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Vie de parent : être ménopausée à 30 ans

Marie-Ève Lessard avait déjà deux enfants quand elle a appris qu'elle était porteuse d'un gène mutant qui accroît le risque de cancer. Pour ne pas subir le même sort que sa mère, morte d'un cancer du sein à 48 ans, elle a décidé de subir une ménopause chirurgicale ainsi qu'une double mastectomie.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

Sa gynécologue l’avait bien averti : en lui retirant ses ovaires, il y avait de fortes chances qu’elle subisse de plein fouet les effets de la ménopause. Ça n’a pas manqué.

« C’est certain que tous les symptômes qu’on entend, je les ai », indique Marie-Ève en pesant ces mots. « Une ménopause chirurgicale est beaucoup plus dure sur le corps qu’une ménopause régulière, qui se fait progressivement chez une femme d’une cinquantaine d’années. Pour moi, c’est arrivé d’un coup. »

En effet, les symptômes de la ménopause se sont développés en l’espace de quelques mois. Les bouffées de chaleur, en particulier, sont vraiment fortes et intenses.

Il y a aussi la difficulté à dormir et la baisse d’énergie qui sont devenues son lot quotidien. Il a fallu apprendre à composer avec, tout en continuant à assumer ses responsabilités familiales et son retour aux études.

« Ça, c’est vraiment frustrant, parce que la Marie-Ève que je connaissais débordait d’énergie », déplore la jeune maman de deux petits âgés de 4 et 6 ans.

Le vieillissement prématuré

Et puis quelques cheveux blancs sont aussi apparus. Marie-Ève sait qu’elle va subir un vieillissement précoce.

« Il faut que j’oublie le concept de maman qui s’oublie tout le temps, qui ne prend pas soin d’elle parce qu’elle veut se concentrer sur sa famille », explique-t-elle.

Un traitement aux œstrogènes pourrait la soulager en diminuant les effets de la ménopause, mais elle dit qu’il est déconseillé de les prendre sur une longue période de temps. Elle a donc décidé de s’en passer.

« On croit que c’est une meilleure option, sauf qu’on va juste le savoir dans 20 ans. C’est un petit peu un coup de dé », justifie-t-elle.Marie-Ève compense en prenant soin d’elle, en s’alimentant comme une femme ménopausée et en faisant de l’exercice pour éviter les complications cardiovasculaires ou l’ostéoporose.

Ce qui l’inquiète le plus, ce sont les choses qui peuvent diminuer sa qualité de vie et altérer sa santé de manière irréversible.

« J’espère que je n’aurai pas de gros symptômes apparents, parce qu’il y a aussi des difficultés à se concentrer, des pertes de mémoire. C’est difficile à prendre comme quand on est de retour aux études. Mais je surveille ça de façon très étroite », indique cette passionnée de nutrition.

Heureusement, il y a le gros point positif de ne plus avoir à subir les conséquences de son cycle menstruel.

« C’est certain que n’importe quelle fille te dirait, c’est le fun de ne plus être menstruée », glisse Marie-Ève, avec un sourire gêné. « C’est extrêmement le fun, vraiment plaisant »,

Des opérations brutales pour survivre

L’ablation complète de ces seins et de ses ovaires peut paraître radicale, pourtant cette décision est très rationnelle dans la bouche de Marie-Ève.

« Ma priorité était de veiller à ce que ma famille ne passe pas à travers le même chagrin qu’on a vécu avec ma mère », lance-t-elle, avec un regard qui en dit long sur sa détermination.

Sa maman a développé deux cancers du sein : un premier à 34 ans et un second à 47 ans, qui l’a emporté. La sœur de sa mère en a aussi eu deux, à 38 et 53 ans, et elle a fait des tests sanguins qui ont confirmé la présence du gène BRCA1. Celui-ci augmente considérablement les risques de cancer du sein et des ovaires chez la femme, et notamment de cancer de la prostate chez l’homme.

Quand Marie-Ève, sa sœur jumelle et les deux filles de sa tante sont allées se faire tester à leur tour, elle était la seule à avoir eu un résultat positif. Cependant, elle ne se voyait pas attendre sans rien faire, passer des batteries de tests en permanence ou avaler des médicaments pour le restant de ces jours.

Après plus de 60 rendez-vous médicaux, 4 opérations chirurgicales, de multiples cicatrices, plusieurs mois de convalescence et une réadaptation pénible, elle n’a aucun regret.

« On savait que ce par quoi j’ai passé au travers serait plus facile que de passer à travers un cancer ou deux ou trois », analyse-t-elle, avec le recul.

Et puis ce corps meurtri, qu’elle avait peine à regarder dans le miroir, est redevenu un peu plus le sien depuis sa reconstruction des mamelons.

« Comme dirait mon chirurgien plasticien : "tu as maintenant de plus beaux seins que la majorité des mamans qui ont eu deux enfants" », lâche Marie-Ève, dans un éclat de rire.

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