ambulatoires - ceux qui n'ont pas de symptômes trop graves - qui ont été pris en charge à l'Hôpital de Hull, contre 22 538 à celui de Gatineau. De ce point de vue, l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé à Laval enregistre le nombre le plus important de prises en charge de patients en soins ambulatoires avec 52 417 patients.

Pour ce qui est du nombre de patients sur une civière, donc les cas les plus graves, l'Hôpital de Hull en a reçu 14 799, un nombre relativement bas par rapport aux autres hôpitaux à mission régionale et bien en deçà de l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé avec 32 520 patients. Pour sa part, l'Hôpital de Gatineau en a reçu 16 860.

Le CISSS « fier de ses urgences »

« Il faut remettre les choses dans le contexte », a plaidé le directeur adjoint des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, Nicolas Gillot. « L’Outaouais doit être fière de ses urgences parce que les résultats sont bons. On a quatre hôpitaux qui se sont améliorés », a-t-il dit.

Plusieurs choses expliquent ce résultat, selon lui. « L’hiver a été difficile, on a eu une des plus grosses épidémies de grippe des dernières années. L’hôpital de Hull a aussi un débordement de trente lits depuis 18 mois en raison du déplacement de l’Hôpital Pierre-Janet [causé par un dégât d'eau]. »

« Malgré ces difficultés, on a été capables d’améliorer un petit peu nos durées moyennes de séjour, donc si on avait été dans des conditions normales, clairement nos durées auraient été meilleures », a-t-il dit.

À savoir si le CISSS s'est donné des objectifs en vue d'atteindre la cible ministérielle de 12 h et moins d'attente, le Dr Gillot a affirmé qu'il visait une amélioration continue. « On travaille sur plusieurs fronts en même temps. On s'attend à avoir de meilleurs résultats [...] on est vraiment dans un processus d'amélioration continue », a-t-il conclu.

« Découragement »

Pour sa part, la présidente du Syndicat des professionnels en soins et cardio-respiratoires du CISSS de l'Outaouais, admet qu'elle est décrouagée. « Tout le monde travaille fort et donne son maximum », a assuré Lyne Plante, soulignant que les cibles ministérielles sont « difficiles à atteindre ».

« Est-ce qu’on va pouvoir atteindre le but du ministère? Moi j’en doute fort parce que depuis des années il y a des cibles et à chaque année et on est toujours dans le bas du palmarès », a-t-elle fait valoir.

Parmi les défis, selon elle, se trouve le recrutement, mais aussi la rétention des employés.

« Ça fait un effet domino parce que si tu veux diminuer ton temps d’attente dans les urgences, etc. il faut que les outils que tu as mis en place soient fonctionnels à 100 % pour y arriver », ce qui n’est pas le cas actuellement à son avis.

De son côté, le Dr Gilles Aubé, un médecin de famille de l'Hôpital de Hull et porte-parole d'Équité Outaouais, un regroupement de citoyens qui militent pour un meilleur financement en santé et en éducation et pour les groupes communautaires de la région, affirme que l'Outaouais fait face à un manque à gagner perpétuel.

Il estime que 180 millions de dollars par année qui devraient aboutir en Outaouais sont déviés vers d'autres régions. « On est très, très sous-équipés au niveau des infrastructures, mais on est aussi sous-équipés au niveau du personnel soignant », a-t-il dit. « Il faut corriger ça si un jour on veut être égal aux autres régions. Il va falloir un moment donné qu’on prenne des décisions structurantes pour régler la situation à long court ».

Or, le portrait n'est pas tout noir, selon lui. « S’il y a un progrès qui a été fait dans les dernières années, c’est la médecine familiale […] la population a des médecins de famille beaucoup plus qu’avant », a-t-il dit. Auparavant, 65 % des gens de l'Outaouais avaient un médecin de famille, alors qu’aujourd'hui ce chiffre frôle les 80 %, a affirmé le Dr Aubé.

Toutefois, il note un retard pour ce qui est de l’infrastructure hospitalière. « Il manque 175 lits. On a besoin d’infrastructures hospitalières si on veut recruter des spécialistes qui nous sont dus. On ne demande rien de plus que les autres régions, on veut juste avoir l’équivalent des autres régions qui sont comparables à la nôtre », a-t-il conclu.

De meilleurs hôpitaux ailleurs en Outaouais

Ailleurs en Outaouais, les hôpitaux de Pontiac et de Maniwaki font plutôt bonne figure. L'Hôpital de Maniwaki obtient un B+ avec une durée moyenne aux urgences de 11 h 18, 13 123 patients ambulatoires et 3431 autres sur une civière. Les urgences se sont même améliorées par rapport à la période 2016-2017.

Pour sa part, les urgences de l'Hôpital de Pontiac obtiennent un B avec une durée moyenne du séjour de 9 h 54, 11 010 patients en ambulatoires et 1570 sur une civière.

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