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Vie de parents infertiles : faire appel à une mère porteuse

Marie-Pier est née sans utérus. Pour surmonter cet obstacle et avoir un enfant, avec son conjoint Alexandre, ils ont décidé de confier leur précieux mélange de chromosomes à une amie d'enfance, qui est devenue leur mère porteuse.

Un texte d'André Dalencour pour Les Malins

Si sa situation a pu être une source de questionnements sur sa féminité – elle se sentait incomplète en tant que femme –, Marie-Pier n’a jamais voulu renoncer à devenir mère.

« Je me suis dit que mon rêve, il continue. Il va juste être différent », glisse-t-elle. « Il y avait tout le temps la question de l’adoption, de devenir peut-être une famille d’accueil. C’est Alexandre qui a poussé, puis qui a eu l’idée d’aller vers la mère porteuse. »

Le couple, qui réside dans la région de la Capitale-Nationale, a décidé de miser sur son réseau en publiant un message sur les médias sociaux expliquant leur situation. Grâce à cette bouteille lancée dans l’océan du web, ils ont vu déferler une belle vague de solidarité, qui s’est conclue par un petit miracle : une amie d’enfance de Marie-Pier est entrée en contact avec eux.

« Il n’y a jamais eu de gêne ni de malaise : ça a tout le temps été direct », indique Marie-Pier, qui vit pleinement cette grossesse par substitution, indique son conjoint.

« Marie-Pier va à tous les rendez-vous. Moi, je vais à certains, surtout quand on peut voir [le bébé ] sur l’échographie », explique Alexandre. « Je pense que c’est comme ça qu’elle vit un peu la maternité », ajoute-t-il.

Tomber enceinte à travers une autre

Du point de vue émotionnel, Marie-Pier compare le processus de fécondation à des montagnes russes.

Bien qu’elle n’ait pas d’utérus, son corps produit quand même des ovules. Il a fallu qu’elle subisse des traitements en clinique de fertilité, à base d’injections d’hormones, afin de créer plus d’embryons.

Ensuite, ses ovules ont été prélevés puis fécondés avec le sperme d’Alexandre avant d’être implantés chez la mère porteuse.

« Ça a été quand même rapide. Déjà, à la troisième journée, elle me disait : "Marie-Pier, il y a des petits changements dans mon corps. C’est pas fait encore, le test est pas fait, mais je le sens" », raconte Marie-Pier.

La clinique de fertilité leur a demandé de passer un contrat avec la mère porteuse. Les conjoints indiquent que cela leur a surtout permis d’établir leurs limites et leurs attentes respectives. Le document mentionnait aussi que leur amie devait suivre les conseils du Guide alimentaire canadien.

« On a un peu lâché prise là-dessus parce qu’on ne peut pas tout contrôler ce qu’elle fait, mais en même temps, on lui fait entièrement confiance », souligne Marie-Pier.

Mère porteuse : trois questions à l’avocat Alain Roy

1. Est-ce qu’il y a une procédure?

« La seule et unique province qui prévoit un cadre législatif pour un transfert automatique sans intervention judiciaire de la filiation de la mère porteuse à la mère d’intention, c’est la Colombie-Britannique. En Ontario, il y a une démarche judiciaire à faire après la naissance du consentement de toutes les parties, et c’est la même chose au Québec. Au Québec, c’est ce qu’on appelle une procédure d’adoption. »

2. Pourquoi est-ce encore si compliqué?

« Les mères porteuses, c’est relativement récent. Dans la procréation assistée, on a des cadres juridiques depuis le début des années 1980. On a, dans la plupart des provinces, des normes très claires [quand au] don de sperme. [...] Aujourd’hui, tout le monde s'étonne de voir que le législateur au Québec n’a pas encore abordé le problème, ne lui a pas encore fourni un encadrement légal. Les mentalités ont évolué de façon assez rapide en ce qui concerne les mères porteuses. »

3. Peut-on rémunérer sa mère porteuse?

« Au fédéral, nous avons une loi sur la procréation assistée, qui prohibe toute forme de rémunération de la mère porteuse. [...] C’est pas légal et, d’ailleurs, la mère porteuse doit avoir au moins 21 ans en vertu de la loi fédérale. Et si la mère porteuse agit à titre onéreux, en recevant une paie, il y a des sanctions pénales qui peuvent être appliquées aux parents d’intention. Des sanctions qui peuvent être très salées : ça peut aller jusqu’à 200 000 $, des peines d’emprisonnement également. On ne veut pas marchandiser le corps humain, on ne veut pas chosifier l’enfant. »

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