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Victime d'un radar photo : les conducteurs et « La Machine »

Cette semaine, la Ville d'Ottawa a tâté le terrain miné de l'utilisation des radars photo, pour régler ce que plusieurs conseillers municipaux décrivent comme un « problème de vitesse » dans les rues, particulièrement les rues résidentielles.

Mais rapidement la question a été remise à plus tard, au 4 mai, car le radar photo fait peur... Et pour cause : cette nouvelle a éveillé chez moi une expérience presque traumatisante!

Il n'y a pas si longtemps j'ai moi-même été « victime » d'un radar photo. C'est arrivé un soir de décembre, sur une rue de Gatineau, à 18 h 23 précisément.

J'avais dépassé la limite de vitesse du secteur. Du moins, c'est ce que le constat d'infraction reçu par courrier recommandé du ministère de la Justice du Québec a soutenu, au moins trois semaines après ladite infraction.

En fait, je ne me souvenais pas d'avoir dépassé la limite de vitesse à ce moment et à cet endroit précis. Qui pourrait s'en souvenir trois semaines plus tard?

Contester « La Machine »

Lorsque vous êtes pris sur le fait par un policier, vous connaissez exactement le contexte. Mais pas avec un radar photo.

Pour moi, la date inscrite sur le constat ne me rappelait rien de spécial. Et voir l'enveloppe du ministère de la Justice donne froid dans le dos...

Il y a aussi quelque chose de bien impersonnel. J'ai eu le sentiment d'avoir été pris sur le fait par une machine froide, incapable de jugement et de discernement, à mon insu et surtout, sans conséquence au moment de l'incident reproché.

Comme plusieurs qui ont vécu la même chose, j'ai voulu contester.

J'imaginais cette scène dramatique en cour: « Monsieur le juge, je n'ai pas droit à un procès juste et équitable, car je suis incapable de me défendre sur la base de faits dont je n'ai aucun souvenir! »

Des arguments béton

Finalement, j'ai payé la contravention. Le meilleur argument de « La Machine » se limitait à deux photos très claires : l'une montrait l'arrière de mon véhicule avec mon numéro de plaque et l'autre, plus large, tout mon véhicule et le contexte. J'étais pratiquement seul sur la route.

Mon argument, basé sur l'absence de souvenir précis de l'incident reproché, équivaudrait à une remise en question de la constitutionnalité de l'utilisation du radar photo par les autorités.

Il y a quelques jours, j'ai posé la question à l'avocat criminaliste, Nicolas St-Cyr, de Gatineau. Selon lui, cet argument paraît un peu fragile.

La règle impose que le constat soit acheminé dans les 30 jours suivant l'infraction, ce qui fut le cas.

 

Peu de contestation

En fait, depuis l'instauration des radars photo à Gatineau, Me St-Cyr affirme avoir eu peu de clients qui demandaient de contester les constats émis avec les radars photo.

C'est vrai que cela fait peu de temps que les appareils sont implantés, cinq mois à peine. Mais surtout, croit l'avocat, c'est qu'aucun point d'inaptitude n'est ajouté au dossier du conducteur.

Pourquoi? Parce que la contravention est adressée au propriétaire du véhicule. Or, celui-ci n'est pas nécessairement au volant au moment de l'infraction. Et « La Machine », même avec ses photos précises, ne peut pas prouver qui conduisait.

Une mine d'or pour les Villes?

C'est ce que craint le maire d'Ottawa, Jim Watson, et d'autres conseillers. Il y a un coût politique à être perçu comme le politicien qui va trouver un moyen détourné de puiser encore un peu plus dans les poches des contribuables.

Le radar photo, en partie basé sur l'expérience de certaines municipalités, traîne un peu cette réputation.

Tout dépend du calibrage

Comme on ne peut pas mettre un policier à tous les coins de rue, ni réduire la vitesse partout à 30 km/h, ni installer des panneaux flexibles sur les lignes médianes dans toute la ville, le radar photo est une option de plus pour régler le problème de vitesse à Ottawa, selon les promoteurs de l'idée.

Si Jim Watson et d'autres ne sont pas convaincus, ceux qui le sont - comme le conseiller du quartier Capitale, au centre-ville, David Chernushenko - estiment que les craintes d'une utilisation abusive sont injustifiées.

Pourvu qu'on ne calibre pas ces machines pour qu'elles émettent des constats dès qu'un automobiliste franchit les 51 km/h, dit-il... Cela demanderait donc un minimum de confiance dans les élus et hauts dirigeants de la Municipalité.

La situation actuelle

Ottawa n'a pas encore de radar photo pour la vitesse, mais dispose de 34 caméras à des feux de circulation. Le nombre de contraventions émises est demeuré relativement stable, soit un peu plus de 9200 en moyenne de 2011 à 2013, pour des amendes totalisant près de 3 millions de dollars par année.

À Gatineau, des contraventions totalisant 721 000 $ ont été données depuis cinq mois. La Ville dispose de quatre radars photo mobiles, déplacés à intervalles sur 21 sites.

Un effet clairement dissuasif?

La question principale est là, finalement. La Ville de Gatineau note sur son site Internet que « des études ont démontré une diminution de 26 % à 59 % de l'ensemble des accidents aux endroits munis de radars photo », ce qui semble très bien.

Mais qu'arrive-t-il lorsque ces radars sont déplacés sur d'autres rues, dans d'autres quartiers? Est-ce que les mauvaises habitudes reviennent? Certains diront que oui. D'autres soutiendront que la crainte d'être pris et de ne pas toujours savoir si ladite « Machine » vous surveille aura un effet persistant sur vos habitudes de conduite.

C'est ce que le Comité des transports et le conseil municipal d'Ottawa auront à trancher, avec une première étude du dossier, le 4 mai.

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